Cinémathèque française à Marseille : les acteurs locaux ne veulent pas rester hors-champ

Actualité
le 4 Oct 2021
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Annoncée début septembre par Emmanuel Macron, l'arrivée d'une antenne de la cinémathèque française à Marseille fait réagir les acteurs locaux, qui portent une ambition similaire depuis plusieurs mois. Diffuseurs, archivistes et formateurs comptent maintenant se faire une place de premier plan dans le projet.

Près de 10000 bobines sont actuellement stockées par l'association Dodeskaden.

Près de 10000 bobines sont actuellement stockées par l'association Dodeskaden.

“Cher Costas-Gavras, l’État est prêt à vous accompagner dans votre projet de création d’une antenne marseillaise de la cinémathèque française”, lance Emmanuel Macron lors de ses annonces pour la filière cinéma marseillaise, le 2 septembre dernier. Avant de préciser : “Tout cela fait sens et correspond à ce que les acteurs à Marseille portent”. 

Pour une partie de ces professionnels, l’annonce a pourtant fait faire “gloups”. La mairie et plusieurs associations du secteur portaient en effet depuis des mois l’ambition d’une véritable cinémathèque pour Marseille. S’ils savaient qu’un scénario se tramait autour des personnalités de Costa-Gavras et Robert Guédiguian, ils ont tout de même été surpris par la rapidité avec laquelle a été annoncée l’arrivée de cette succursale.

Un projet de cinémathèque déjà porté par la Ville

Certains de mes interlocuteurs ont été stupéfaits en entendant le président Macron, qui a repris quasiment mot pour mot ce que j’avais dit à sa conseillère Culture en préparation de sa visite”, rapporte Jean-Marc Coppola, adjoint en charge de la culture à la Ville de Marseille. La mairie dit travailler depuis des mois sur un ambition similaire, avec l’association Dodeskaden, le cinéma l’Alhambra et Cinémémoire. “Le but n’est pas de créer un projet vu d’en haut mais au contraire de travailler en synergie, sur les archives locales, sur une approche d’éducation populaire”, résume l’élu.

Le laboratoire de diffusion Dodeskaden fait partie de ces professionnels pris de court par l’annonce présidentielle. Depuis un an et demi, l’association est en lien avec la mairie pour porter un projet de cinémathèque, à partir de son fonds de 10 000 bobines. Récupérées auprès de la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône, elles sont aujourd’hui stockées dans leurs locaux, en attendant mieux. “Si quelque chose se faisait cela devait se faire avec nous. Mais ce projet d’antenne est arrivé, comme un OVNI qui se poserait à Marseille, avec un timing imposé et une connaissance limitée du public et des acteurs locaux”, déplore Julien Chesnel. Le fondateur de Dodeskaden et du Vidéodrome associe l’annonce à “une forme de mise sous tutelle de Marseille : on imagine mal Paris imposer une succursale à Lyon !”

“Il y a de la place pour inventer quelque chose”

L’association reconnaît que la venue d’un acteur extérieur au territoire vient aussi répondre à “la situation financière de Marseille”  et à “tout le travail qui n’a pas été fait localement”. L’arrivée d’une antenne vient ainsi combler l’absence de cinémathèque à Marseille et réjouit William Benedetto, directeur du cinéma l’Alhambra : “Il n’y en a pas ici, alors que paradoxalement, s’il y a bien une ville qui a une histoire forte avec le cinéma, c’est Marseille”. La cinémathèque de la ville, créée en 1975, reste en effet très peu connue du public et se contente de proposer une projection hebdomadaire. En 2011, la réhabilitation de La Buzine pour y accueillir une antenne de l’institution débouche sur un équipement culturel de secteur.

Le château de La Buzine avait été choisi par la municipalité précédente pour accueillir une antenne de la cinémathèque de Marseille.

Pour éviter un nouvel échec, plusieurs protagonistes locaux insistent sur l’importance d’être associés à cette nouvelle structure. “Il ne faut pas tomber dans l’écueil d’une surpuissance de l’institution, dont la charge symbolique écraserait tout ce qui existe ou n’a pas pu exister à Marseille”, avertit Julien Chesnel. Du côté de l’Alhambra, William Benedetto insiste lui aussi sur l’importance d’ancrer le projet dans le territoire : “La réalité marseillaise n’est pas tout à fait celle de Paris et il y a de la place pour inventer quelque chose. Pourquoi ne pas faire de la structure un outil pour requalifier un quartier, par exemple ?”, imagine le directeur. “En tant que vieux acteurs, on a envie que notre travail de fond au quotidien soit pris en compte”, souligne-t-il.

