[Mon bungalow sur la Côte Bleue] Écart de classes

Chronique
le 13 Août 2020
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Notre chroniqueur estivant poursuit ses rencontres dans les campings de la Couronne. Il observe une diversité de classes sociales chez ses voisins campeurs.

Abel et sa fille en vacances au Pascalounet. Photo : Emilio Guzman.

Abel et sa fille en vacances au Pascalounet. Photo : Emilio Guzman.

La série

En juillet, Michel Samson a passé une semaine au camping Pascalounet, juste avant l'incendie qui a ravagé les alentours. Objectif : prendre le pouls post-confinement de cette saison touristique.

Abel, 44 ans est installée dans son van derrière lequel elle a dressé une petite table et le frigo qu’elle loue huit euros la journée. C’est sa sixième saison ici. Jusqu’à l’an dernier elle louait mon Tithome : devant le porte-linge elle pouvait attacher son chien. Désormais elle vient avec sa fille, 10 ans qu’elle a baptisée Amy-Louve ! “Oui c’est moi qui ai inventé ce prénom”, dit-elle en souriant. Assistante d’éducation à temps partiel dans un lycée de Valence, elle a choisi le camping Pascalounet parce qu’elle est aidée par la CAF pour partir en vacances.

Elle ne connaissait pas la Côte bleue avant d’y venir camper. Elle resterait “volontiers trois mois” mais 39 euros par jour, c’est au-delà de ses moyens. Elle réserve son séjour “dès le mois de janvier”. Cela lui permet d’échelonner son paiement. Cette année elle restera 10 jours dans ce van à deux couchettes dans lequel elle a installé tout son matériel avec une ingéniosité stupéfiante. Ce qu’elle apprécie ici ? “D’abord, les gens du Pascalounet qui sont super sympas.” Et puis “on évite les fêtes, les concerts, le bruit et on trouve un peu d’ombre”. Dans sa jeunesse, alors qu’elle vivait en région parisienne, elle a été une fois camper vers Juan-les-Pins. Elle n’en garde pas un bon souvenir : “tout était beaucoup plus cher, il y avait trop de monde, c’était la même chose qu’à Paris.”

Des vacances aidées par la CAF

Mais surtout, ici, Amy-Louve “peut errer, c’est sécurisant”. Et la fillette adore la bouée tractée qu’on peut pratiquer à Carry, à 10 minutes en voiture, ou la rando-kayak qu’elles se sont offertes avant-hier. Un peu gênée qu’on interroge sa maman, Amy-Louve confirme qu’elle s’amuse bien avec les autres enfants du camping : “Il y en a que je connais de l’année dernière.”

On fait 1000 kilomètres pour venir… Mais qu’est ce qui nous motive ?

Monsieur Blanc, habitué du camping du Mas

Durant son séjour, Abel aime bien s’offrir une sortie. “On a été à Marseille, on a visité le Mucem. Comme je suis à temps partiel j’ai eu droit à une visite guidée gratuite. Les passerelles, elles sont aériennes, incroyables, la guide nous expliquait comment l’architecte les avait faites.” Après elles sont allés à un marché, “pas loin de la gare”. Je suggère le nom de Noailles. “Oui, c’est ça, il y avait un monde ! On a mangé de la pizza et j’ai rapporté de la pastèque”. L’an dernier elle a visité “la Bonne mère. Mon père, – il est né à Alger et ma maman à Oran  – m’avait dit que c’était ça Marseille.” Départ prévu ce vendredi. Abel, qui se considère comme “une privilégiée : on a les vacances et on a été payés pendant le confinement”, va continuer ses vacances sur “le chemin de Compostelle : 10 jours du Puy à Espalion, seule, je dormirais dans les gîtes, il y a des années que je rêve de le faire…”

Les Blanc, eux, sont installés pour un mois dans un chalet climatisé du plus chic camping du Mas. La famille vit en Normandie, “à Saint-Aubin-sur-Mer, qui est juste en face du Havre. Devant la maison où on vit depuis 20 ans, on a une venelle qui conduit directement à la mer. Il ne fait jamais trop chaud. Ici on crève de chaud, et on fait 1000 kilomètres pour venir… Mais qu’est ce qui nous motive ?”, s’interroge à voix haute monsieur Blanc, qui fut capitaine de la marine marchande, puis représentant d’un important groupe industriel allemand. Madame arrive et répond : “J’aime la chaleur et le soleil, c’est déjà une raison de venir. Et puis on a deux enfants qui ont fait des études et se sont installés à Montpellier. Ils sont mariés à des Normandes !” Le jeune Emmanuel, 17 ans, vient se faire une tartine de Nutella et file en disant “à ce soir”.

Pas que des “gens de peu”

“Ici c’est un espace de liberté complet, sans aucun danger, poursuit madame Blanc. Il y a tout ce qu’il faut sur place, ils passent un mois entre ados, ils ont leur vie sociale, des activités, des bains, des bavardages. Et puis ils peuvent venir se servir dans le frigidaire.” Ils essaient de compter le nombre d’années qu’ils viennent ici… “Avant on était là, derrière, avec la tente”, dit monsieur Blanc en montrant l’espace qui surplombe la mer. Et puis au Mas, ils connaissent les deux patronnes et trouvent que tout est bien organisé : “Le resto, la piscine, d’où partent toutes les activités organisées pour les enfants et les ados.” La piscine offre un autre avantage : le week-end “les plages sont pleines alors tous les campeurs restent à la piscine.”

Cette année les parents Blanc se sont offerts une journée entière de canyoning, tous les deux. Ils ont aussi été à Marseille aux Terrasses du Port, ils ont visité les Docks. Un autre jour, ils ont été aux Villages des marques, à Miramas où ils ont “fait quelques courses”. Et ils vont au marché : à la Couronne, ou à celui de Martigues qu’ils jugent “vachement bien”.
Et pendant une semaine ils ont gardé un petit-fils qui quittait ses parents pour la première fois : “On le voit jamais avec ces mille kilomètres”.

Le téléphone retentit : “Ça y est ils arrivent !” Les Blanc ont rencontré au Mas des amis qui vivent à Bailleul, près de Lille. Ils se sont connus ici, passent quelques jours ensemble au Mas. Et depuis qu’ils se sont rencontrés, les Nordistes viennent passer quelques jours en Normandie et les Normands montent à Bailleul voir leurs amis. Ceux-ci s’installent pour boire un café sur la terrasse du chalet…

Abel, “maman solo” comme elle se désigne, et aidée par la CAF, et les Blanc, famille recomposée et manifestement aisée, vivent à cinq cents mètres les uns des autres. Ils ne se connaissent pas et ne se rencontreront probablement jamais. Ils partagent une envie essentielle : passer des vacances en famille. Dans ce village de campings fermés le soir, où tout est surveillé, tout est tranquille. Pour les enfants… et pour les parents en ces longs mois de vacances scolaires ! Comme quoi, dans les campings de Martigues, et contrairement à ce que je croyais, il n’y a pas que des “gens de peu”.

Les précédents épisodes de cette série sont à retrouver ici.

Article en accès libre

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