Les cadors de la droite locale jouent à fond la carte primaire

Décryptage
le 19 Nov 2016
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Avec la primaire, la droite et le centre se lancent dans un exercice inédit. Depuis des mois, les partisans de chaque candidat mènent campagne. Si l'essentiel de la droite locale soutient Sarkozy, certains barons locaux ont choisi d'autres poulains. Revue des effectifs et des stratégies à l'heure du premier tour.

“Jean-François Copé a un atout. Cet atout c’est moi et je vais vous dire pourquoi. Parce que s’il est président de la République, je serai ministre de plein exercice ! Et je peux vous dire que je serai un relais très efficace pour la région.” Lors du débat local sur la primaire organisé à Salon-de-Provence le 7 novembre, le député d’Aubagne Bernard Deflesselles a choisi l’humour pour donner une tonalité locale à son engagement dans la primaire de la droite et du centre.

Bien sûr, exprimer cette ambition personnelle alors que son candidat végète à la dernière place dans les sondages fait sourire. Mais il n’en reste pas moins que “par fidélité” à l’ancien président du groupe UMP à l’Assemblée nationale – celui qui l’avait nommé vice-président – fait ainsi partie des rares soutiens locaux de l’ancien patron du parti.

Revoir le débat capté et animé par MProvence :

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Pour tous les candidats, la région et les Bouches-du-Rhône ne sont pas des terrains qui peuvent être négligés. Ce sont des fiefs de la droite qui avaient tous deux maintenu leur soutien à Nicolas Sarkozy lors du second tour de la présidentielle de 2012 avec plus de 530 000 voix dans le seul département. La fédération Les Républicains des Bouches-du-Rhône fait partie des quatre premières du parti avec “15 000 adhérents dont 10 000 à jour de cotisation” selon son président Bruno Gilles. La mobilisation sera scrutée dans chaque camp, surtout chez les sarkozystes qui ont fait de cette terre très à droite un objectif majeur. Ces derniers y visent plus de la majorité des voix dès le premier tour.

Gaudin, Vassal, Joissains : tous avec Sarkozy

Les barons locaux ne s’y sont pas trompés. Tant Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille et président de la métropole que Martine Vassal, la présidente du département, Maryse Joissains la maire d’Aix-en-Provence, Christian Estrosi, à la tête de l’exécutif régional, ont pris position pour l’ancien président de la République. Un soutien réitéré notamment le 27 octobre lors d’une démonstration de force, salle Vallier, où Gaudin a pu jouer la carte de la fidélité : “Je l’ai soutenu depuis 2005 et je n’ai pas changé. Je l’ai soutenu avant [la présidence], je l’ai soutenu pendant et je l’ai soutenu après”, a-t-il tonitrué.

Le jour même, il avait pris la peine – jamais trop prudent – de passer saluer Alain Juppé qui rencontrait des femmes chefs d’entreprise. Service minimum comme Martine Vassal. “J’ai fait le boulot”, dira Gaudin après cinq minutes de parade médiatique avec le favori des sondages.

Juppé n’a pas la cote

Malgré cette étiquette, le maire de Bordeaux n’a rallié à lui que peu de soutiens locaux : “Appuyer Juppé contre les cadres du parti, c’est pas forcément évident”, note Bruno Gilles, soutien de Sarkozy. Ceux qui sont déjà grillés en revanche peuvent y voir un moyen de revenir par la bande comme Myriam Salah-Eddine, ancienne conseillère-municipale-qui-monte bien redescendue depuis ou Patrick Thévenin, adjoint aux écoles dans les 6e et 8e arrondissements jusqu’en 2014 et candidat aux prochaines législatives sous l’étiquette Modem.

L’ancien premier ministre a d’autres soutiens, plus capés. Un parlementaire, le député Christian Kert et quelques élus dont les vice-présidents du département Jean-Pierre Bouvet et Didier Réault ou l’adjoint au maire à la santé Patrick Padovani l’ont suivi. Dans le cadre d’une décision nationale, l’UDI boudée par Sarkozy lui a officiellement apporté son soutien. Lequel avait refusé tout entente entre les deux partis pour les législatives. “On ne soutient pas Juppé pour avoir une circonscription de plus dans les Bouches-du-Rhône”, a cru bon de démentir Laurent Hénart le secrétaire général du parti venu il y a quelques jours sur le Vieux-Port. La secrétaire départementale de l’UDI, Arlette Fructus et ses élus, ont donc rejoint les maigres troupes des juppéistes.

À Marseille, Juppé a pourtant réussi un coup médiatique. Alors qu’il partageait la vedette avec Nicolas Sarkozy lui aussi à Marseille, il a réussi à attirer l’attention médiatique en s’offrant un petit tour à la Busserine. Il y aura croisé moins d’habitants que de caméras. “Une belle journée, se réjouit Didier Réault. En soutenant Alain Juppé, je trouve l’homme qui pour moi correspond au moment. Je suis fidèle à mes convictions”. L’adjoint à la mer joue ainsi les affranchis vis-à-vis du maire sarkozyste ou de son mentor, Guy Teissier.