Faire entrer les archives dans la nouvelle cinémathèque ?

Pour l’archiviste audiovisuelle Julie Cazenave, également membre de Dodeskaden, les objectifs de l’antenne de la Cinémathèque française, centrés sur la diffusion, laissent pour l’instant de côté le chantier des archives cinématographiques. “Cela ne résout pas la question de la conservation du patrimoine régional. La jachère persiste, regrette l’archiviste. Or il nous paraît central de faire ce travail de collecte, de classement et de conservation.” 

L’unification des fonds collectés permettrait selon Dodeskaden de faire vivre “d’autres cinémas non commerciaux : la mémoire du territoire, le cinéma amateur, institutionnel ou militant”, en les faisant à nouveau circuler dans les écoles et les centres sociaux notamment. L’association continue donc de travailler avec la Ville pour intégrer à la future structure un “pôle argentique” de conservation des archives. Mais le temps presse : le dossier sur l’antenne devant être bouclé pour novembre, une note de synthèse a été demandée par la Ville à l’association pour le 15 octobre – date à laquelle Emmanuel Macron doit justement revenir à Marseille.

“Je ne crois pas que la cinémathèque française viendra en conquistador”, estime pour sa part William Benedetto. Le directeur est d’autant plus confiant que des zones de flou subsistent, sur l’emplacement et la nature même de la future structure: “Il n’est pas sûr que ce sera la cinémathèque elle-même qui viendra, ils s’appuieront peut-être sur une structure locale”, nuance-t-il.

De son côté, Jean-Marc Coppola annonce qu’il va “réunir l’ensemble des protagonistes pour travailler à un rapprochement”. L’adjoint précise qu’un financement du département des Bouches-du-Rhône devrait bientôt être obtenu pour l’antenne. Que le projet soit porté par la cinémathèque française ou par la Ville, une chose est sûre : les acteurs marseillais n’entendent pas jouer les figurants.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Nos acteurs locaux du cinéma commencent à délirer grave.Réouverture de cinémas, rénovation urbaine autour du cinémas ,etc.Comment êtres pris au sérieux, d’autres villes ont bénéficié de décentralisations , Le Louvre a Lens, Pompidou à Metz et au putainnnnng le Mucem à Marseille et cela fonctionne.Faut sortir le dimanche les gars.
    Après, il y a sûrement des postes à la clef, vieille tradition marseillaise, à récupérer.
    Ils ont oublié ce qu’est une cinémathèque et franchement , vu le savoir faire culturel du coin, il vaut mieux laisser faire les grandes personnes.

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    • Opiniatre Opiniatre

      Ni localisme, ni projet hors sol. Il ne s’agit pas de glapir Marseille aux maseillais, mais bien de se réjouir de cette arrivée de la Cinémathèque. En revanche, un projet qui n’associerait pas dès sa conception les gens dont c’est le boulot au quotidien serait juste voué à une disparition rapide. Mais les réactions de Coppola ou de Benedetto vont dans ce sens, donc ayons confiance.

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    • Mars1 Mars1

      On ne peut pas accuser le directeur de l’Alhambra de délirer quand il s’agit de savoir faire culturel en matière de cinéma : allez voir le travail réalisé tout au long de l’année, notamment auprès des jeunes mais pas, que dans une salle éloignée du centre ville où se passent beaucoup d’événements intéressants (avant-premières, rencontres avec des réalisateurs, etc) dans une ambiance toujours chaleureuse et des conditions de projection optimales. Vous aussi pouvez sortir le dimanche…

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    • RML RML

      ” vu le savoir faire culturel du coin? ” ça veut dire suis?

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Oui c’est bien ce que je disais, rester au rôle de cinémathèque et ne pas se prendre pour des urbanistes,cela sera déjà pas mal.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Laurencin, vous voilà soulagé,c’est bien,Mais j’ai bien peur de vous décevoir, je ne vais pas vous épargner avec mes commentaires.
    Ces derniers vous dérangent, si vous saviez ce que péremptoirement je puis m’en ficher,ne les lisez donc pas si cela vous déplaît.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Ceci dit Laurencin, vous pensez être au dessus du lot, et notamment au sujet de votre humble serviteur, mais votre réponse de sot , comme l’a bien dit La Rochefoucauld,n’a pas assez d’étoffe ,ni de force pour être méchant ni pour être bon.
    Voyez n’est pas inepte qui veut.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Laurencin,vous voudrez bien rajouter un”e”à méchant et “ne” à bon.
    Mon telefonino est capricieux,je vous prie d’excuser ce fait

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