Michel Samson vous présente
Mon bungalow sur la Côte Bleue

[Mon bungalow sur la Côte Bleue] Après l’incendie

Chronique
le 10 Août 2020
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Il venait à peine de rendre les clés. Michel Samson a passé une semaine au camping Pascalounet sur la Côte Bleue. Objectif : prendre le pouls post-confinement de cette saison touristique particulière. Rattrapé par l'actualité d'un incendie dévastateur, notre chroniqueur estival est retourné sur les lieux de sa villégiature, où la désolation voisine ne dérange pas le retour des campeurs dans les établissements épargnés.

Un arbre calcinée sur le bord du chemin d'accès d'un camping de La Couronne épargnée par les flammes. Photo : Emilio Guzman.

Un arbre calcinée sur le bord du chemin d'accès d'un camping de La Couronne épargnée par les flammes. Photo : Emilio Guzman.

La route qui descend aux Tamaris est calcinée, les rares arbres encore debout sont noirs comme le sol couvert de cendres. L’air sent le brûlé alors que la mer et le ciel sont bleus et calmes : en ce jeudi 6 août il n’y a pas un souffle de vent. Camions de pompiers rouges, quelques soldats du feu veillent. On arrive alors au petit port des Tamaris et là c’est un spectacle de désolation : Le Tamaris et Lou Cigalon, les deux campings, sont ravagés. Un sol lunaire sur lequel errent deux personnes au milieu de tôles tordues de caravanes effondrées, on distingue, mal, les restes de mobilhomes éventrés, les carcasses de voitures brûlées sont grises. Passe un camion qui en porte une autre, dans le même état. Les promeneurs sont venus voir le désastre, prennent des photos, bavardent. Et repartent. La route qui remonte des Tamaris vers la plage de la Saulce paraît épargnée mais sur le plateau, à droite, on voit la frontière du feu qui est passé et a brûlé la forêt de pins.

“La vie a repris”

À gauche, tout est intact, vert. Le camping du Mas semble tranquille, descente vers la Source et le Pascalounet : les saules pleureurs et les pins sont verts, les vacanciers descendent à la plage, le bar est ouvert. Cette zone est exactement dans le même état que la semaine dernière… Entre mardi 17 h 15 et mercredi midi, 2700 personnes dont 1200 campeurs ont été évacuées grâce aux pompiers, sapeurs ou marins, aux volontaires, et transportés en car vers des gymnases reposants, par le Département et la ville de Martigues. Et ils sont revenus. La patronne du Mas le confirme : “La vie a repris”, elle est débordée. Un jeune couple venu du Nord a dormi dans un gymnase d’Ensuès mardi soir mais s’est installé sur son emplacement du Mas mercredi après-midi.

J’ai demandé à Dieu de protéger ici, et juste après je n’ai plus eu peur du tout.

Une campeuse allemande

Francis, Marseillais qui vient au Pascalounet depuis des années, n’a pas quitté son cabanon, tandis que sa femme et le petit fils sont allés au Picasso, le gymnase de Martigues. “Je voyais la route et le sens de l’incendie, je savais bien qu’on ne risquait rien. Des incendies il y en souvent, non ?” explique-t-il. À quelques pas de là, la campeuse allemande est allée vers 17 heures sur la plage avec mari et enfants, avant de monter dans un car : “C’était tranquille, pas de panique, on est partis en car dans un endroit à Martigues. Très bien reçus, boisson, à manger, des lits, on a même dormi un peu…”. Ils restent évidemment ici, et l’an prochain ils reviendront. Sa copine, dans un sourire : “J’ai demandé à Dieu de protéger ici, et juste après je n’ai plus eu peur du tout.” Le jeune serveur du bar est allé sur la même plage, n’a pas pris le car : “À 5 heures du matin, je suis rentré chez moi, par la route.” Au bureau d’accueil, la jeune femme répond au téléphone : “Les gens qui ont réservé nous demandent s’ils peuvent venir, on leur dit que oui, et voilà.”

Comme si rien ne s’était passé

Ce jeudi 6 au matin, dans les campings, dans la piscine du Mas, sur la plage, les vacances reprennent comme la semaine précédente, comme si rien ne s’était passé…

La chronique estivale de Marsactu depuis ce coin de Côte Bleue peut donc être tenue. Nous l’avions décidée en juin. Nous voulions savoir si le confinement allait modifier les vacances des estivants martégaux. Si cette tradition méconnue dans la commune qui comprend le plus grand nombre de campings – et donc de campeurs – du département allait être perturbée. De surcroît nous pensions que ces vacanciers étaient souvent des gens de peu. Que la tradition rouge de la municipalité de Martigues, cette ville industrielle où les nombreuses usines sont installées sur la mer – et parfois la polluent – comptait pour beaucoup. Dit plus crûment nous croyions que cette Côte Bleue était un peu la Côte d’Azur des pauvres. Qu’ils soient de Marseille, de Lyon ou Hollandais. L’idée de passer une semaine au Pascalounet consistait justement à vérifier cette idée. À voir qui s’y trouvait, comment ils avaient choisi Martigues plutôt que Juan-les-Pins, en partageant le quotidien des campeurs.

A partir de demain donc, commencent les six épisodes de la série Mon bungalow sur la Côte Bleue écrite trois jours avant l’incendie. Les lecteurs verront que certaines de ces idées étaient fausses, même si…

Les précédents épisodes de cette série sont à retrouver ici.

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Commentaires

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  1. Andre Andre

    Ça brûle, ça fait les gros titres un jour ou deux…On entend parler d’une origine criminelle, de l’ouverture d’une enquête. Et puis plus rien. Jusqu’à l’année suivante et un nouvel incendie, ailleurs.

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  2. raph2110 raph2110

    Bravo aux pompiers qui ont combattu le feu pour préserver ce qui pouvait l’être. Je suis triste pour ces gens qui font des sacrifices pour avoir un petit havre de paix qui s’est envolé en fumée, à priori du fait d’un malade. Il n’y a pas à déplorer de victimes, sinon la nature et les animaux qui s’y trouvent, mais ça restera un traumatisme pour les résidents du secteur. La vie reprend c’est le.plus important.

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