[Comment ça va les agences immobilières ?] “On cherche des économies dans tous les sens”

Interview
le 18 Nov 2020
1

Durant le premier confinement, Marsactu avait suivi les "premiers de corvée" qui continuaient à travailler. Pour cette saison 2, nous nous intéressons chaque jour à celles et ceux que la crise économique frappe avant la crise sanitaire. Aujourd'hui, Philippe Caron, directeur d'une agence immobilière indépendante à Marseille.

L'agence immobilière de Philippe Caron. (DR)

L'agence immobilière de Philippe Caron. (DR)

Pour ce deuxième confinement, les agences immobilières sont autorisées à ouvrir, mais les visites de logements sont interdites. Elles ne peuvent se faire que virtuellement, un aménagement qui refroidit les clients autant que les professionnels. Entretien avec Philippe Caron, directeur de La phocéenne de prestations immobilières, une petite agence indépendante dans le 8ème arrondissement de Marseille. 

Comment ça va Philippe Caron ?

C’est une période compliquée. Les ventes et achats de biens immobiliers sont à l’arrêt. Avant, on recevait entre 10 et 15 appels de clients par jour. Maintenant, le téléphone ne sonne plus. La solvabilité des acquéreurs est en train de s’émousser, les visites de logements sont interdites, ce qui met fin à toute transaction… On cumule un peu tous les ennuis. Depuis le début de l’année 2020, on est à au moins 30% de recettes de baisse en activité de transaction. En administration de biens, les chiffres sont stables. On n’en perd pas, mais on n’en gagne pas non plus. Moi je gère une petite structure dans laquelle nous sommes trois. Les dégâts sont minimes comparés à d’autres confrères.

Financièrement, comment faites-vous pour maintenir votre activité ?

On a eu recours au chômage partiel en mars, avril et mai derniers. Les mois qui ont suivi, on a connu un véritable rebond. Les ventes sont reparties fortement à la hausse à la sortie du premier confinement. Je pense que c’étaient des achats d’impulsion. On a rattrapé ce qui n’avait pas été fait. Mais ça ne risque pas de se reproduire. En juillet-août ça s’est calmé, puis maintenant, ça s’est complètement éteint. On manque cruellement de produits.

Nous avons donc de nouveau recours au chômage partiel pour décembre et novembre. Puis j’ai réduit au maximum les charges de l’entreprise. On cherche des économies dans tous les sens. Après, dans notre agence, on a la chance de ne pas faire que de de la transaction. La gestion de copropriétés et la location nous permettent de survivre. Pour le moment, on tient le coup, mais psychologiquement c’est assez lourd. Les nuits sont agitées. On n’est pas sereins. J’espère que ça va s’améliorer. 

Les visites virtuelles aident-elles à relancer les ventes ?

Les visites virtuelles ne sont pas une solution. Les choix des clients se font à l’affect, à leurs impressions pendant la visite. Une vidéo ne pourra jamais remplacer cela. Au mieux, ça permet de gagner du temps et d’éliminer un certains nombre de cas rédhibitoires que les potentiels acquéreurs peuvent identifier à l’image, mais en aucun cas ça ne déclenche un achat final. En plus, même les clients n’y adhèrent pas. La semaine dernière par exemple, deux personnes ont demandé à visiter des logements. Lorsque je leur ai dit que ce n’était pas possible, elles n’ont pas compris les raisons. Pour elles, il n’est pas envisageable de s’engager sans visiter physiquement. Surtout quand les logements concernés sont inoccupés. Les clients n’identifient pas la nature du risque. J’essaie de les fidéliser en leur disant que je les rappellerai dès que tout rentrera dans l’ordre, mais ça me pénalise. Ils risquent de se tourner vers des confrères qui passent outre l’interdiction.

Les épisodes précédents

[Comment ça va les restaurants ?] “Si ça ne change pas d’ici février on...

Interview
1

Eric Mbenda a quitté son travail dans le bâtiment pour se lancer dans la restauration. En 2019, avec son frère Hugues Mbenda, chef cuisinier,...

[Comment ça va les voyagistes ?] “On a tout reporté à l’année prochaine”

Interview
0

Difficile de projeter des voyages quand les frontières sont fermées du fait de la pandémie. Le secteur touristique international est fortement impacté, dont des...

[Comment ça va les fleuristes ?] “Avec moins de passants, ça n’aide pas”

Interview
0

Durant les premières semaines de ce confinement, Yolas Balducci avait laissé son kiosque de fleurs fermé sur le cours Saint-Louis, à l'angle de La...

[Comment ça va les chauffeurs de VTC ?] “On travaille à perte”

Interview
2

Houari Benali travaille en tant que chauffeur VTC avec les plateformes Uber, Heetch et Yassir. Malgré sa diversification d'employeurs, en cette période de confinement...

[Comment ça va les salles de sport ?] “Tous nos coachs sont au chômage...

Interview
0

Année difficile pour les salles de sport. Fermées durant le premier confinement, elles l'ont été à nouveau le 27 septembre, plusieurs semaines avant le...

[Comment ça va les esthéticiennes ?] “Je suis la seule à ne pas travailler...

Interview
1

Dans les premiers jours du reconfinement, Monia Dominique a tiré le rideau du salon de soins esthétiques qui porte son nom, boulevard de Saint-Louis...

[Comment ça va les agences immobilières ?] “On cherche des économies dans tous les...

