Dominique Milherou vous présente
Marseille insoupçonnée

Balade insolite le long du Canalet

Chronique
Dominique Milherou
29 juillet 2017 1

Arrivé à Marseille il y a quelques années, Dominique Milherou a vite fait de faire de la ville son terrain d'exploration. Féru de tourisme, d'histoire et de lieux insolites, il a déjà amassé dans son site "Tourisme Marseille" des centaines de fiches explicatives qui ont autant à apprendre au voyageurs de passage qu'aux marseillais de naissance. Tout au long de l'été, il partage avec les lecteurs de Marsactu quelques uns de ses endroits préférés.

Dans le nord de Marseille sur la colline de Verduron et dans la vallée de Séon, se trouvent discrètement nichées dans la garrigue les restes asséchés d’une dérivation du canal de Marseille, le Canalet. Un petit conduit qui alimentait en eau les habitants assoiffés par la pénurie mais également la carrière Paul & Pons pour activer son concasseur. Une partie de ce canal peut servir aujourd’hui d’insolite chemin de randonnée qui nous fera passer d’une mystérieuse caverne à un bunker stratégique, aux ruines d’un site antique, en passant par la carcasse d’une voiture des années 60, une cabane hexagonale, une tour de vigie… et le tout avec un panorama exceptionnel sur la rade !

Pour se rendre à la carrière et démarrer cette randonnée, il suffit de se garer tout au bout du chemin… de la Carrière, jusque-là rien de plus facile ! Pensez juste à bien vous coller à droite contre les bambous pour permettre aux suivants de pouvoir faire demi-tour dans cette étroite impasse… (si vous êtes à pied, passez directement au paragraphe suivant !)

Pour un meilleur confort, nous vous conseillons de cliquez en haut à droite de la galerie. (Photos Dominique Milherou).

Dès le début du sentier, à droite, on découvre l’entrée d’une caverne. Celle-ci, selon les dires de son voisin direct habitant juste en face, serait d’une surface très importante. Elle est actuellement bouchée pour la protéger avant de futures explorations spéléologiques officielles.

Quelques mètres plus haut le Canalet se dessine déjà, surplombant le chemin de randonnée sur un aqueduc en rocaille. Il longe les bâtiments en ruine de l’ancienne carrière Paul & Pons qui accueillait en son sein un concasseur fonctionnant avec l’eau acheminée par ce tronçon aujourd’hui à sec du canal de Marseille… mais nous l’emprunterons plus tard. Quant à la carrière, abandonnée, elle sert aujourd’hui de paroi d’escalade avec ses quinze voies.

On remonte à droite sur les hauteurs de la colline de Verduron jusqu’aux restes d’un bunker dominant toute la rade. C’est ici, dans la journée du 27 août 1943, que ce dernier bastion de la résistance du secteur nord est conquis. Les Allemands y lutteront avec l’énergie du désespoir et capituleront seulement après avoir rendu inutilisables leurs armes lourdes.

Un peu plus à droite on peut découvrir l’oppidum de Verduron, retrouvé par hasard sur son terrain en 1905 par le sculpteur marseillais Stanislas Clastrier. La parcelle accueille un site d’habitation fortifié celto-ligure (peuples habitant le sud-est de la Gaule) fondé à la fin du IIIe siècle av. J.-C. et abandonné au début du IIe siècle av. J.-C. En octobre 2016, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a voté une étude de restauration de ce site archéologique dans le cadre du plan pour Marseille.

Pour un meilleur confort, nous vous conseillons de cliquez en haut à droite de la galerie. (Photos Dominique Milherou).

On gagne sans trop de difficulté le haut de Verduron pour repartir vers l’ouest et rejoindre la vallée de Séon, désertique et parsemée de grands murs de pierre. C’est une réserve de chasse, les nombreuses cartouches au sol en témoignent.

