Coincée entre les marcheurs et Gaudin, Martine Vassal fête son dépendance day

Actualité
Benoît Gilles
5 Juil 2019 11

Avec un slogan et l'esquisse d'une profession de foi, la présidente de la métropole et du département, Martine Vassal s'engage clairement dans la campagne des municipales. Invité surprise de ce lancement qui ne dit pas son nom, le marcheur Jean-Philippe Agresti a dû essuyer les huées d'un public militant. Signe d'une difficulté à imposer l'idée d'une ouverture à sa famille politique tout en se posant en relève du maire actuel.

Photo Emilio Guzman.

Photo Emilio Guzman.

Tout était réglé comme du papier à musique. Pour ce lancement de campagne, Martine Vassal martèle le thème du « rassemblement pour Marseille ». Les travées du Silo bien garnies affichent des drapeaux de la ville. Le pupitre où la présidente LR du département et de la métropole doit prendre la parole est marqué des emblèmes de la Ville. Il fait face au maire sortant, Jean-Claude Gaudin, assis au premier rang, en face de celle qui assume désormais son projet de lui succéder.

Tout est réglé au millimètre, même l’invité surprise qui prend la parole le premier, entre deux rangs de personnalités censées incarner la société civile, et la construction participative à ce projet pour Marseille. Le doyen de la faculté de droit, macroniste assumé sans être encarté, candidat à l’investiture du parti présidentiel pour les municipales de 2020, Jean-Philippe Agresti a accepté la main tendue par Martine Vassal vers les marcheurs qui participeraient du même projet. « Un projet qui dépasse la vaine querelle des anciens et des modernes, indique-t-il d’emblée. Qui donne un souffle nouveau à Marseille comme celui qui a soufflé sur la France en 2017″. Aussitôt des huées couvrent sa voix.

Les mêmes huées vont accompagner la fin de son discours, marquant ainsi la voie étroite qui s’ouvre à ce rassemblement que Martine Vassal souhaite lancer avec cette soirée. Elle se présente en « femme de droite qui s’assume ». Mais elle sait que pour conserver la Ville dans le giron de son camp, elle doit trouver une voie entre le centre-droit incarné par la République en marche et « l’extrémisme » du Rassemblement national. « Vos mises en scène ne dupent personne. (…) Vous ne proposez pas un rassemblement mais une allégeance. Nous ne serons pas vos vassaux », a tonné en écho la députée LREM Alexandra Louis sur le réseau social Twitter, rappelant la ligne locale la plus partagée.

Le doyen de la faculté de droit et macroniste Jean-Philippe Agresti.

Bruno Gilles à l’Estaque, les adjoints derrière Martine Vassal

Forcée de composer avec le centre-droit, Martine Vassal doit toutefois faire avec sa famille politique, le parti dont elle est secrétaire départementale et dont le président départemental, Bruno Gilles, est déjà en campagne, face à elle. Ce jeudi, il était en visite sur le port de l’Estaque. « Je suis une femme de droite, je ne m’en suis jamais cachée, mais je ne me résume certainement pas à cette étiquette », affirme-t-elle, insistant quelques minutes plus tard : « Ce soir, nous ne sommes pas les militants d’une formation politique quelle qu’elle soit. Rassemblés, nous sommes le peuple de Marseille, dans toute sa diversité ». Mais les sifflets sont un rappel à l’ordre.

Certes, la rhétorique convient à un discours de lancement de campagne précoce, bouclé en trente minutes. Un rendez-vous fixé bien avant la possible investiture les Républicains, attendue à l’automne, du fait de la présidence intérimaire du parti après le départ de Laurent Wauquiez et le désastre des élections européennes. Il lui faudra plus de souffle -et de troupes- pour être un vrai contrepoids, à une liste de la République en marche, construite en rupture avec le bilan Gaudin.

Au premier rang, derrière le maire, la majorité au conseil municipal est presque au complet. Rares sont les adjoints qui manquent à l’appel. Jean-Claude Gaudin l’a dit : il soutiendra la liste qui comptera le plus grand nombre de ses amis, des sortants ainsi repris en gage de continuité. Tous les fidèles de la Gaudinie sont donc là et applaudissent quand elle demande une pause « pour remercier Jean-Claude Gaudin ». « Ceux qui ont la mémoire courte en politique ne doivent jamais oublier ce qu’ils doivent au maire de Marseille », assène-t-elle en réponse aux propos de Renaud Muselier. Elle prône ainsi une rupture claire avec celui qui fut son partenaire durant deux mandats et le critique le plus dur des deux suivants.

Yves Moraine, président du groupe majoritaire et maire du 6/8, et Laure-Agnès Caradec adjointe à l’urbanisme. Photo Emilio Guzman.

Un « redressement » dans la continuité

En fin de meeting, Jean-Claude Gaudin dira le plaisir d’avoir entendu Martine Vassal, « saluer les réalisations les plus importantes que nous avons faites et celles qui restent encore à faire ». C’est là un autre point de dépendance, difficile à contourner dans son désir de rassembler : celui qui la lie à Jean-Claude Gaudin et à son bilan. Elle qui veut incarner la « vague du changement« , se refuse à toute rupture et tout bilan. « Parce que je ne regarde pas le passé mais l’avenir », élude-t-elle à chaque fois qu’on lui pose la question.

Mais en creux, les critiques sont bien là. Comme lorsqu’elle met le verbe « respirer » parmi les verbes d’action au cœur de son projet : manière de souligner que si la ville connaît son plus long épisode de pollution depuis fort longtemps, elle la doit aussi à une politique des transports qui n’a pas construit d’alternative au tout-voiture. « Marseille doit accélérer et entrer dans une dynamique vertueuse pour améliorer la qualité de l’air », dit-elle en égrainant quelques récentes promesses faites avec sa casquette métropolitaine.

Ce délicat exercice de décalage sans rupture se retrouve dans une longue séquence historique qui conclut son discours. Elle y reprend avec une didactique un peu poussive les grands moments de l’histoire de Marseille, elle « qui est tombée six fois et se relèvera sept ». Du choix de Pompée contre César « en 49 après Jésus-Christ (sic) », à la grande peste, en passant par la révolution ou la destruction du vieux-port par les Allemands, elle psalmodie ces moments où Marseille tombe puis se relève. La sixième chute sera celle de l’industrie des années 1970 et 1980 « jusqu’en 1995 ».

Avec elle, Marseille tombe et se relève « pour la septième fois de son histoire ». Un redressement qui dure donc depuis 25 ans. En se posant clairement en héritière, elle fait sien le bilan du maire, en mêlant l’opération Euroméditerranée, « le TGV, les millions de touristes » et « la french tech et le co-working » en gage de modernité. Elle veut donc incarner cette Marseille qui se relève en ce « jour d’indépendance » américaine. Elle est surtout la relève, qui lie son destin à celui du maire sortant, de son équipe, de son bilan.

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