Interview
1

Pour ce deuxième confinement, les agences immobilières sont autorisées à ouvrir, mais les visites de logements sont interdites. Elles ne peuvent se faire que...

[Comment ça va la librairie jeunesse ?] “On a une vraie inquiétude sur les...

Interview
3

Comment continuer à faire du conseil de livre quand vous ne pouvez pas accueillir de client dans votre boutique ? Suzanne de Pierrefeu, qui...

[Comment ça va la bière locale ?] “Sans les bars ça fait 50% de...

Interview
1

En plein développement, les micro-brasseries de Provence voient leur expansion freinée par la fermeture des bars et des restaurants qui commercialisent habituellement la plus...

[Comment ça va les discothèques ?] “Imaginez, vivre huit mois sans salaire”

Interview
3

Le monde de la nuit est l'un des secteurs les plus frappés par les conséquences de la crise sanitaire. Les boîtes n'ont pas été...

[Comment ça va les théâtres de quartier ?] “Depuis mars, on prend une gifle...

Interview
0

Ne les appelez pas "petits". Ces lieux de culture se définissent plus par la proximité que par le nombre de places qu'ils alignent face...

[Comment ça va Emmaüs ?] “Nous perdons 140 000 euros par mois”

Interview
0

On connaît Emmaüs pour ses boutiques, où l'on peut se meubler, se vêtir et s'équiper d'occasion, ainsi que pour ses actions de solidarité. On...

[Comment ça va les santonniers?] “Je perds au moins la moitié de mon chiffre...

Actualité
2

Chez Julien Quilez, les santons sont une affaire de famille. Il en fabrique et en vend aux côtés de son père depuis 17 ans....

[Comment ça va le marché aux poissons ?] “On met moins d’hameçons pour pas...

Interview
1

Sur le stand de Daniel Reggio, d'énormes dorades royales côtoient des chapons rouge vif. Ce retraité de la poste vend au marché du Vieux-port...

[Comment ça va les congrès ?] “Là, on a pratiquement fermé l’agence”

Interview
0

Les congressistes sont la poule aux œufs d'or des grandes villes. Le touriste d'affaires dépense bien plus qu'un visiteur lambda et fait vivre le...

[Comment ça va “Arthur mon héros” ?] “Je fais visiter ma boutique en visio”

Interview
1

Laurence Cazenave est vendeuse de jouets. Dans son magasin situé au 110 cours Julien, sorte de caverne d'Ali Baba où s'entassent peluches géantes et...

[Comment ça va, Misstifs ?] “Si ça continue, je vais devoir aller contre l’interdiction”

Interview
4

Son salon est situé au 64, boulevard Chave (5e). Vendredi dernier, Solange Trapé n'a pas eu d'autre choix que de baisser le rideau pour...

[Comment ça va, l’Alhambra?] “La crise montre que nous sommes plus qu’un cinéma”

Interview
4

Lundi matin, William Benedetto était dans un collège. "Simplement, pour être là", aux côtés des enseignants qui sont en première ligne. Jeudi dernier, il...

[Comment ça va le Bar du peuple ?] “Nous n’avons pas les reins solides”

Interview
4

À l'angle du cours Lieutaud et du quartier de Noailles, se dresse le Bar du peuple, modeste enseigne un peu défraîchie. Géographiquement près des...

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. jasmin jasmin

    C’est vrai que personne n’achètera un logement sans le voir sur place, mais il y a beaucoup de choses qu’on peut faire pour que le client ait la perception la plus juste de la réalité avant de décider.

    L’environnement du logement est indispensable à visiter. Comme disent les anglophones, les gens choisissent suivant trois critères: “location, location, location” (emplacement): le quartier, les commerces autour, la perception de sécurité, le nombre de mendiants au m2, le voisinage, les odeurs, l’aspect des immeubles à coté et le sien, la distance vers des lieux pour se détendre (parc, monument, mer, cinema, restaurants, écoles, transports en commun, etc), possibilités pour se garer dans la rue, travaux de construction à coté. On peut aider un client à observer ces données ou leur donner des infos s’ils sont loin. Ensuite, on peut aider le client à se renseigner sur les projets de construction autour qui pourront cacher sa vue ou apporter du bruit pour un temps incalculable et modifier son prix de revente.

    Pour l’intérieur, les videos que l’on voit parfois sur les sites d’agences montrent les pièces séparément; on a besoin de voir le “flow”, c’est à dire depuis la porte d’entrée, puis pièce par pièce, comme si on visitait. Franchement, pas difficile à faire pour le peu de biens en vente ou location actuellement. On peut meme ouvrir les fenêtres pendant la video pour que les gens entendent les bruits, voient la lumière et la vue.

    C’est sidérant de voir que les agences se laissent couler ou aller en chômage partiel, sans faire un effort de créativité pour rendre leurs produits plus lisibles et penser autrement. Et puis, leur fédération ou syndicat professionnel devrait pouvoir les aider dans cette créativité et sa mise en oeuvre, non? Le plus bizarre, c’est que dans de nombreux pays occidentaux, le fichier des biens est disponible très largement et facilement auprès du public, sans nécessairement l’adresse. En France, il faut telephoner, retéléphoner, prendre des rdv, tout est lent et compliqué, et tout est partagé en clans entre les agences immobilières, dans le portefeuille d’un agent. Comme si on voulait bien cacher le bien. Si le syndicat professionnel veut redonner un souffle à la vente, il faut revoir l’accès le plus large possible aux photos, et informations concernant les immeubles pour aider les gens à choisir et acheter.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire