Comité régional du tourisme : quand Renaud Muselier collectionne les directeurs

Enquête
Jean-Marie Leforestier
1 Déc 2017 7

À la tête du comité régional du tourisme depuis deux ans, Renaud Muselier en est déjà à son troisième directeur. Un jeu de chaises musicales qui n’est pas sans conséquences financières pour l’association très majoritairement financée par la région. Un premier accord pour près de 300 000 euros vient de clore un contentieux avec un des licenciés.

Loïc Chovelon peut être fier. Au 1er janvier, il soufflera sa première bougie comme directeur général du comité régional du tourisme. En soi, rien d’exceptionnel sauf depuis que Renaud Muselier a pris début 2016, dans la foulée des dernières régionales, la présidence du conseil d’administration de l’institution. Devenu numéro 1 de la région après que Christian Estrosi a préféré Nice à la porte d’Aix, l’éternel fils de PACA a conservé son poste à la présidence de l’association qui se donne pour objectif d’attirer les visiteurs du monde entier grâce à trois « marques mondes » dont « Provence, enjoy the unexpected » (1). Et il en est déjà à son troisième directeur en moins de deux ans. À chaque fois, la facture enfle mais cette fois-ci, promis juré, c’est le bon.

Reste à solder les deux précédents départs. Selon nos informations, celui de Bruno James est en passe d’être réglé. Un protocole transactionnel confidentiel est à la signature pour solder le litige. Une clause dans le contrat prévoit que le montant du licenciement reste confidentiel. Mais, selon nos informations, ce sont près de 300 000 euros que le Comité régional du tourisme va bientôt devoir débourser. Cela représente environ un quart des rémunérations annuelles des salariés de l’association, dont le budget avoisine les 6 millions d’euros par an financés sur fonds publics et en grande majorité par la région.

Un deal pour éviter le demi-million

La facture est salée mais la région a échappé au pire. Dans un jugement que Marsactu s’est procuré, les prud’hommes de Marseille avaient en première instance accordé des indemnités bien plus importantes encore : 512 000 euros. Plus d’un demi-million qui était à la fois la conséquence de règles de licenciement très favorables au directeur et de la mauvaise appréciation par Renaud Muselier du licenciement.

Le tribunal n’a pas du tout cru à la commission d’une « faute lourde dans l’intention de nuire » comme l’avait qualifié Renaud Muselier. Officiellement, l’homme politique n’avait pas digéré de ne pas être informé d’un déplacement du directeur outre-Atlantique pour un salon. Officieusement, Muselier ne souhaitait pas vraiment travailler avec l’homme mis en place par la précédente majorité socialiste. Il l’accusait, sur la base d’un rapport de l’inspection générale des services de la région et d’un article du site d’investigation Le Lanceur, d’avoir fait voter en catimini par son conseil d’administration un dispositif particulièrement avantageux en cas de licenciement (les employés bénéficient de contrats de droit privé), ce que l’intéressé a toujours contesté. De fait, ce dernier devait au moment de son départ toucher comme seules indemnités contractuelles 343 000 euros, une somme « pas compatible avec l’activité d’une association dont le financement dépend à plus de 80 % de subventions de la région » a estimé a posteriori la chambre régionale des comptes. Mais le chèque ne devait pas être versé en cas de « faute lourde pour intention de nuire », ce que Renaud Muselier a donc essayé de plaider.

Bien au contraire, pour les prud’hommes, il s’agit d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Et comme celui-ci revêt qui plus est un caractère « vexatoire », les prud’hommes enjoignaient le CRT de verser pour ce seul motif 96 000 euros. Finalement, la perspective d’une procédure à rallonges a convaincu tout le monde de transiger pour une grosse moitié de la somme envisagée par la justice.

Une autre procédure en cours

Mais le CRT n’en a pas tout à fait fini avec ses ex. Une autre ancienne directrice, Armelle Tardy-Joubert, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, brandit elle aussi la menace de poursuites judiciaires. Cette fois-là, ses patrons n’ont pas goûté qu’elle maintienne ses vacances malgré l‘attentat du 14 juillet à Nice. « C’était le branle-bas de combat, il y avait une nécessité de mobilisation sur l’attractivité touristique et soutien à l’activité professionnelle », justifie-t-on dans l’entourage de Renaud Muselier. « Faute ». Mais cette fois, l’affaire pourrait ne pas atteindre les prud’hommes car un accord amiable est recherché : « Mieux vaut un bon arrangement qu’un mauvais procès », tel est le credo de la région. Pour quelle somme ? Le mystère demeure pour l’heure.

Le proche de Renaud Muselier déjà cité veut croire que « cela est déjà largement absorbé sur les économies qu’on fait sur le fonctionnement. Moins de voitures de fonction, moins de téléphones, le directeur général gagne beaucoup moins que ses prédécesseurs… » Si ces déclarations sont encore difficiles à mesurer (les prévisions de dépenses de personnel étaient en légère baisse dans le budget prévisionnel 2017), le CRT y est en tout cas largement poussé par la chambre régionale des comptes qui vient d’auditer l’association.

Pour les magistrats financiers, le CRT a trop longtemps mené grand train, octroyant notamment des véhicules de fonction à plusieurs cadres et dépensant “plus de 3000 euros” par employé en téléphonie. Il pointe aussi une politique de salaires particulièrement généreuse à tous les niveaux de l’association qu’elle juge « très au-dessus de celle de la convention collective ». Comme pour tous ces rapports, la chambre régionale des comptes demandera des comptes à Renaud Muselier dans un an.

(1) littéralement “Profitez de l’inattendu”

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