Crise à l’AP-HM, qui veut lancer sa “modernisation” sans dévoiler son plan social

Décryptage
le 21 Déc 2017
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Ce jeudi, une partie du personnel des hôpitaux de Marseille est en grève. En parallèle du plan de modernisation, financé entre autres par l’État, les syndicats redoutent de voir les effectifs réduit drastiquement. Depuis une semaine, des chiffres circulent : 800 à 1000 postes seraient à terme supprimés. Marsactu fait un point sur la situation.

crédit photo ©AP-HM

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La situation est critique. Avec une dette de plus d’un milliard d’euros, l’AP-HM suit les exigences de l’État pour se remettre sur les rails. Mais les garanties requises inquiètent les représentants du personnel qui avancent un nouveau chiffre : 800 à 1000 postes devraient être supprimés. Depuis l’application d’un contrat de retour à l’équilibre financier démarré il y a deux ans, plus de 200 postes ont déjà été supprimés selon les syndicats, qui appellent à la grève ce jeudi. Place désormais au plan de modernisation qui devrait s’achever en 2024… si l’AP-HM tient le coup d’ici là. Marsactu fait le point sur la situation.

Menace de suppression massive de postes

Si l’AP-HM veut bénéficier d’un soutien de l’État pour financer un projet de modernisation chiffré à 300 millions d’euros, elle va devoir faire des économies en réduisant ses effectifs de 800 à 1000 postes. Voilà ce qu’a révélé en substance le quotidien La Provence dans son édition du mardi 12 décembre. “Les exigences de l’État ont en effet été durcies”, admet le professeur Dominique Rossi, président de la commission médicale, dans les colonnes du journal. “La mise en place du plan de modernisation va nécessairement engendrer des restructurations qui mèneront à des réductions d’effectif” explique-t-il par ailleurs à Marsactu.

Ces suppressions de postes, qui devraient se faire principalement par le biais de non renouvellements de départs à la retraite, auraient été mentionnés dans l’avenant d’un contrat avec l’État signé par Catherine Geindre, ancienne directrice de l’AP-HM, juste avant son départ, note encore La Provence. C’est donc cette nouvelle annonce, s’inscrivant dans un contexte déjà tendu entre la direction de l’AP-HM et son personnel, qui a motivé l’appel à la grève lancé par plusieurs syndicats. “Je vais vous le dire clairement, la suppression d’autant de postes c’est la fermeture assurée d’un ou deux établissements. Les efforts ne peuvent plus être endurés par le personnel. Et si on n’a pas encore le chiffre exact, on a bien le sentiment qu’un dégraissage massif est en train de s’organiser”, lance Audrey Jolibois, secrétaire générale du syndicat Force ouvrière.

Du côté de la direction, on refuse de confirmer ce chiffre. “Pour l’instant, il est impossible de chiffrer précisément ni même de confirmer cette fourchette”, a répondu à Marsactu Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l’AP-HM, qui devra rendre sa version du plan de modernisation à l’ARS (agence régionale de santé) fin décembre. Pour FO comme pour le président de la commission médicale d’établissement, ces réductions d’effectifs doivent émaner de la mise en place du plan de modernisation et doivent donc impérativement être décidé en même temps que les restructurations. Les envisager en amont risquant de faire supporter un effort trop important au personnel.

Une restructuration venue tardivement

En 2015, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) pointait un institution “en stagnation”, dépourvue de tout “projet médical” dans un rapport portant sur les années 2012 à 2014. Le document s’exaspérait que les précédentes recommandations de l’IGAS n’aient pas été suivies, et que là où des suppressions de postes avaient été encouragées, l’AP-HM continuait d’embaucher.

C’est Catherine Geindre, directrice générale tout juste nommée cette année-là, qui a eu la charge de prendre en compte ce rapport. Résultat, 51 millions d’économies annoncées sur cinq ans pour redonner de l’air, quand la dette avoisine le milliard d’euros. C’est le fameux contrat de retour à l’équilibre financier, le CREF. En échange de ce serrage de ceinture, la directrice générale compte sur l’aide substantielle de l’État pour moderniser les équipements. Principales pistes d’économies : une rationalisation des achats, la réorganisation de l’administration, le regroupement de certains laboratoires, mais aussi un changement de cap dans la gestion des ressources humaines passant par la “réduction de l’absentéisme”, la “valorisation du temps de travail” ou le “respect de la réglementation”. Néanmoins, Catherine Geindre assurait alors qu’elle s’appuierait sur les “mouvements naturels de départs”, sans “licenciements ni de plan social”, et en particulier sur les postes des soignants.

Ce que l’on connaît du plan de modernisation

“Après le contrat de retour à l’équilibre de 2016 et 2017, il est désormais temps d’investir” résume le directeur général de l’AP-HM. Si le chiffre exact de postes supprimés ou non renouvelés n’est pas encore confirmé, les contours du plan de modernisation proposé par l’AP-HM et qui doit être validé fin janvier par le Copermo (Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins) après un passage dans les bureaux de l’Agence régionale de santé, commence lui à se dessiner. Le coût total de ce plan s’élève à 300 millions d’euros. La part financée par l’Etat devrait être annoncée en même temps que la réponse du Copermo. “En général, l’État finance à hauteur de 30 %, cette fois-ci, j’espère que ce sera plus, sinon on va avoir la tête sous l’eau, nous sommes dans une situation telle qu’il n’est plus question de compter sur les banques”, a réagi Dominique Rossi, président du CME.

