Culture pub

Chronique
le 19 Mar 2022
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On la dit endormie et sans surprise. Marsactu a confié au journaliste Iliès Hagoug le soin de d'arpenter et de raconter la vie nocturne de la ville. Cette semaine, il célèbre la Saint-Patrick, mais à la marseillaise.

Le 17 mars les Marseillais ont célébré la victoire de l'OM, mais aussi la Saint-Patrick. (Photo : Iliès Hagoug)

Le 17 mars les Marseillais ont célébré la victoire de l'OM, mais aussi la Saint-Patrick. (Photo : Iliès Hagoug)

Le 17 mars est dans le calendrier chrétien une date qui célèbre l’évangélisation de l’Irlande, par un personnage mélange de mythe et d’Histoire qui donne mal à la tête aux historiens : Saint Patrick. Depuis la migraine a changé de camp, est s’est répandue bien au delà des spécialistes du quatrième siècle. Ce jeudi, la tradition chrétienne dans les églises est bien moins visible que les écriteaux Guinness dans tous les pubs de Marseille : la Saint Patrick fait partie de ces événements ajoutés à une grande lignée de traditions anglo-saxonnes arrivées jusqu’à nos portes, avec Halloween, le black friday ou même Noël si on ne le dit pas trop fort. Et le public répond présent : pour faire la fête on porte du vert, boit de la bière verte, ou plus généralement on boit.

J’ai attaqué pendant le match, et en vrai j’aime même pas ça la bière brune. J’en bois parce que c’est la Saint-Patrick.

L’événement a pour conséquence de rendre visible les pubs dans la ville, autre tradition anglo-saxonne remixée. Red Lion, O’Malley, Shamrocks, Black Unicorn et autres Temple font partie du décor de la nuit marseillaise et ont pour point commun d’être des pubs d’inspiration irlandaise : ils sont donc tous naturellement remplis ce soir. L’O’Malley, sur le Vieux Port, n’a pas à chercher la clientèle habituellement mais ce soir encore moins. Dehors, dedans, face à l’eau du port, les pintes se servent et se vident à un rythme record. Julien, qui arbore fièrement un long chapeau orné d’un trèfle à quatre feuilles et, bien sûr, d’un logo Guinness, commence à grimacer. Il est encore tôt mais il a perdu le compte : “J’ai attaqué pendant le match, et en vrai j’aime même pas ça la bière brune. J’en bois parce que c’est la Saint-Patrick”. L’OM jouait tôt son match de coupe d’Europe, a gagné, et c’est un jour qui appelle à la fête. Pour ce jeune trentenaire, qui n’a habituellement pas besoin de beaucoup d’arguments pour aller boire un verre, c’était irrésistible : “Y a du monde dehors, et c’est pas un jour comme les autres. Je danse pas tous les jours sur de la musique irlandaise”.

Aller voir le match dans un pub avec une pinte de bière importée n’a pourtant pas toujours été monnaie courante au pays du Ricard et de la kémia. Jean-Paul Debono est le fondateur de bien des pubs marseillais, l’O’malley en tête et le Morrison au cours Julien le dernier en date. Il se souvient : “On a monté l’O’malley en 1997. Il y avait déjà le O’Brady’s qui existait à Mazargues, et le Red Lion Pointe Rouge a ouvert 3 mois d’écart avec nous”. Il fait donc partie des pionniers, avec pour idée d’importer une culture de bar différente : “J’ai monté des établissements inspirés des choses que j’ai vues ailleurs, avant ça j’étais allé au Texas et j’avais un commerce à l’ambiance Tex-Mex. J’avais aussi de la famille en Angleterre, et les pubs m’ont tout de suite parlé”. Il y avait donc à l’origine une volonté d’importer la culture de la public house britannique, et pour preuve : les premières années de l’O’Malley sont gérées par une équipe venue d’Irlande pour l’occasion. “On est sur une base traditionnelle, mais au fil du temps il y a eu une sorte d’adaptation aux usages marseillais. Mais pas seulement : il n’y a pas de grosse culture rugby à Marseille par exemple, mais on voit apparaître une grande clientèle pendant les gros matchs. Ils viennent dans les pubs retrouver cette tradition des matchs de rugby qui existe beaucoup en Irlande”.

