Les plaintes de la Plaine

Concertation électrique en vue à la Plaine

À la une
Lisa Castelly
26 Nov 2015 6

Après une première rénovation en 2001, la place Jean-Jaurès devrait de nouveau être en travaux à partir de 2017. Des ateliers de concertation ont lieu dès ce jeudi soir pour entendre les doléances des habitants et commerçants. Et il y a du travail.

Dans les allées du marché de la Plaine, ce mardi, les nombreux acheteurs fouinent dans les étals malgré la fraîcheur hivernale. Mais la rumeur qui court depuis plusieurs semaines donne triste mine aux vendeurs. « S’il y a des travaux, on est morts », lâche Sam, qui vend des écharpes et des bijoux fantaisie. L’information est désormais avérée, la place Jean-Jaurès va connaître une profonde rénovation, qui devrait débuter en 2017 pour aboutir fin 2019.

Fidèle à sa réputation frondeuse, la population de la Plaine s’est mise en ordre de marche contre un projet qu’on annonce pharaonique. La révolte est née d’une étude envoyée anonymement cet été aux membres de l’assemblée de la Plaine, collectif qui se veut organe démocratique de défense du quartier, avec une forte inspiration libertaire. Sur 42 pages, ils découvrent l’étude de « pré-programmation » menée par la Soleam, la société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise, en vue de la rénovation.

Le dossier évoque plusieurs scénarios – tous estimés à plus de 10 millions d’euros – qui ne sont pas du tout du goût des membres de l’assemblée. « On a découvert que tous les scénarios vont dans le même sens : réduire de moitié la surface du marché, faire de la place un décor touristique… Bref, il s’agit de bouleverser le fonctionnement actuel de la place », peste Jérôme, l’une des têtes du collectif. « On veut faire comme partout ailleurs dans Marseille, poursuit son camarade Bruno, casser la dynamique populaire, comme au cours d’Estienne-d’Orves ou rue de la République, pas de bancs pour s’asseoir et obligation d’aller aux terrasses des bars pour profiter du lieu. »

Réduction du marché et montée en gamme ?

Plus que tout, c’est la présence d’« invariants » dans l’étude (p 10), qui hérisse les habitants militants. Parmi les indications de rénovation données par la Soleam se trouvent notamment une volonté de « montée en gamme » de la place et du marché – aujourd’hui essentiellement constitué de soldeurs – et la réduction de la surface de ce dernier, ainsi que la diminution des places de parkings. « Bien sûr une place toute propre, sans sacs plastiques partout, avec moins de bagnoles, pour laisser jouer les gamins, c’est très bien, reconnaît Bruno de l’assemblée, mais le problème c’est que cela aura des conséquences sur la sociologie du quartier »

Capture du document de travail de la Soleam relatant les différents scénarios étudiés. En bleu les emplacements des stands, en rose les terrasses et en orange les espaces de loisirs.

Mais du côté de la Soleam, on affirme que les opposants ont fait de ce document ce qu’il n’est pas. « C’est un document de travail interne, qui n’avait pas vocation à être distribué. On y envisage toutes les possibilités, et le projet final ne retiendra peut-être aucun de ces dessins », explique son président Gérard Chenoz.

« Pourquoi est-ce qu’ils veulent tout casser ? »

Il n’empêche, quelle que soit sa valeur, ce document, résumé par l’assemblée de la Plaine sur ses tracts, passe de main en main dans le quartier et est devenu la base de toutes les discussions. « Pour les vendeurs du marché, la conséquence est la plus directe, si le marché est réduit de moitié et que les travaux durent longtemps, ils perdent leurs emplois », affirme Anne, de l’assemblée de la Plaine. « S’ils veulent qu’on fasse de la qualité, on fait de la qualité, mais l’originalité de ce marché, c’est les soldeurs, c’est ça qui fait venir les gens ! Sans eux plus de marché », estime André, un forain présent sur la Plaine depuis 2008. « Il y a des gens qui ne sont pas en règle, la mairie veut nettoyer c’est sûr, décrypte quant à lui Tony, propriétaire d’un des snacks installés au milieu du marché, mais deux ans de travaux c’est dur pour les commerçants. Il n’y a pas tant de choses à changer, pourquoi est-ce qu’ils veulent tout casser ? »

Les bistrotiers de la place sont pris entre deux feux : d’un côté, le marché tel qu’il est aujourd’hui – trihebdomadaire, très étendu et populaire – constitue une part non négligeable de leur clientèle et ils ne souhaiteraient pas la voir bouder le quartier. D’un autre côté, l’étude de la Soleam évoque l’agrandissement et l’aménagement de leurs terrasses, aujourd’hui pour la plupart coupées en deux par la route ou absente les jours de marchés. « Pour nous une belle terrasse, forcément c’est super et s’il faut de gros travaux, on fera avec le bruit des marteaux-piqueurs », s’enthousiasme Yannick, gérant du bar « le Jean Jaurès » dont la terrasse se résume à un bout de parking aménagé. « Plus de qualité aussi, c’est bien, mais si les choses sont plus chères, il y aura moins de monde. La population, elle va pas changer ! » tempère-t-il.

