[Portraits d’engagement] L’intarissable aux bras ouverts

Chronique
Michel Samson et Michel Péraldi
12 Fév 2019 0

Alors qu'ils s'engagent dans la rédaction d'un deuxième tome de leur ouvrage référence "Gouverner Marseille", le sociologue Michel Peraldi et le journaliste Michel Samson partagent avec Marsactu des éléments de leurs recherches préparatoires. L'occasion d'une série de portraits écrits à quatre mains, qui remontent les trajectoires personnelles de celles et ceux qui s'engagent dans la vie de la cité. Amokrane Mazari accueille collectif et délogés dans son local de la rue de l'arc.

Amokrane René Mazari est comme chez lui au 11 rue de l’Arc, dans cette pièce où l’on voit d’abord beaucoup de tables. Et une petite cuisine, sommaire mais qui semble souvent servir, où il réchauffe un Nescafé en s’excusant presque de cette boisson sommaire. Ce local de l’association jeunesse et culture de Marseille, qui gère une école coranique, est aussi celui des scouts musulmans de France, deux associations dont il est animateur. On y apprend “alphabet arabe, lune, végétation”, dont le très bavard Mazari explique volontiers pourquoi et comment ces choses vont ensemble. Sa culture parait encyclopédique : il cite volontiers dans la conversation Michel Foucault et Hannah Arendt !

Mais ce 11 rue de l’Arc est désormais connu pour une autre raison : c’est ici, le jour même et les suivants, que les acteurs de ce qui est devenu le collectif du 5 novembre – Noailles en colère est né. Et c’est encore ici que des repas ont été servis en urgence à deux familles élargies expulsées : “15 personnes en tout qui n’avaient pas mangé depuis deux jours”, se souvient Mazari qui a trouvé comment les ravitailler.

Au moment où il m’explique son travail, ses convictions, son engagement – un homme, “il est Égyptien” me souffle Mazari-, arrive au local. Il lui explique qu’il vient de signer une convention avec la sécurité sociale “pour des examens de santé gratuits”. Présent lors des effondrements et des premières mobilisations, Mazari, qui est né en 1956, subit un accident de santé juste après, qui l’envoie contre son gré à l’hôpital pour quelques jours.

“Le mot collectif lui-même est important”

Mais rester à l’écart du monde n’est pas son genre. Il revient et recommence à agir. Cela tient probablement à ses parents. Son père, travailleur algérien vivant en France est au FLN. Sa maman, restée en Algérie et elle aussi de ce côté de la bataille, le rejoint à Marseille quand il a 3 ans. Ce natif d’un village près de Tizi Ouzou, découvre alors la France à travers cette Marseille : il habite rue des Petites-Maries –ce nom même le fait sourire- avant que sa famille ne s’installe dans les quartiers Sud. École communale avant un collège privé où son professeur d’histoire s’appelle… Jean-Claude Gaudin !

Et puisque ce nom apparaît dans la conversation, Mazari, qui a signé le manifeste pour une Marseille insoumise, m’explique : “À Noailles en colère, on n’est jamais contre Gaudin, on est contre la politique qu’il mène”. C’est en tout cas sa conception du travail du collectif – “pour moi le mot collectif lui-même est important”. Car d’autres acteurs du collectif, qui confirment qu’Amokrane René Mazari joue vraiment un rôle dans leur travail, soulignent volontiers son indépendance, l’étendue de sa pensée et le “nombre incroyable de personnes qu’il connaît”. En effet racontant sa vie, Mazari cite des noms en enfilade. Cet ingénieur diplômé de l’Institut national des hydrocarbures et de la chimie d’Alger, qui a travaillé sur l’autonomie énergétique en Algérie, explique qu’il est devenu ingénieur en espace urbain avant d’obtenir en France un diplôme d’ingénieur en informatique.

D’ailleurs, cette multiplicité des terrains et des préoccupations, fait partie de ce qu’on devine de sa personnalité. Outre Michel Foucault, et Hanna Arendt, déjà cités, il cite spontanément Heidegger et Comte-Sponville, à qui il attribue “un regard pertinent sur les questions spirituelles”. Mais ses références sont aussi d’un autre ordre car ce musulman soufi semble aussi être un infatigable débatteur. Bavard, oui, mais surtout curieux il n’aime rien tant que confronter les idées, les pensées, les cultures.

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