[Comment ça va les chauffeurs de VTC ?] “On travaille à perte”

Interview
le 23 Nov 2020
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Durant le premier confinement, Marsactu avait suivi les "premiers de corvée" qui continuaient à travailler. Pour cette saison 2, nous nous intéressons chaque jour à celles et ceux que la crise économique frappe avant la crise sanitaire. Aujourd'hui, Benali Houari, chauffeur VTC depuis 4 ans et président de l'Union chauffeurs VTC Marseille.

Houari Benali travaille en tant que chauffeur VTC avec les plateformes Uber, Heetch et Yassir. Malgré sa diversification d’employeurs, en cette période de confinement les difficultés sont réelles. Endetté, il envisage une réorientation professionnelle.

Comment ça va Houari Benali ?

En ce moment c’est très très difficile. Avec le confinement, la clientèle a fortement diminué. On passe notre journée à attendre que l’application sonne. C’est épuisant. On a perdu au moins 80 % de notre chiffre d’affaires mensuel. Avant on faisait environ 6000 euros par mois. Maintenant, seulement 1000 euros. Et ce, en travaillant 7 jours sur 7. Entre 7 et 10 heures par jour ! Tout ça pour au final les dépenser dans les charges de location du véhicule, les frais d’entretien, l’assurance…

Même en travaillant pour trois plateformes, je gagne au grand maximum 30 euros par jour. Je suis le seul à travailler chez moi. Toutes les dépenses familiales dépendent de moi. Comment je fais pour les assumer ? En plus, à tout cela s’ajoute le stress lié au Covid. Je connais au moins une dizaine de confrères qui l’ont eu. Dès qu’un client tousse dans la voiture, je suis en panique. Le soir en rentrant je ne peux même pas embrasser mes enfants. Je repense à la valise que j’ai portée, la porte que j’ai ouverte… J’ai peur de les contaminer. C’est beaucoup trop pesant. 

Vous avez formulé des demandes auprès de Uber et des responsables politiques ? Où en sont-elles ?

Nous sommes toujours dans l’attente. Ils ne veulent ni geler ni baisser les cotisations. Les plateformes ne calculent pas le tarif d’approche quand on va chercher un client. Elles ne facturent que le trajet entre le lieu où on le récupère et celui où on le dépose. Le reste, c’est nous qui payons. Elles nous obligent aussi à retourner à la base ensuite. À nos frais, encore une fois. C’est trop. Ce qu’on demande aux applications c’est d’avoir un prix juste. Que ce soit pour les clients ou pour le chauffeur. Parce que là, ce ne sont même pas des tarifs low cost, on travaille à perte.

On a aussi demandé l’arrêt de délivrance des cartes professionnelles à la préfecture. En ce moment, on est beaucoup trop nombreux pour la faible demande qu’il y a. 1200 cartes sont délivrées, pour un marché qui demande 300 chauffeurs VTC. On peut aller jusqu’à 500 chauffeurs en période estivale. Mais pas au-delà. En plus, c’est de la concurrence déloyale parce qu’il y a beaucoup de chauffeurs de bus ou d’ambulance qui font VTC à côté de leur activité principale. En extra. Alors que nous, c’est notre unique source de revenus. 

Comment envisagez-vous les mois à venir ?

On ne gagne pas suffisamment d’argent, on subit trop de stress, on prend des risques, on n’a pas de vie de famille… Pour ma part, je vais attendre jusqu’à la fin de l’année. Si ça ne s’arrange pas, j’arrête et je m’inscris à Pôle emploi. Ce sera le retour au chômage comme pour beaucoup de mes collègues. Là, actuellement, au moins la moitié d’entre eux vont abandonner le métier. Ils sont surendettés. C’est impossible pour eux de continuer.

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Commentaires

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  1. daniel saint leger daniel saint leger

    C’est quand même incroyable, il n’y a que des mec sur la photo… Pourtant il y a pas mal de femmes dans le VTC

    Signaler
    • jasmin jasmin

      Et 17 sur 29 ne portent pas de masques ou sous le nez. Deux respectent la distanciation. Ca ne me donne pas envie de prendre un VTC.

      Signaler

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