Contrat local de propreté : Guy Teissier veut faire exploser le fini-parti

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Benoît Gilles
24 Juin 2014 28

C'est une petite bombe estivale qui vient s'ajouter à la grève de la SNCM et au conflit des intermittents : le nouveau contrat local de propreté n'est pas encore à l'agenda du conseil communautaire et déjà les syndicats montent au créneau pour dire qu'ils n'en veulent pas. Et le spectre de la grève et des monceaux d'ordures en souffrance laisse flotter un parfum de déjà-vu. A la suite de leur rencontre avec le président de la communauté urbaine Guy Teissier, le 16 juin dernier, le syndicat majoritaire, Force ouvrière a annoncé la couleur dans un tract : "Non à la suppression du départ anticipé. Non à la suppression des bennes de nuit et de jour. Non au transfert des cantonniers aux mairies de secteur". Or, il s'agit là des principales mesures du contrat local conçu par l'administration de MPM et qui doit être examiné par le comité technique paritaire, le 30 juin prochain.

Le syndicat demande également que le texte soumis à pour avis cet organe consultatif composé d'élus syndicaux et politiques maintienne "le départ anticipé sur réserve que la totalité de la section soit effectuée et bien collectée". Ce qui peut se traduire comme une sanctuarisation du fini-parti. Or, le texte que Marsactu s'est procuré et publie ci-dessous ne sanctuarise rien. Au contraire, il prend appui sur l'opinion publique "qui juge défavorablement la propreté urbaine" et sur la récente décision de la cour administrative d'appel pour "revoir l'organisation du temps de travail" tout en améliorant le service public "lié aux prestations de collecte et de propreté".

"Nous demandons le retrait du texte"

Du côté du SDU13-FSU, les élus sont tout aussi remontés même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. En tant qu'élu au CTP, Roger Aymard demande le retrait du texte présenté ce lundi : "Il n'y a pas eu de négociations avec les organisations syndicales sur ce texte. Notre maître mot, c'est la concertation. Or, les personnels n'ont pas du tout été consultés et l'administration se prépare à le faire voter au moment où les Marseillais partent en vacances ? Pour nous, ce n'est pas possible". Que contient donc ce rapport pour irriter les syndicats, toutes couleurs confondues ? Officiellement, la communauté urbaine, n'a rien à dire. "Pas de commentaire, confirme Monique Cordier, conseillère communautaire déléguée en charge du sujet. Le dossier est provisoire."

Contrairement à ce qu'avance Force ouvrière, il n'est pas question d'un transfert manu militari des cantonniers et des engins de nettoiement aux maires de secteur. Déjà, pendant la campagne, la droite avait dit son hostilité à cette idée de transfert qui aurait mis les agents sous coupe réglée des maires. En revanche, ces derniers auront bien "un rôle plus affirmé dans la définition et la supervision du dispositif propreté sur leur territoire", précise le texte qui mentionne un comité "réunissant périodiquement tous les acteurs concernés". Si ce comité reste dans le bleu du crobard avant négociation, la courroie de transmission sera mieux établie entre les équipes de la Direction de la propreté urbaine (DPU) dans chaque arrondissement et l'élu concerné. 

"C'est cette proximité que j'ai perdue pendant les six années de mandat Caselli et qui sera désormais étendue à l'ensemble des mairies, se réjouit Bruno Gilles qui suit de près le dossier de la propreté. Cela paraît logique que le maire puisse se coordonner avec le chef de la DPU de son secteur pour savoir où faire passer les arroseuses. Et puis chacun de nous aura une vision claire des agents qui nettoient son secteur comme des machines qui sont à leur disposition." Le sénateur-maire des 4/5 ne s'émeut même pas de ne pas être dans les secteurs prioritaires. En effet, la réforme sera d'abord testée à partir de septembre 2014 dans le 1/7. "Le centre-ville est prioritaire, normal", commente Gilles. Mais aussi dans les 6/8 et 9/10, moins débordés par les bordilles ? "On ne va pas se cacher derrière le petit doigt : ce sont les secteurs du maire et du président Teissier, rigole-t-il. Mais tous les autres suivront en janvier 2015."

Au-delà de la question de la sectorisation, c'est celle du fini-parti qui concentre l'essentiel du courroux syndical. Le document adopte un ton martial pour mettre fin à cette pratique coutumière, déclarée illégale par le tribunal administratif.

Il convient de mettre un terme au "fini-parti" tel qu'il est pratiqué actuellement et à ses dérives qui se révèlent pénalisantes pour les agents eux-mêmes, pour le budget de la communauté urbaine et pour l'efficacité du service public.

Le document prévoit donc des journées-types théoriques de 7 h 30 à la fois pour les agents de la collecte, ceux du nettoiement et les agents de maîtrise. Un cadre très éloigné des horaires de travail et habitudes des agents du nettoiement, tous secteurs confondus. Sur ce point, Bruno Gilles est moins catégorique : "Le fini-parti, c'est l'arbre qui cache la forêt. Ce à quoi il faut mettre fin, c'est aux disparités à l'intérieur d'un même service où des gars peuvent partir à des horaires très différents." De fait, la marge de négociation est à chercher dans le commentaire qui conclut chacun des chapitres de ce second point. "Ces principes généraux seront déclinés sous forme de notes de services décrivant très précisément la journée-type et les horaires adaptés aux spécificités des secteurs et des métiers", indique le document.

Or, ce sont ces fameuses notes qui risquent de décliner pour chaque métier cette nouvelle donne des horaires. Certains craignent qu'une certaine opacité accompagne leur rédaction et facilite les petits arrangements entre amis loin de toute concertation publique. Car le texte présenté en CTP ne sera pas celui qui sera voté in fine lors du conseil communautaire de juillet. En cas d'avis négatif, une nouvelle phase de négociations devraient s'ouvrir avec les organisations syndicales. Nul n'ignore que celles-ci ont en ligne de mire les élections professionnelles de décembre. Ce n'est donc pas le moment de déplaire à sa base. "En même temps, une grève des poubelles en plein été comme on en a connu dans le passé serait préjudiciable à tout le monde, commente Bruno Gilles. Je suis sûr que nous n'en arriverons pas là. Ce n'est pas un bras de fer mais une négociation. Après tout, nous venons de gagner des élections non ?" 

Le projet de contrat local de propreté

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