La recette du succès

Diffusion de sport, bière et décor de pub traditionnel semblent donc être les ingrédients du succès des pubs. Mais pas seulement : en ce soir de match et de saint Patrick, sur la place notre dame du Mont, le Morrison a l’une des plus grandes terrasses. Et pourtant, c’est l’un des rares bars qui n’a pas de télé en extérieur pour suivre l’OM. Quelques tables n’ont pas l’accent ni la dégaine des habitués des terrasses du Plateau, et quelques unes parlent anglais. Pas de surprise pour Marie, étudiante néo-marseillaise : bière verte à la main et pull vert chiné pour l’occasion, elle explique : “Un pub pour moi, c’est très neutre. Tu demandes quoi à un bar à la base ? Un service correct, de l’alcool à un prix raisonnable, et une bonne ambiance. Tu sais qu’il y a peu de chances que tu te trompes, t’as déjà entendu quelqu’un te dire qu’il déteste les pubs ? Même si t’es pas fan tu sais que tu peux toujours te poser, boire une bière, et être en sécurité. Je prends tout le temps mes dates Tinder dans un pub”. Parmi les points communs de ces établissements, la sécurité y est généralement prise au sérieux, avec un personnel visible au moins le week-end. “C’est rassurant quand tu vas rencontrer un inconnu, ou en général pour pas être emmerdée”, confirme Marie.

Ça n’est pas qu’un liquide à verser la bière, c’est tout un système de tirage, de gazage, de refroidissement.

Pour les tables qui parlent anglais, on se rend au pub comme une évidence. Dans une nuit marseillaise déjà difficilement lisible pour les francophones, l’appel de la simplicité vient en premier. Micah, américain de passage, est agréablement surpris de trouver des célébrations de “St Paddy’s day” à Marseille. “Je vais à Nice demain, je ne reste qu’un jour ici. Je n’ai pas vraiment pris le temps de faire des recherches et j’avais envie d’une bière, je suis passé par le cours julien et comme tu le vois, j’ai trouvé mon bonheur ici”.

On pourra chercher toutes les raisons du monde, mais la bière reste l’argument majeur. On trouve dans les pubs des bières qu’on ne voit pas ailleurs, et Jean-Paul qualifie même les brasseurs non pas de fournisseurs mais de “partenaires”. Souvent britanniques, parfois belges et rarement locales, la bière est le nerf de la guerre des pubs. “Ça n’est pas qu’un liquide à verser la bière, c’est tout un système de tirage, de gazage, de refroidissement. Les brasseurs interviennent aussi là-dessus, j’ai un rapport avec eux comme un boulanger avec son moulin.” Sur une question d’image aussi : “La Guinness n’est pas la bière qui se vend le plus, ça reste de la brune, mais c’est un argument d’identité pour mes pubs. Pour les plus gros débits, comme une Carlsberg, c’est une bière très neutre. Tu sais que tu retrouveras la même partout dans le monde, pour beaucoup de gens c’est une garantie de savoir ce qu’ils boivent”.

La culture pub se retrouve aussi dans la décoration extérieure. (Photo : Iliès Hagoug)

Les amateurs de bière s’y retrouvent donc, mais les professionnels sont ailleurs. Ce soir, aucune décoration ou événement particulier à la Voie Maltée, bar à bières à quelques pas du Morrison, mais un établissement bien rempli, sans autant déborder que les pubs. Derrière le bar, Mathieu assume son choix : “Ce serait de l’opportunisme de faire un truc pour la saint Patrick. On laisse ça aux pubs : nous on célèbre la bière toute l’année”.

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