Dominique Milherou vous présente
Marseille insoupçonnée

Exploration de la grotte des loups

Chronique
Dominique Milherou
12 août 2017 0

Arrivé à Marseille il y a quelques années, Dominique Milherou a vite fait de faire de la ville son terrain d'exploration. Féru de tourisme, d'histoire et de lieux insolites, il a déjà amassé dans son site "Tourisme Marseille" des centaines de fiches explicatives qui ont autant à apprendre au voyageurs de passage qu'aux marseillais de naissance. Tout au long de l'été, il partage avec les lecteurs de Marsactu quelques uns de ses endroits préférés.

L'entrée bouchée des grottes de la Loubière. Photo : Dominique Milherou.

« Loubière », le nom de ces mystérieuses grottes vieilles de plus d’un milliard d’années, découvertes en 1829 par J. Simonet, un spéléologue amateur, viendrait de la découverte d’os de loups dans ses entrailles. À la fois écrin pour des trésors historiques, dernière demeure d’un squelette préhistorique homo sapiens, scène de crime, site de rites sataniques, lieu de tournage, attraction touristique, salle de concert pour le Ballet de Marseille, puis boite de nuit… Ces étonnantes grottes, la plus importante station préhistorique de Marseille, furent malheureusement maltraitées et condamnées en 1989.

Ce n’est que 57 ans après sa découverte, dont la date et le nom sont inscrits sur une concrétion de la Baume Loubière appelée « le Bouddha », qu’eut lieu la toute première prospection scientifique en 1886.

D’étonnantes découvertes y seront faites à la suite des travaux notamment des professeurs Rivière et Fournier, doyen de la Faculté de Besançon : des couteaux, racloirs, grattoirs, poinçons en os mais aussi des éclats de silex ainsi que de nombreux tessons de poterie.

L’expédition scientifique de 1895.

En 1898, la grotte fut la scène d’un crime qui entraîna sa première fermeture : l’assassinat d’une fillette, découverte par hasard par un berger à la recherche de son chien. Un drame qui attira trop de curieux et de trop grands risques d’accidents pour la laisser ouverte au tout venant.

17 ans plus tard, en 1915, sur son lit de mort, un vieux berger soulagera sa conscience et avouera son crime en confession avant de s’éteindre. Un vallon tout proche de la grotte se nomme d’ailleurs le vallon de la Femme Morte. Peut-être est-ce lié à cette affaire ou à un tout autre drame, en effet cette appellation existe également dans le Var à Bormes-les-Mimosas.

Parfois le passé semble étrangement rappeler le présent, et notamment la bataille pour préserver les vestiges de la carrière grecque de la Corderie trouvés en 2016… En effet en 1930 une société voulut rentabiliser les grottes. La Société foncière phocéenne Durrieux Griffoni & Pellerin fit entreprendre les travaux nécessaires. Ce fut un désastre pour la recherche et les fouilles archéologiques furent compromises.

Dans les déblais des travaux, Degerrin-Ricard découvrit en 1931 une hachette triangulaire en roche blanchâtre, des jadéites, des fragments d’autres haches, des éclats de silex, des tessons, céramiques de l’âge de bronze et de fer et aussi de la poterie romaine du 2e siècle avant Jésus-Christ !

En haut et de droite à gauche : le « jambon », une rembarde du circuit de visite et la « cascade pétrifiée ». Photo : gombertois.fr

Cent kilos d’ossements et des objets de la grotte furent également prélevés par un géologue de Montpellier. Des vestiges dont on n’entendra plus jamais parler.  Toujours en 1931, Georges Daumas, archéologue informé par Degerrin-Ricard, se rendit sur les lieux et commença une nouvelle fouille dans les déblais hors de la grotte, l’intérieur ayant été bouleversé. On put néanmoins reconstituer des ustensiles ménagers, bols assiettes, vases, marmites, petites jarres décorées d’incisions et de pointillés, peu de silex, la période en pierre polie étant représentée par une hache en serpentine et des coquilles percées pour la confection des colliers.

Ces vestiges sont exposés au muséum d’histoire naturelle du palais Longchamp.
Le scientifique déclara que la Baume Loubière était la plus importante station préhistorique de Marseille et de ses environs ! Elle a servi de refuge à une population du Néolithique (9 000 ans av. J.-C. à 3 300 ans av. J.-C), utilisée parfois comme un magasin de réserves. Elle a pu être un véritable atelier de poteries, l’entrée pouvant être obstruée avec quelques blocs de pierre et la grotte possédant de l’eau à volonté. Avec des provisions de viande séchée ces hommes pouvaient vivre là des mois entiers, pendant la période des grandes glaciations. En 1936, M. Dujardin-Weqer, membre de la Société de géographie et de spéléologie fit la découverte d’un squelette préhistorique homo sapiens extrêmement primitif (généralement apparu il y a environ 315 000 ans).

Des visites guidées permettaient d’admirer dans ces grottes la cascade pétrifiée avec ses chandelles hautes de 7 mètres, d’étonnantes draperies de pierre, des orgues, des formes d’éléphants, de fauteuils, de jambons ou encore de chênes…

En 1954 on y tourna avec Jean Richard le film Peau d’Ours, réalisé par Claude Boissol, sorti en 1957. En 1966, c’est un drame italien qui l’utilisera comme décor.
L’écrivain Raymond Jean écrira aussi en 1976 sur ces grottes dans Fontaine obscure, une histoire d’amour et de sorcellerie sur la Provence du XVIIe siècle.
Dans la grotte se seraient déroulées d’effroyables scènes sabbatiques (à l’origine des assemblées nocturnes de sorcières), bacchanales (en l’honneur de Bacchus, dieu romain du Vin, de l’Ivresse et des Débordements, notamment sexuels) et autres débauches sataniques.

En 2015 parait « L’affaire de la Soubeyranne » de Jean Contrucci. Le ciment censé obstruer l’accès aux grottes depuis des années est mystérieusement encore frais… c’est le point de départ de ce roman historique.

Photo : Dominique Milherou.

Après avoir été transformées en « boite de nuit », leur fermeture a été décidée par la Ville de Marseille en mars 1989. Aujourd’hui on peut encore retrouver les traces des baraquements touristiques qui entouraient la grotte.

Celle-ci est entièrement bouchée par de gros blocs de pierre, en espérant qu’un jour un hypothétique projet municipal ou privé puisse refaire entrer la lumière du jour dans ce trésor oublié du massif de l’Étoile.

Sources wikipédia & gombertois.fr
Photos d’archives gombertois.fr
Photos couleurs Dominique Milherou

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