Au Liban, le gaz est un enjeu électrique

Chronique
par 15-38
le 20 Juin 2020
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15-38 Méditerranée est un site d’information qui tisse des liens entre journalistes, artistes, chercheurs et citoyens de toutes les rives de la Méditerranée. 15-38 c’est le centre géographique de cette mer qui rassemble et sépare. Avec cette chronique, Marsactu ouvre une fenêtre sur la Méditerranée en reprenant un article du dossier mensuel concocté par la rédaction internationale de 15-38 Méditerranée. Ce mois-ci, issue d'un dossier sur les enjeux du gaz dans l'est de la Méditerranée, comment le Liban est dépendant à cette énergie fossile pour son électricité.

Photo : Beyrouth. Crédit : Rabiem22, licence creative commons.

Quinze heures de coupure électrique en une journée dans la capitale libanaise à la mi-mai. Les Beyrouthins n’en reviennent toujours pas, eux qui sont pourtant habitués aux 4 heures de coupures quotidiennes et au bruit des générateurs privés qui prennent le relais pour palier les défaillances du réseau national. La production électrique de l’entreprise EDL (Electricité du Liban), qui détient le monopole depuis les années 1960, est insuffisante depuis la fin de la guerre civile. Avec l’effondrement de l’économie libanaise ces dernières années, la compagnie pourrait bien être en difficulté pour s’approvisionner en mazout, carburant importé pour produire l’électricité dans les centrales du pays.

Pourtant, les centrales thermiques libanaises ont été conçues pour être approvisionnées en gaz et ainsi fournir de l’électricité à plus bas coût. Mais de gaz, il n’y en a plus “et les capacités de stockage du pays sont limitées”, explique Diana Kaissy, directrice exécutive de l’ONG Logi (Lebanese Oil and Gas Initiative). À la fin des années 2000, le Liban importe pourtant du gaz naturel d’Egypte via le gazoduc arabe. La Syrie fournit également de l’électricité. Mais, les importations de gaz naturel ont été suspendues lors de la révolution égyptienne. Et l’imposition de sanctions américaines au régime syrien empêche de reprendre les approvisionnements depuis le territoire voisin. Début 2019, l’entreprise russe Rosneft signe un contrat l’autorisant à réhabiliter et exploiter les installations en hydrocarbure du port de Tripoli, dans le nord du pays. “Le processus sera long, mais devrait permettre à termes d’augmenter les capacités de stockage et peut-être ainsi de remettre en place la liaison avec le pipeline de Kirkouk en Irak qui approvisionnait auparavant le port de la grande ville du nord en gaz”, précise Diana Kaissy.

Explorer la zone économique maritime libanaise

Hormis, la voie terrestre, les experts et politiques libanais comptent aujourd’hui sur les réserves maritimes, enfouies à plus centaines de mètres sous les fonds marins. L’exploitation de gaz offshore au large des côtes libanaises est ainsi vue comme une solution aux problèmes libanais. A l’issue d’un appel d’offres, le consortium mené par le français Total, le groupe italien ENI et les russes de Novatek remporte deux lots à explorer et exploiter en 2018.

Depuis le mois de février, les recherches ont été lancées dans l’un des lots des eaux libanaises. Fin avril, le ministre libanais de l’énergie annonce que les premières recherches révèlent des ressources insuffisantes pour une exploitation commerciale du puits. Les politiques libanais retiennent leur souffle, les multinationales aussi. Car pour Diana Kaissy, l’enjeu financier est important y compris pour les grands groupes pétroliers. “Le consortium s’engage à investir près de 112 millions de dollars dans la seule exploration des deux blocs attribués. S’il n’y a rien, les entreprises plient bagage et ne seront pas remboursées de cet investissement de départ. Cela laisse penser que ces grands groupes ont pris en compte ce risque avant de se lancer dans les recherches”. D’autant que la zone n’est pas neutre en termes géopolitiques, ce qui ajoute une difficulté et une incertitude à l’investissement de départ.

Le coût sécuritaire du gaz

Au sud du Liban, sur la ligne bleue, les troupes onusiennes de la Finul maintiennent un calme relatif entre le pays des Cèdres et Israël. Depuis l’occupation du sud Liban par l’armée israélienne à partir de 1982 et jusque dans les années 2000, les deux pays n’ont pas repris de relations diplomatiques. Au large des côtes, certains puits sont situés dans une zone contestée. Cette fragilité diplomatique est prise en compte par les multinationales.

En fonction des ressources des différents puits, un pourcentage des revenus d’exploitation est reversé à l’Etat libanais et le reste revient aux compagnies. Dans une zone comme celle de l’est de la Méditerranée, les tensions politiques et sécuritaires modulent les pourcentages. Ainsi, le bloc 4 actuellement exploré et situé vers Batroun, au nord de Beyrouth la capitale libanaise a été négocié entre 63 et 71% de revenus reversés à l’Etat libanais. Dans le bloc 9, proche d’Israël, dont 8% de la surface se trouve dans la zone disputée entre les deux pays, les pourcentages ont été fixés entre 56 et 61%. « Les compagnies prennent en compte le coût sécuritaire des forages », explique Diana Kaissy qui pense malgré tout que les gouvernements israéliens et libanais seront à termes forcés de négocier sur ce sujet là. “Le gaz ne connaît pas de frontières et l’un ou l’autre sera peut-être amené à puiser dans les réserves de son voisin au détour d’un puits”, précise l’analyste.

Coline Charbonnier
Article initialement publié le 4 juin sur le site de 15-38 Méditerranée.

Article en accès libre

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