Le marché de la Plaine.
Le marché de la Plaine.

Face aux inquiétudes qui se déploient aussi vite que les stands un mercredi matin, Gérard Chenoz joue l’apaisement, seul à devoir défendre un projet dont les élus de secteurs refusent de parler, puisque pour le moment, il n’existe pas officiellement. « Oui, il va y avoir des travaux, c’est du bruit, de la poussière, mais si on s’arrête à ça, on ne fait rien. Ils seront phasés, les forains bougeront d’un coin à un autre aussi bien que possible », précise-t-il avant de répondre à ceux qui préféreraient quelques améliorations à une grande rénovation : 

« On veut pour cette place un beau projet. Soit on dit qu’on est une petite ville de province, soit on se dit qu’on est le centre d’une grande métropole attractive et on a une ambition. On ne change pas la population d’un quartier en refaisant une place, et si la Plaine était plus sympa, plus de Marseillais s’y rendraient. »

« Si le projet était déjà défini, il n’y aurait pas de concertation du tout »

Faire entendre et dialoguer toutes ces préoccupations, c’est la lourde tâche qui attend l’agence Res Publica, en charge de la concertation lancée cet automne. L’année dernière, ce même cabinet avait déjà animé les échanges autour du quartier des casernes de la Belle-de-Mai. Après plusieurs semaines à rencontrer des usagers de la Plaine, Céline Badet, consultante en « ingénierie de la concertation » réunit à partir de ce jeudi soir les volontaires au sein d’atelier ouverts à tous sur inscription. Deux séances se tiennent à 17 h 30 et 20 h au conservatoire régional, place Carli. Ils seront suivis de deux autres rencontres le 3 décembre, avant une restitution le 17 du même mois. Et les participants ne devraient pas manquer. Près de 140 personnes se sont inscrites pour débattre. Les membres de l’assemblée de la Plaine roderont leurs arguments à partir de 14 h, bien qu’ils soient convaincus que la concertation ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour infléchir les projets portés par la Soleam.

« La spécificité de cette place, c’est la diversité des usages, le marché, les jeux, la vie nocturne, mais aussi l’attachement qu’il peut y avoir à cette espace et plus largement à la vie de quartier », reconnaît Céline Badet, consciente de la sensibilité des enjeux. Le but d’une concertation, c’est de faire plus que de la simple information pour alimenter concrètement le projet. Si le projet était déjà défini, il n’y aurait pas de concertation du tout », répond-elle aux sceptiques. 

« Le cahier des charges officiel sur lequel travailleront les équipes résultera de la concertation, martèle Gérard Chenoz, qui en précise toutefois qu' »à la fin, ce sera aux élus de décider comment l’appliquer ». En organisant cette concertation deux ans avant le premier coup de pelleteuse, la Soleam espère en tout cas éviter que les rumeurs n’enflent démesurément dans ce quartier qui ne manque pas de riverains aux aguets.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

Crédit : Feriel Alouti
Ce musée colonial que personne ne visitera pendant les journées du patrimoine
On pourrait le surnommer le "musée caché". Pour le dénicher, il faut, derrière la gare Saint-Charles, passer les grilles de l'université Aix-Marseille, atteindre la...
Stéphane Ravier (RN) profite de la cacophonie ambiante pour lancer sa campagne municipale
Il est "candidat depuis cinq ans et demi" et il en est fier. Le soir de son élection à la tête de la mairie...
« Si on agit sur toutes les cités en même temps, on est sûr de ne rien faire »
Où en est-on du plan Intiative Copropriétés, lancé il y a près d'un an par Julien Denormandie à Marseille ? À lire Bâtiactu, ce...
La station de métro Gèze n’ouvrira pas en septembre
Martine Vassal avait raison de se refuser à avancer la moindre date. Mais son vice-président délégué aux transports Roland Blum n'a pas eu cette...
Bus secret de la RTM : on l’appelait « la clandestine »
"Je te conseille plus de prudence quant aux dates de mise en service que tu annonces." La réponse émane d'Eugène Caselli, ancien président socialiste...
Un chantier ferroviaire lyonnais éloigne le port de Marseille de ses clients
Aller vite et être fiable. Voici pour résumer le credo des ports européens pour devenir le point d'entrée des marchandises venues d'autres continents. Un...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire