Comment Samia Ghali, deuxième adjointe, s’est taillé une place de premier choix

Actualité
le 4 Juil 2020
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La séance historique du premier conseil municipal de Michèle Rubirola a été marquée par les multiples séances de négociations entre le Printemps Marseillais et le camp de Samia Ghali. Au final, celle-ci obtient une large place dans l'exécutif pour elle-même et ses fidèles.

L'équipe de Samia Ghali part en négociation. Photo : Emilio Guzman.

L'équipe de Samia Ghali part en négociation. Photo : Emilio Guzman.

Il est 18 heures et le conseil municipal s’effiloche en une énième suspension de séance. Le nombre de 30 adjoints, comme précédemment, a été adopté sans poser de difficultés. Mais voilà que la liste de noms (voir notre trombinoscope interactif) qui doit être proposée lors d’un vote à bulletins secrets ne vient pas. Conseiller municipal du Printemps marseillais, Didier El Rharbaye se précipite pour aller chercher Franck Dumontel, le mari et conseil de Samia Ghali, très présent dans les négociations toute la journée et les jours précédents. L’ancien directeur de cabinet de Michel Vauzelle à la région et d’Eugène Caselli à la communauté urbaine s’engouffre dans un couloir.

L’entourage de la sénatrice tempère : “C’est un problème de photocopieuse, c’est la berezina, cet hôtel de ville, il n’y a rien qui fonctionne”. L’attente dure, usante pour les nerfs, à l’image de cette journée à rebondissements où le camp Ghali a négocié d’arrache-pied pour obtenir le maximum en contrepartie du vote des huit conseillers élus sous ses couleurs, renforcés par le ralliement de Lisette Narducci. Il n’est ici pas question de programme – “ce sont les mêmes”, sourit-on dans son entourage – mais de postes. Au final, parmi les 30 adjoints élus, ils seront cinq issus de ces rangs. Samia Ghali y figure en seconde place, derrière la première place qu’elle convoitait et qui ira à Benoît Payan, binôme de Michèle Rubirola au département qui s’est effacé à son profit en janvier.

“Les voix des gens des quartiers Nord”

Les tensions autour de cette exigence première de Samia Ghali durent depuis des jours. Elles n’ont pas cessé avec l’ouverture du conseil municipal. Le matin même, elle diffusait un communiqué intitulé “le combat que je mène dépasse ma personne” dans lequel elle dénonce la “discrimination” : “Maintenant ça suffit tous ces gens qui veulent les voix des gens des quartiers Nord et qui ne veulent jamais qu’ils soient représentés à leur juste place”. Elle se veut donc la voix de tous ces gens et réclame le poste symbolique du premier adjoint, qui la placerait en porte-voix de l’exécutif, attirant la lumière au côté d’une maire débutante.

La cristallisation autour de ce poste symbole lui a permis d’obtenir beaucoup en contrepartie. En tant que deuxième adjointe, elle devrait récupérer un grand portefeuille comprenant la cohésion sociale et l’unité de la ville, l’attractivité, les grands évènements et les relations euro-méditerranéennes.

Euroméditerranée, “ça dépend pas que de nous”

À cela s’ajoute la promesse d’obtenir la présidence de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée en mars prochain quand la présidente actuelle, Laure-Agnès Caradec (LR), mettra en jeu son mandat de conseillère départementale. “D’ici là, on a le temps de voir, glisse un cadre du Printemps marseillais. Surtout que cela ne dépend pas que de nous, il faudra voir avec les collectivités locales et l’État qui est majoritaire”. Elle aura également la rénovation urbaine, même si l’entité Marseille rénovation urbaine a été transférée aux services de la métropole.

“Je trouve que cela a été plutôt bien négocié, considère Jean-Marc Coppola, adjoint lui-même et adversaire direct de Samia Ghali au second tour. Au départ, elle voulait des postes pour quatre hommes de sa liste et la présidence d’Habitat Marseille Provence“. Le bailleur social, lui aussi transféré à la métropole, ne tombera finalement pas dans son escarcelle. En revanche, celle de ses colistiers est plutôt bien pourvue. Marguerite Pasquini prendra la présidence du centre communal d’action sociale. Roland Cazzola obtient les emplacements, qui permet de gérer terrasses, marchés et baux précaires. Sébastien Jibrayel, les sports. Même Lisette Narducci monte dans l’équipage municipal après avoir défendu les couleurs de Bruno Gilles dans les 2/3.

“Elle aurait pu obtenir le poste de sénateur”

Quand on lui soumet l’idée que la fixation sur le rôle de première adjointe était un levier pour obtenir le maximum en contrepartie, la sénatrice affiche un large sourire en égrainant les multiples dossiers de son portefeuille. Un de ses proches souligne : “Elle voulait obtenir une vraie place dans l’exécutif pour faire ce qu’elle n’a pas pu faire depuis 25 ans”.

D’aucuns pourront souligner que cette large place obtenue paraît disproportionnée en regard des neuf petits sièges obtenues par ses listes. “Vous vouliez quoi, qu’on la mette à terre ?”, balaie Benoît Payan quand on lui soumet l’idée. Pourtant, les 30 adjoints auxquels vont s’ajouter les conseillers municipaux délégués forment un exécutif pléthorique, comparable à celui de Jean-Claude Gaudin. “Quand on a une alliance composite, il faut faire de la place à tout le monde, confie un adjoint fraîchement élu. Surtout quand il faut faire entrer les élus des 15/16 en plus”. Lui-même a failli perdre sa délégation dans ce jeu de couloirs.

“En étant candidat, je ne pouvais présider la séance”

Jamais je n’aurais voté pour la droite. Trop de gens ne me l’auraient pas pardonné.

Roland Cazzola, élu des 15/16

Cette longue séance de discussion met un terme définitif aux espoirs de ceux qui, à droite, croyaient encore possible une alliance avec la sénatrice des 15/16. “Mais qui pouvait croire sérieusement qu’on allait s’allier à Guy Teissier ?”, affirme-t-on dans le camp Ghali. “Jamais je n’aurais voté pour la droite. Trop de gens ne me l’auraient pas pardonné, constate Roland Cazzola. C’est le jeu politique de faire croire cela.

Lors de la première des multiples suspensions de séances, l’équipe Ghali part en quête d’une salle où négocier – Lisette Narducci parmi eux –, butant sans cesse sur des portes closes. Ils seront rejoints par une délégation du Printemps pour un très long round. Michèle Rubirola n’en fait pas partie, mais l’équipe “est représentative de la diversité du Printemps marseillais”, lâche celle-ci. Y figurent notamment le socialiste Joël Canicave et les têtes de liste du 6/8 et du 1/7, Olivia Fortin et Sophie Camard.

La séance s’éternise, se dilue dans la pause déjeuner, alors que la droite crie à l’incident de séance. Le nœud se dénoue dans l’après-midi. Samia Ghali est dans l’escalier, hésite, repart en arrière. En appelle à “Benoît [Payan]”, auprès de Yannick Ohanessian. Au final, visage fermé, elle fonce vers l’extérieur, le parvis de Bargemon pour annoncer son ralliement dans le crépitement de flashes. Ceinte de son écharpe de maire, Michèle Rubirola aura des mots chaleureux pour celle qui lui permet d’entrer dans l’histoire. Quant à Samia Ghali, elle conquiert un espace politique que personne ne la voyait occuper voici quelques mois et qu’elle défendra, pied à pied.

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Commentaires

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  1. Escartefigue Escartefigue

    On est cOntent!!!!!!

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  2. barbapapa barbapapa

    Tous des bébés Guérini, à surveiller comme le lait sur le feu, il faut leur adjoindre des fonctionnaires incorruptibles.
    + cela fait quelques fois que j’avertis, sans retour ? Marsactu sur un dysfonctionnement récent : impossible d’accéder aux commentaires depuis un PC, seulement depuis un téléphone, je ne sais pas si je suis le seul dans ce cas ?

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    • MarsKaa MarsKaa

      En effet il faudra surveiller de près certains élus, une charte de bonne conduite, un rappel des lois, seront sûrement nécessaire pour empêcher le clientélisme.
      Pour les commentaires, nous sommes plusieurs dans ce cas, le conseil donné est de vider le cache, plusieurs fois. Et ça marche !

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    • barbapapa barbapapa

      merci, la manip cache fonctionne, mais c’est bizarroïde !

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    • Patriarche Patriarche

      Concernant les commentaires J’ai eu le même problème, il faut vider le cache du navigateur.

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  3. Orsu Orsu

    Je salue la victoire de M.Rubirola mais suis plus dubitatif sur le rôle de Mme Ghali qui aurait très bien pu basculé à droite , vu ses discussions avec LR , la gauche lui a fait une meilleure offre , elle a donc choisi , mais l’embrassade entre les deux dames m a gêné tant il sentait l'(hypocrisie
    Le guérinisme n’est pas mort , merci Mme Ghali

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    • Serge Maurin Serge Maurin

      J’ai eu l’impression complètement opposée, J’ai vu ce matin une photo magnifique, je suis plutôt soutien du printemps marseillais ( dans le sens où je vote à Martigues ) mais je suis étonnée par le peu de considération que certain ont pour Samia Ghali, elle connaît bien ses dossiers et l’énorme institution qu’est la ville de Marseille, elle peut rendre service. Après c’est vrai qu’elle s’est faite languir mais comme Payan, je n’ai jamais cru une seconde qu’elle pourrait soutenir Tessier.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      @orsu pour rester factuel, Samia Ghali ne s’est pas donnée au plus offrant puisque Guy Teissier lui a publiquement proposé la place de première adjointe tandis que le Printemps Marseillais ne lui a offert que la place de deuxième…

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Son parcours ne plaide pas en sa faveur et son mode de fonctionnement non-plus.
    Rubirola le sait, une femme avertie en vaut deux.
    Ses négociations lui procure son maintien de niveau de vie, la voilà rassurée à ce sujet.
    Alors mėfi, qu’elle ne se prenne pas pour le maire

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  5. julijo julijo

    Ghali restera ghali….. et après ?
    je reste quand même ravi de cette nouvelle équipe. le trombinoscope annonce un nombre certains de nouveaux élus “tout neuf”, et pour moi c’est un point positif.
    alors, oui, je dirai, méfiance, surveillance contrôle…..mais un travail collectif inclut tout ça, et un fonctionnement démocratique devrait pouvoir éviter certains…débordements.
    par ailleurs, une “place de premier choix” pour les quartiers nord, je trouve que c’est la moindre des choses. qu’ils soient traités quelque part en priorité me semble légitime. habitant du 12e, ces quartiers me sont un peu lointains, mais cette ostracisme a assez duré.

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  6. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    Ne pas oublier la transparence indispensable à la gestion des affaires publiques.

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  7. MarsKaa MarsKaa

    Le Printemps Marseillais se serait préoccupé des quartiers Nord, avec ou sans Mme Ghali !! D’où sort ce mythe que seule Mme Ghali défend les intérêts des habitants des quartiers Nord ? Et que le PM n’est pas “ancré” dans ces quartiers ?
    Dans et autour du Printemps marseillais il y a des personnes engagées de longue date dans ces quartiers, en tant qu’enseignants, professions medicales, éducateurs, associations…

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    • pascal pascal

      d’accord avec vous, la seule manière de permettre un meilleur développement des quartiers nord était de prendre la Mairie. Donc ça position hésitante, relevé soit du bluff, soit d’un égoïsme primaire…
      je trouve que la négociation du PM a été bien menée, ils l’ont poussé au bout de ces revendications et elle aura certainement permis à Mme Ghali de comprendre que ses hésitations se serait retourner contre elle. Elle n’avait pas bcp de choix et pas tant de capacité à négocier que ça. En cas de scénario contraire, elle aurait dû assumer la victoire de la droite, celle qui a enfoncé les quartier pendant plus que 25 ans. Donc elle s’en sort bien, elle a bien négocier et c’est certainement un de ses plus grande qualité.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Comment se nomme ce film ?. Ah oui, “le Diable s’habille en Prada”. Elle se défend elle d’abord, et les autres après d’où ces négociations.pour le reste 200% d’accord. Il faut simplement la remettre à sa place.

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    • julijo julijo

      Je suis bien d’accord.
      elle a lentement, mais elle a compris. par ailleurs la différence de voix entre sa liste et le PM est significative.
      elle n’est effectivement pas la seule à penser à ces quartiers oubliés et malmenés, surtout quand une de ses solutions, était, il n’y a pas si longtemps, de faire appel à l’armée !!!

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  8. Néo Marseillais effaré Néo Marseillais effaré

    Il va falloir à celles qui sont le vrai renouveau de la vie politique marseillaise (Rubirola, Camard, Fortin), beaucoup d’énergie pour exister face au duo de “vieux” routiers que sont Ghali et Payan.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Les uns n’existeraient pas sans les autres. Donc ils vont trouver un équilibre

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    • Jacques89 Jacques89

      Va surtout falloir surveiller “l’usine socialiste” fabrique de conflits d’intérêts pour éviter qu’elle ne ternisse ce mouvement qui (à priori) est bâti sur la volonté d’assainir.

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  9. Karo Karo

    N oublions pas que de nombreuses compétences sont à la métropole ainsi que les budgets correspondants et que le Département est un partenaire financier de poids. Marseille va avoir besoin du soutien du Département et de la Région, il faut espérer que ceux ci ne se vengent pas du passage de la ville à gauche !
    Est ce que Muselier a tweete pour féliciter les nouveaux elus lui le spécialiste de la politique en 140 signes .
    Le prochain coup à jouer cest la Métropole !
    La partie n est pas finie !

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  10. Brallaisse Brallaisse

    Si ils ne font rien ils hypothequent leurs avenirs marseillais, l’on ne peut non plus ignorer 80 % à minima d’un département

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  11. Jeremy Conchy Jeremy Conchy

    IN MARSACTU WE TRUST
    MERCI

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  12. Pascal L Pascal L

    A gauche sur la photo, la dame avec un gilet rouge, ce ne serait pas Girouette Narducci qui se serait faufilée dans l’équipe ??? Elle lui ressemble.

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    • LN LN

      Oui oui… c’est bien elle

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