En se perdant un peu du chemin initial on tombe sur une improbable carcasse de voiture rouillée des années 50 ou 60… Comment a-t-elle réussi à atterrir dans ce coin très escarpé noyé dans la végétation ? Mystère total.

Après avoir passé quelques ruines en pierre abritant des petits réservoirs d’eau on atteint une citerne verte de lutte contre les incendies avant de passer au-dessus du tunnel de l’autoroute A55.

Le panorama devient alors encore plus majestueux depuis la crête… On domine l’Estaque et sa gare de 1851, le château Bovis de 1881 où séjourna Paul Cézanne, la bastide Désirée Michel propriété de l’État italien en 1926 qui en fit un orphelinat, ou encore le château Fallet qui accueillait l’hôtel-restaurant de la Falaise en 1901…

Un grand panneau de fortune, rouillé, peint à la main annonce que l’on traverse des propriétés privées alors que le sentier est balisé… Ruse ou réalité ? Quoi qu’il en soit la randonnée se poursuit en redescendant vers le long d’un grand mur de pierre, rejoignant l’intrigante tour de vigie du hameau du château Bovis.

Pour un meilleur confort, nous vous conseillons de cliquez en haut à droite de la galerie. Photos Dominique Milherou.

C’est d’ici que nous entamons la partie la plus intéressante du parcours, en longeant cette dérivation du canal de Marseille à flanc de falaise. Cette partie pourrait-être considérée par certains comme dangereuse c’est donc à votre libre appréciation et responsabilité… On marche alors à l’intérieur du petit canal, complètement à sec la plupart du temps mais certaines parties peuvent être humides (éviter les lendemains de pluie) ou reprises par la végétation. Il faut alors marcher sur le bord, sur un sentier étroit mais praticable.

A mi-chemin on passe par une étrange bâtisse aux origines mystérieuses, une sorte de vigie que la coopérative Hôtel du Nord a baptisé la « Cabane Hexagonale » dans une de ses célèbres balades sonores signées Julie de Muer. Malheureusement le Canalet ne nous permet pas de rejoindre directement notre point de départ, la construction de l’A55 en 1989 l’ayant saucissonné en deux, il faudra donc remonter vers la citerne verte et retourner sur ses pas.

Mais attardons-nous d’abord quelques secondes sur ce Canalet… En 1834 chaque Marseillais dispose seulement de 12 litres d’eau par jour (soit ce qu’utilise aujourd’hui chaque Français par jour juste pour la chasse de ses WC !). Une quantité d’eau trop faible à l’époque compte tenu des besoins et de la population grandissante… Il y avait urgence à trouver d’autres sources d’approvisionnement.

Il faut quinze ans, de 1839 à 1854, pour construire le canal, avec son tracé tourmenté, ses 80 km de long dont 17 km en souterrains, ses 18 ponts, dont l’aqueduc de Roquefavour, le plus haut aqueduc en pierre du monde.

La dérivation dite de l’Estaque part du canal-mère, avant son entrée dans le territoire de Marseille. En face du col qui sépare la vallée de Séon de la vallée des Aygalades, elle se retourne vers le couchant et bifurque, donnant naissance à deux sous-dérivations, celle de Séon-Saint-Henri et celle de Saint-Louis.

Plan de la randonnée et fiches à retrouver sur Tourisme Marseille

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commentaires

  1. LN LN

    Super ballade qui faudra faire ou refaire cet hiver. Je trouve l’idée géniale ce genre d’exploration car il en ressort toujours de belles rencontres et des choses improbables.
    Mais du coup, paradoxalement, j’enrage de ce partage car, on livre parfois des secrets de beauté, d’insolite, d’écrins cachés (j’en connais pas mal) où l’on a envie que personne n’y aille pour que cela reste intact ou que se soit juste partagé avec le discret baladeur (qui se fait rare) et qui ne vienne pas systématiquement nous faire le selfie du siècle pour le coller illico sur son Facebook (et là, on me dit à l’oreillette que je vieillis….)

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