Il est ainsi un des rares proches – si ce n’est le seul – du député de Saint-Loup à ne pas avoir choisi François Fillon. Comme en 2012 pour la direction du parti, Guy Teissier et la députée et maire des 11e et 12e arrondissements Valérie Boyer ont choisi l’ancien premier ministre. Elle occupe un poste de premier plan dans cette campagne puisqu’elle est la porte-parole nationale de l’élu sarthois. “Pour Guy Teissier, il faut prendre en compte une trajectoire commune, explique un fidèle Lionel Royer-Perreaut, le maire des 9e et 10e arrondissements. Leur intérêt commun pour les questions de défense a créé une relation de proximité. Elle s’est transformée en une sorte de fidélité politique le jour où Fillon a validé le principe de création du parc national des Calanques pour lequel nous nous sommes battus. Il est venu à Luminy l’annoncer.”

Les maires de Le Maire

Ce soutien permet aussi de se démarquer de Jean-Claude Gaudin. C’est à cette même aune que peut se lire le soutien du député et premier adjoint Dominique Tian à Bruno Le Maire. Là encore, ce n’est pas un coup d’essai puisqu’il l’avait soutenu contre Nicolas Sarkozy pour la présidence du parti en 2014. Il revendique “une complicité intellectuelle” avec celui qui “n’a jamais rechigné à venir lors de réunions locales” et vante “un candidat qui ne fait pas dans la démagogie, qui ne veut pas, par exemple, mettre tous les fichés S en prison”. Il entraîne dans son sillage la maire des 1er et 7e arrondissements Sabine Bernasconi et 21 autres édiles (sur 119) du département dont le premier magistrat de La Ciotat, Patrick Boré.

Cette capacité à engranger des soutiens a surpris jusque chez ses concurrents. “Les maires ont été séduits par l’idée d’un contrat présidentiel comme il y a un contrat de mandature municipal, juge le maire de la Roque-d’Anthéron Jean-Pierre Serrus, un autre soutien actif. Dans nos discussions, le programme a fait la différence : c’est la liberté de choix pour les temps d’activités périscolaires, la complète refondation de la règle des 25 % de logements sociaux avec une prise en compte des spécificités locales ou les pouvoirs accrus du maire en termes de petite délinquance.

Bien sûr, il peut y avoir d’autres intentions cachées et des choix de carrière bien sentis. Nicolas Sarkozy a ainsi insisté pour distribuer les investitures aux législatives peu avant de quitter le costume de chef de parti pour celui du candidat. Investi dans la circonscription aujourd’hui tenue par Marie-Arlette Carlotti (PS), Yves Moraine y croit peu : “Il y a des personnalités de premier plan comme Valérie Boyer qui, quel que soit le vainqueur, pourraient avoir leur place dans le dispositif présidentiel. Pour les autres, ceux qui sont rompus à l’exercice des campagnes savent que les personnalités politiques nationales vous oublient avec autant d’empressement qu’elles ont mis à vous courtiser.”

Premier enjeu : la participation

Il est toujours difficile de connaître l’impact de tous ces soutiens locaux sur le résultat final d’un scrutin national. Dans un exercice inédit, personne ne se risque à un pronostic ni sur la participation ni sur le score de son champion. Restent des objectifs. Tout d’abord il s’agira au moins de faire aussi bien que la primaire socialiste de 2011 qui avait enregistré près de 70 000 votants au premier tour dans le département.

Pour déterminer le nombre de bureaux de vote, le parti est toutefois parti sur une base plus élevée : 8 % des inscrits, ce qui voudrait dire plus de 100 000 votants dans le département. Aux régionales, malgré la débâcle de la gauche, la droite n’avait au premier tour que peu réussi à convaincre les électeurs qui avaient largement préféré le Front national. À l’arrivée, Christian Estrosi, qui avait fait l’union de la droite et du centre, avait recueilli les suffrages de 11 % des inscrits du département (soit environ 23 % des voix) avant de l’emporter au second tour grâce au front républicain. Réussir à faire venir les citoyens jusqu’aux urnes ces deux dimanches constitue donc un enjeu fort.

Question résultats, les sarkozystes croient en “un effet Gaudin conjugué à une sociologie militante plus à droite que dans le reste du pays”, dixit Yves Moraine. Bruno Gilles vise “un score au-dessus de 50 %” persuadé que “s’il ne fait pas ses voix dans les Bouches-du-Rhône, Sarko est mort.” Didier Réault croit Juppé capable d’être “au coude à coude avec Sarkozy”. Quant aux fillonistes, ils ont un chiffre en tête mais le gardent au chaud : “Nous avons un objectif en nombre de voix pour chaque bureau”, explique Lionel Royer-Perreaut. Bref, un air de vrai campagne même si l’ambiance locale, restée cordiale, augure d’une réconciliation aisée au soir du second tour.

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Commentaires

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  1. Bruno Gilles Bruno Gilles

    Christian KERT ne peut être considéré comme un soutien Juppé car il a parrainé NKM et a représenté cette candidate au grand débat de Salon qui réunissait tous les représentants des candidats….

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  2. neomars neomars

    Alors est-ce que la base a suivi son bon maire mettant une fois de plus Marseille à contre-courant ?

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    • Tarama Tarama

      D’après le correspondant du Monde à Marseille :
      “Sur l’ensemble de Marseille. Sarkozy résiste mieux qu’au national : 34,3% contre 35,5% pour Fillon selon Fede BdR. Juppé a 23,8”

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