“La restructuration prévoit notamment une nouvelle maternité sur la Timone, et la création d’unités de soins standardisées conformes aux exigences modernes de l’hôtellerie et aux nouvelles pratiques de soins ambulatoires en hôpital de jour, en unité de chirurgie ambulatoire ou en plateforme de consultations.”

peut-on lire dans un communiqué distribué par l’AP-HM. En d’autres termes, outre la création d’une nouvelle maternité à la Timone, c’est tout le parcours de soin qui va être revu et axé sur la prise en charge ambulatoire. Le nombre de lits sera donc revu drastiquement à la baisse. “C’est une évolution logique, avant, vous restiez trois semaines à l’hôpital après une opération. Aujourd’hui, selon les cas, 48 heures suffisent”, explique le professeur Rossi.

Moins de place pour l’hospitalisation donc, et plus pour l’ambulatoire, ce qui justifierait les réductions d’effectif. “Les hôpitaux de Marseille sont des immeubles de grande hauteur, le but étant de regrouper les services pour éviter au patient de parcourir de longues distances”, annonce Jean-Olivier Arnaud. “Au rez-de-chaussée, il y aura l’accueil, au-dessus, les consultations et aux derniers étages seulement, les hospitalisations, détaille Audrey Jolibois. Mais ces modifications ne concernent que la Timone, l’hôpital Nord et la Conception. Quid de Saint-Marguerite ?” Ce plan, qui débutera début 2018 doit s’étaler jusqu’en 2024.

 

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Commentaires

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  1. Garlaban8313 Garlaban8313

    L’ARS, à quoi ça sert ?
    L’IGAS, à quoi ça sert ?
    C’est pas là qu’on pourrait faire des coupes claires dans le personnel (s’il le faut absolument) plutôt que dans le personnel médical DIRECTEMENT au service des malades ?

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    • Assedix Assedix

      L’IGAS, ça sert par exemple à révéler que sur les 110 ingénieurs informaticiens de l’APHM (en 2014) seuls 14 ont un diplôme d’ingénieur ou BAC+5,
      qu’en 2010, sur les 39 reclassements en qualité d’ingénieurs, 12 n’avaient aucun diplôme et 18 seulement le BEPC ou le BAC. C’est quand même chaud pour des ingénieurs, non?

      http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/AP-HM-_IGAS-__2014-Tome_1_definitif_rapport.pdf

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      @Assedix. Ces particularités du profil des ingénieurs sentent bon la “gestion” des ressources humaines à la sauce FO. Après tout, l’exemple vient d’en haut : un célèbre émondeur du nom de Patrick Rué a lui-même été promu “ingénieur” il y a peu. Les guillemets sont parfois de rigueur.

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    • Valentine Verne Valentine Verne

      L’ARS représente le ministère de la santé au niveau régional : il fixe la politique de santé en région et contrôle le financement des établissements de santé, handicap….
      L’IGAS inspecte et contrôle.

      On peut effectivement tout supprimer mais le contribuable exige également que l’utilisation de l’argent publique soit contrôler et affecter au plus près des besoins. cela semble légitime et nécessaire, après savoir si c’est efficace et efficient c’est une autre question.

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  2. Dark Vador Dark Vador

    Bonne question de “Garlaban8313” : ARS/IGAS, ce “mille-feuilles” administratif ne se remet jamais en cause, la preuve, 2015-2016 : 9.75% d’embauche supplémentaire…

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  3. MarsKaa MarsKaa

    quand je vais à la Timone, j’ai l’impression d’un hopital vide… pas de malades, mais vide de personnels !
    des infirmières et des internes, des aides soignants et des personnels d’accueil, témoignent régulièrement, depuis des années, du manque de personnels, des plannings de dingue, des heures supplémentaires non rémunérées…et on va encore supprimer des postes ?
    qu’il y ait des personnes embauchées ici ou là à la sauce “FO territoriaux”, je n’en doute pas, mais ça ne fait pas le compte avancé ici, si ?
    et est ce bien eux que l’on va supprimer, puisque ces postes(ou plutôt ces personnes pour qui l’on a créé un poste) sont réputés “intouchables” ?
    j’ai l’impression que l’on avance cet argument (qui devrait être regardé de près, je ne dis pas le contraire), pour cacher la destruction de la médecine hospitalière au profit du privé…(qui ne propose pourtant pas toujours mieux question soins).

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  4. Trésorier Trésorier

    Les hôpitaux doivent être gérés en gestion LOLF : on doit se demander dès le premier euro pourquoi on le dépense.

    L’APHM gère ma ses biens, ses sur effectifs, l’absentéisme des effectifs fantômes, les doublons de services,… tout ceci réduit sa productivité.

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  5. LaPlaine _ LaPlaine _

    N’est-on pas là aussi, confrontés à une pétaudière administrativo-syndicale? Un article récent (le Monde il me semble) faisait état d’un absentéisme quotidien de 1 200 personnes sur l’ensemble de l’APHM… charge se reportant sur le personnel présent qui finit à son tour par craquer et ainsi de suite…

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