Circulation du coronavirus à Marseille : “Un frémissement mais pas d’explosion”

Décryptage
le 16 Juil 2020
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Alors que des médecins sonnent l'alerte sur une recrudescence locale des cas de contamination au coronavirus, l'agence régionale de santé et l'IHU Méditerranée modèrent les alarmes.

Des internes en médecines et des infirmières permettent de réaliser les prélèvements. Photo : Emilio Guzman

Des internes en médecines et des infirmières permettent de réaliser les prélèvements. Photo : Emilio Guzman

La nouvelle circule depuis ce week-end. Le coronavirus se ferait de plus en plus virulent à Marseille, au point d’inquiéter de “nombreux médecins”. Dans une interview accordée à Europe 1, la médecin du dispositif Norcovid – par ailleurs ancienne conseillère municipale apparentée PS – Annie Levy-Mozziconacci s’alarme : “Il va falloir éviter que la ville, dans une quinzaine de jours, soit une ville sinistrée par une épidémie qu’on aurait mal envisagée”. Le titre de l’article n’est pas plus rassurant : les cas positifs doublent toutes les 48 heures dans la ville, synthétise la radio. “Il s’agit de chiffres présentés par l’IHU”, précise Annie Levy-Mozziconacci, interrogée par Marsactu.

Sur le site de l’institut d’infectiologie, un graphique présente en effet le nombre de cas positifs détectés par jour au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. On y constate effectivement un léger supplément ces derniers jours. Tandis que fin juin, plusieurs jours pouvaient s’écouler sans qu’aucun cas ne soit repéré, jusqu’à 24 cas ont été comptabilisés le 28 juin, 23 le lundi 13… pour retomber à 6 ce mardi 15. Pour rappel, ce nombre est monté à 368 fin mars. “On constate un cluster sur un navire [de la Corsica Linea, ndlr] et des cas importés mais rien qui ne permet de déduire une circulation en population générale”, dédramatise d’emblée l’IHU qui, visiblement, interprète différemment ses propres chiffres.

Zoom du graphique de l’IHU présentant le nombre de cas positifs détectés par jour ces derniers jours.

Signaux faibles

“On a vu 3 cas puis 6 cas… alors que le 12 juin nous avons arrêté notre labo parce qu’il n’y avait plus de cas. C’est en ce sens que l’on a souhaité alerter l’ARS [agence régionale de la santé, ndlr]. Jusqu’à maintenant, nous n’avions aucune raison de le faire. Mais la situation est un peu différente et cela vaudrait le coup de stopper les éléments à l’origine de cette recrudescence”, rembobine Annie Levy-Mozziconacci. Du côté de l’ARS, l’alerte est prise avec des pincettes et le terme de recrudescence est contesté. “Il s’agit de signaux faibles, souhaite recadrer le service de communication. Sur le week-end par exemple, il n’y a eu aucun nouveau cluster détecté. Même s’il y a de nouveaux cas, leur nombre n’a pas doublé dans les Bouches-du-Rhône.”

Sur le site Santé publique France, organisme rattaché au ministère en question, une courbe permet de suivre la situation. Elle matérialise les nouveaux cas détectés dans le département sur une période de sept jours. Pour la première semaine de juillet, ce chiffre est de 4,6 pour 100 000 habitants. Du 4 au 10 juillet, il s’élève à 8,4. On a donc bel et bien un quasi doublement. Si l’on prend ce même chiffre pour la semaine du 19 au 25 juin, il est de 2,3. On a donc entre cette date et aujourd’hui une multiplication par près de quatre… Mais ce constat est à relativiser, et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il s’agit d’une observation sur une courte durée. Ensuite, il reste inférieur à, par exemple, la situation post confinement où l’on comptabilisait 14,7 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants. Enfin, depuis le déconfinement, d’autres pics ont été observés sans que cela ne mène à une alerte de recrudescence. D’ailleurs, l’État à fixé un seuil de vigilance à 10. Seuil que le département n’a donc pas encore atteint, puisqu’il est actuellement de 8,4. Le seuil d’alerte est lui fixé à 50.

Capture d’écran réalisée sur le site de Santé publique France.

“Il faut de la réactivité”

“Et puis, le nombre de tests réalisés est en augmentation ces dernières semaines. 12 400 par semaine il y trois semaines pour 15 000 en ce moment”, complète encore une source à l’ARS. Si la situation reste donc à surveiller et que “le virus circule encore dans la région”, ni l’agence régionale de santé, ni l’IHU ne semblent inquiets. “Bien malin celui qui pourra prédire aujourd’hui une recrudescence”, conclut un proche du dossier.

L’inquiétude qui vient du terrain n’est pas pour autant feinte. Mais semble plutôt concerner les moyens mis à disposition des soignants. “Depuis une dizaine de jours, il y a un frémissement. Sur une trentaine de patients, j’ai eu quatre cas positifs. On a les même signaux à l’hôpital Nord et à l’hôpital européen, entame le docteur Slim Hadiji, initiateur du dispositif Norcovid. L’ARS nous soutient, mais on a besoin de plus de gens, les bénévoles ne vont pas ne pas partir en vacances juste pour moi. Il faut de la réactivité.”

Retours de pays à risque

Et le docteur de pointer l’une des problématiques du moment. “Nous avons pas mal de ressortissants binationaux maghrébins qui arrivent par avion ou à la gare maritime positifs. Il faut plus de contrôles. Ce sont la majorité des cas que nous avons, nous les adressons à l’IHU. On en a eu une bonne douzaine. L’Algérie est le pays le plus affecté en Afrique”, analyse le médecin qui réclame, a minima, des tests à l’arrivée pour les passagers en provenance de pays à risque. Ce qu’a confirmé Philippe Parola, chef de service du pôle des maladies infectieuses au CHU de la Timone, dans une interview à CNews : “La plupart des patients qui ont été testés positifs sont des gens qui reviennent de voyage, essentiellement de zones où les pays sont encore en phase épidémique comme le Maghreb et l’Afrique ou des cas contacts de ces personnes”.

