Condamnée en appel, Maryse Joissains n’y voit toujours pas un obstacle à sa candidature

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Julien Vinzent_
29 Mai 2019 4

La maire d'Aix-en-Provence est condamnée en appel à une peine réduite. Outre un pourvoi en cassation, qui l'autorise à conserver son fauteuil, elle juge cette décision "sans incidence sur son choix de se représenter ou non aux prochaines élections". L'opposition l'accuse d'"d'entacher la réputation d'Aix".

Maryse Joissains, ses avocats et des élus proches devant la cour d'appel de Montpellier en mai dernier. Photo JML.

Maryse Joissains, ses avocats et des élus proches devant la cour d'appel de Montpellier en mai dernier. Photo JML.

Toujours « même pas mal » ? En juillet dernier, la maire d’Aix-en-Provence se présentait en « guerrière » après sa condamnation pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts. Même adoucie à six mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, celle-ci vient d’être confirmée par la cour d’appel de Montpellier. Pourtant la posture de Maryse Joissains reste inchangée : un pourvoi en cassation, annonce un communiqué de ses avocats. Ceux-ci « considèrent toujours qu’il n’y a dans ce dossier aucun délit constitué et que cette peine est par conséquence non justifiée ni en fait ni en droit », écrivent-ils, sans entrer dans le détail des griefs.

Pour autant, même si la peine a été fortement réduite et si les motivations de l’arrêt ne sont pas encore connues, le fond est jugé et seule la forme de la peine reste en question devant la Cour de cassation. Pour rappel, il lui est reproché la promotion turbo de son chauffeur, révélée par Marsactu en 2013, ainsi que l’emploi d’une collaboratrice de cabinet pour la protection animale, une compétence dont ne disposait pas la communauté d’agglomération du pays d’Aix.

Document Marsactu : Le jugement de première instance que Maryse Joissains ne voulait pas rendre public

« Il faut qu’elle dégage »

« La justice a quand même tranché deux fois », rappelle Anne-Laurence Petel, députée LREM de la 14e circonscription, qui pour le reste laisse Maryse Joissains « prendre les responsabilités de ses décisions ». « La justice est passée, les faits sont là », abonde le président du groupe d’opposition Démocratie pour Aix Édouard Baldo (PS). Pour sa part, la suite est plus brutale : « La logique et la moralité publique exigent qu’elle quitte son mandat. Il faut qu’elle dégage. » Dans d’autres termes, l’autre député d’Aix Mohamed Laqhila (Modem), arrivait aux mêmes conclusions en août dernier.

Ce n’est pas l’intention de Maryse Joissains, trois mandats et bientôt 77 ans, que le pourvoi en cassation autorise à conserver son fauteuil. Pour aujourd’hui, comme en 2020, après les municipales, sous-entend son communiqué :

Madame Joissains dont le mandat se terminera en mars 2020 fait savoir que cette décision judiciaire reste sans incidence sur son choix de se représenter ou non aux prochaines élections.

Ce texte ne développe pas quelles variables décideront finalement de ce choix et il faut pour l’heure s’en contenter, faute de conférence de presse. L’an dernier, le jour même de l’annonce du jugement, elle avait réuni de nombreux élus de sa majorité pour sonner la charge contre une décision « incroyable ». Depuis, peu d’adjoints ont esquissé des velléités de lui succéder, si ce n’est Jean-Marc Perrin, qui en homme « libre » avait à l’époque séché le point presse et le texte de soutien.

La majorité fera-t-elle bloc ?

Certains présents sur la photo de juillet 2018 seraient-ils prêts à tirer d’autres conséquences que leur maire de cette confirmation en appel ? « Oui, mais ils ne le diront pas publiquement », estime Édouard Baldo. Anne-Laurence Petel, candidate déclarée à la mairie d’Aix, évoque de son côté « des discussions avec des gens qui sont dans la majorité » et veut croire que certains pourraient saisir l’occasion de « s’extraire » du sillage de Maryse Joissains dans les prochains mois. « Je fais la différence entre le clan Joissains et d’autres personnalités politiques de droite, LR modérés ou UDI, qui sont compétents et prêts à travailler pour la ville », précise-t-elle, sans citer de noms.

Outre l’attitude de sa majorité, l’élément déterminant sera la décision de la commission nationale d’investiture des Républicains, appelée à adouber une éventuelle volonté de briguer un quatrième mandat. Bruno Gilles, le président de la fédération des Bouches-du-Rhône, qui y siège de même que Martine Vassal, n’a pas souhaité commenter ce contexte polico-judiciaire.

Dans l’équation, le résultat des élections européennes ne vient pas renforcer la position de Maryse Joissains. La liste Bellamy est arrivée en quatrième position avec un score de 10,1 % à peine meilleur que la moyenne nationale. Autre marcheuse candidate déclarée, la conseillère municipale Charlotte de Busschère y voit une « double sanction » pour la droite aixoise, avec la condamnation.

Les deux sont-ils liés ? Difficile à dire, les grandes villes LR de Marseille, Salon ou Aubagne n’ayant pas mieux résisté à la déroute (voir notre carte). « Ici, c’est un vrai traumatisme, les gens ont l’impression qu’on a atteint leur honneur. L’exaspération, je la rencontre dans la rue, c’est clair. Le mot d’ordre doit être « Aix ville propre ». », estime cependant Édouard Baldo. « Je trouve par dessus tout dommage que la réputation d’Aix et des Aixois soit entachée », abonde Anne-Laurence Petel. Deux avis qui ne font pas une vérité dans les urnes, mais déjà un thème de campagne.

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