La collectivité corse veut mener tout le monde en bateau

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Julien Vinzent_
26 Jan 2016 1

La nouvelle majorité nationaliste poursuit ses démarches pour créer une compagnie maritime corse mêlant public et privé. Un accord a été signé en ce sens avec deux syndicats et deux compagnies, mais l'une d'entre elles - La Méridionale - a pris ses distances avec le texte. Non signataire, l'ex-SNCM rebaptisée Maritima Ferries reste au cœur des enjeux.

Fini les réunions interminables en préfecture de région à Marseille. Désormais, c’est en Corse que se joue l’avenir de l’ex-SNCM, rebaptisée Maritima Ferries depuis sa reprise le 4 janvier par Patrick Rocca. C’est en tout cas l’image que semble soucieuse de donner la nouvelle majorité nationaliste, qui multiplie depuis janvier les initiatives sur l’un des dossiers phares de la desserte de l’île. Ce lundi, la collectivité territoriale de Corse (CTC) a publié à la surprise de nombreux acteurs un « protocole d’accord en vue de la création d’une compagnie maritime corse ». Signé à Ajaccio, le texte regroupe pour l’heure deux syndicats (Syndicat des travailleurs corses et CFDT Corsica) et deux compagnies concurrentes, la toute récente Corsica Linea et la Méridionale.

Dans le détail, le protocole d’accord privilégie la piste d’une société d’économie mixte (public-privé) dont le siège serait en Corse. Au moins 51 % du capital serait détenu par la CTC, le complément étant laissé aux acteurs privés. Cette société se limiterait à l’exploitation, la CTC ayant « vocation à être propriétaire exclusive des navires ». On retrouve là l’idée d’une « compagnie régionale » défendue de longue date par plusieurs acteurs, dont le Syndicat des travailleurs corses (STC) mais aussi l’ancien président (PRG) de la CTC Paul Giaccobi. Ce montage avait été étudié de manière poussée en 2014, mais il s’agissait à l’époque de relancer la SNCM en créant une société pour porter la commande de nouveaux navires.

Cette fois-ci le jeu est plus complexe et derrière les signatures alignées, chaque acteur a son agenda. Corsica Linea s’est faite remarquer au début du mois pour avoir lancé un navire de fret sur la ligne Bastia-Marseille, bloqué pendant une semaine devant la digue du large. Elle regroupe deux candidats éconduits à la reprise de la SNCM, Daniel Berrebi et le groupement d’entreprises corses Corsica Maritima. Quant à la Méridionale, elle est la titulaire actuelle de la délégation de service public pour la desserte de l’île. Récemment, elle s’était engagé à laisser une partie de ce marché public à Maritima ferries. Interrogé par Alta Frequenza, le président de l’exécutif corse Gilles Simeoni a souligné que « ce protocole reste ouvert à d’autres acteurs notamment Maritima Ferries de Rocca et à d’autres syndicats ».

La Méridionale prend ses distances

Quelques heures après l’annonce de la CTC, la Méridionale a toutefois pris ses distances dans un communiqué : « La Méridionale a répondu favorablement à la collectivité territoriale de Corse l’invitant à participer à un groupe de réflexion et de travail relatif à la création d’une compagnie maritime corse, mais précise qu’elle n’est pas engagée par le communiqué de presse de la CTC dans l’ensemble de ses composantes. »

Dans sa présentation et sa rédaction, le texte ressemble pourtant à un document à part entière, du type de ceux où l’on appose sa signature en dernière page, après avoir paraphé les autres. La Méridionale a-t-elle fait machine arrière, ou la CTC a-t-elle été vite en besogne ? Difficile à trancher pour l’heure, mais cela souligne la sensibilité du dossier. Pour l’heure, Maritima ferries s’est refusé à tout commentaire.

Certaines formulations du texte ne sont pas anodines et témoignent d’une lecture bien particulière de la situation. Il évoque « la prédominance infondée et durable de lobbys du port de Marseille » et ajoute que « dans une telle situation, les intérêts supérieurs de la Corse et des Corses n’ont jamais été pris en compte ». En plus d’une « crise structurelle », la desserte de la Corse connaîtrait actuellement une « crise aiguë entre opérateurs du secteur des transports maritimes d’une part et avec les organisations syndicales du port de Marseille d’autre part ».

Climat social

On comprend que la compagnie basée quai d’Arenc ait du mal à ratifier ces termes qui laissent entendre qu’elle est en guerre avec les syndicats de ses salariés, en particulier la puissante CGT marins. Or, le climat social est dans l’ensemble bon. Une grève a bien eu lieu en janvier, à l’appel d’une intersyndicale, mais il s’agissait de défendre la compagnie face à la concurrence nouvelle de Corsica Linea. Le contexte est proche à Maritima Ferries (ex SNCM) où la pression est retombée depuis la fin des négociations sur le plan social (563 départs).

Dans le jeu d’équilibre de la desserte de la Corse, la Méridionale peut aussi difficilement endosser une initiative dont Maritima Ferries est absente. Même si leurs relations sont complexes, les deux compagnies sont des partenaires historiques. Interrogé à chaud lundi soir, l’adjoint au maire (LR) de Marseille chargé du dossier, Roland Blum, résumait bien les enjeux implicites de l’annonce de la CTC : « Elle a le droit de réfléchir aux politiques de transports qu’elle veut. Mais ce serait stupéfiant d’exclure l’acteur le plus important. Ce serait la mort de Maritima Ferries car elle ne peut pas fonctionner sans délégation de service public. Ce sont 900 emplois en jeu et le feu sur le port de Marseille. »

Ce même soir, le directeur de Maritima ferries, Olivier Diehl, son propriétaire, Patrick Rocca et Marc Reverchon directeur générale de la Méridionale étaient tous trois en Préfecture. Ils y étaient en réponse à l’invitation du Préfet, à l’occasion de ses voeux aux corps constitués. Une manière de rappeler que l’Etat continue de suivre avec attention un dossier dans lequel il a une pleine part de responsabilité.

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