L’ARS a conscience du problème, mais l’institution semble tarder à mettre en place les dispositifs adéquats. “Beaucoup de populations arrivent des pays à risque, comme l’Algérie. Cela peut constituer des clusters familiaux. Nous sommes en train de mettre en place des recommandations au niveau des aéroports et des gares maritimes”, développe-t-on au service communication de l’ARS. De tels dispositifs ont déjà été mis en place dans les aéroports parisiens, mais les tests proposés restent facultatifs.

Autre proposition du collectif de médecins Norcovid, la mise en place d’une “commission de vigilance”. “Cela vaudrait le coup de solliciter la nouvelle équipe municipale, avec aussi une brigade sanitaire qui pourrait distribuer des masques. Ce n’est pas la panique mais il faut de la vigilance en cette période estivale, avec les congés qui s’annoncent”, poursuit Annie Levy-Mozziconacci. “C’est un frémissement, pas une explosion. Ce n’est pas alarmant mais il vaut mieux prévenir que guérir. Cela peut repartir et nous sommes des sentinelles, on ne peut pas se permettre de ne rien dire. Nous n’avons pas besoin de pub”, complète Slim Hadiji. De moyens en revanche, si.

Actualisation le 16/07 à 20 h : La Ville de Marseille, la préfecture et l’agence régionale de santé mettent en place une cellule de veille.

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Commentaires

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  1. K-ro13 K-ro13

    Bonjour, et merci pour cette mise au point concernant ces infos et “rumeurs”. N’y aurait-il pas déjà moyen de redoubler d’effort de la part de la communication municipale concernant les gestes barrière à poursuivre ? Cela pourrait aider à réduire cette nouvelle propagation, non ? Le masque est quasi absent dans les commerces, pour les clients bien sûr, mais pour les employés et patrons également, et quand il y a une pompe de gel à l’entrée des magasins, il est souvent vide ou détérioré. De même, dans les transports publics, j’ai pu constater que beaucoup de personnes ne portent plus le masque ou ne font pas l’effort de le “remonter” ou le mettent à peine sur la bouche, mais pas le nez… Les sucettes Decaux pourraient servire à cela : lavez-vous les mains, respectez les distances et portez un masques dans les endroits clos… ?

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    • Zumbi Zumbi

      En effet.
      Je reviens à l’instant du plus grand centre commercial du centre ville. Un peu plus de la moitié des client.e.s et des employé.e.s portent le masque, le reste c’est le masque qui ne sert à rien laissant le nez à l’air, le masque au menton, le masque pendant à l’oreille ou pas de masque du tout. Seules les très grandes enseignes obligent leurs employés.e. à être réellement masqué.e.s (mais pas certains de leurs agents de “sécurité” !), dans beaucoup de petites boutiques ni employé.e.s ni client.e.s ne sont masqué.e.s).
      Je confirme aussi pour les bus, l’autre jour sur 3 bus seule une conductrice portait le masque, et j’ai dû fortement hausser le ton pour qu’une femme à moins d’un mètre de moi mette son masque, sans me laisser intimider par ses hurlements (je pense que la seule chose qui l’ai fait obtempérer est que je lui ai dit que deux mortes dans ma famille ça suffisait…)

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  2. Jacques89 Jacques89

    Je serais curieux de savoir combien de personnes sont porteuses de la grippe sans en avoir les symptômes (comme pour la covid). Si les cas détectés augmentent avec le développement des tests, ce n’est pas pour autant que le risque de mortalité augmente. Surveiller, c’est bien! Sombrer dans la psychose, vaut mieux éviter. Les médias ne parlent plus que de cas confirmés. A croire qu’ils en oublient le taux de mortalité qui aujourd’hui, plus encore qu’en avril (peu de tests) est révélateur de l’efficacité des services de santé. USA et Brésil, nous montrent ce qu’il ne faut pas faire en termes d’organisation hospitalière. Ceci dit, à ce jour leur taux de mortalité est encore en dessous du notre: pour 100 000 habitants, France 46, USA 41.68, Brésil 35.3 (si les chiffres officiels sont bons).

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Pourriez vous nous préciser la différence entre les tests entre eux, les tests positifs, les faux négatifs ou positifs, les porteurs asymptomatiques, les cas avérés ou confirmés, le devenir de ces cas comme ceux qui sont traités et de quelles façons?
    Que peut la nouvelle municipalité dans ce cas précis?
    Merci…!

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    • Jacques89 Jacques89

      Si c’est comme pour les tests sérologiques, https://www.youtube.com/watch?v=vrjmY_ffgAg on peut en conclure qu’on navigue encore au doigt mouillé. Malheureusement, il n’y a guère que le taux de mortalité (généralement ignoré des commentateurs) qui donne un réel impact de l’épidémie et une idée de l’efficacité des systèmes de santé. Pour l’heure, celui de la France est parmi les moins efficaces (n’en déplaise à nos gouvernants).

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  4. Tarama Tarama

    Madame Levy-Mozziconacci aura réussi son coup. Un petit passage dans les médias. La peur marche toujours.
    Par contre on constate que les autorités, si promptes à enfermer tout le monde chez soi, à faire à nouveau des rodomontades sur les masques et “gestes barrière” ici (qui sont présents partout sur les panneaux de pub vidéo) sont incapables de mettre en place des mesures pour les personnes arrivant de pays en phase épidémique…

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  5. Brigitte13 Brigitte13

    Personne ne parle des annonces du Préfet aujourd’hui à 15 h

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