Michel Samson vous présente
Sorties de crises

Accueil des réfugiés : retrouver quand même le sourire

Chronique
le 8 Juin 2021
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Alors que le déconfinement s'amorce, que garderons-nous de ces mois suspendus par la pandémie ? Le documentariste et auteur Michel Samson, a proposé à Marsactu de traquer les petits et les grands changements dans nos quotidiens qui pourraient bien laisser des traces sur le long terme. Une série de chroniques à découvrir ce printemps.

(Photo Michel Samson)

(Photo Michel Samson)

Lundi 20 h 30. Romain, l’animateur de Ramina (Réseau d’accueil des minots non accompagnés) attend devant le commissariat de Noailles sur la Canebière : c’est l’heure de la maraude quasi quotidienne que Ramina organise pour loger ces mineurs isolés que le département devrait loger sur l’heure. En 2020-2021, c’est là que ces maraudeurs ont rencontré l’essentiel des jeunes mineurs qui n’ont pas dormi dans la rue grâce à eux. Il retrouve dix mineurs, dont un nouveau arrivé à Marseille, il y a deux jours, qu’il ne connaît pas. Il demande à x et y, l’un de Guinée l’autre du Mali, s’ils sont d’accord pour être logés ensemble chez la même personne. “Elle habite près de la Plaine”. Il les y accompagnera. Avant d’embarquer chez lui ceux qu’il héberge “d’autant que ma colocataire est absente en ce moment”. Avant de venir récupérer un peu plus tard une très jeune Afghane, “elle avait vraiment l’air d’avoir 15 ans avec ses tresses…”. Confinement et sorties des confinements ? “En fait ça n’a pas changé grand-chose. Cette année on a logé, pour un ou quelques jours, près de 450 minots”.

Interrogés, les deux policiers devant la porte du commissariat qui ont dit à Romain qu’ils ne disposaient “d’aucune place ce soir” confirment : “Covid ? Confinements ? Rien, c’est toujours pareil, il y a toujours des jeunes à loger le soir”. J’insiste : “avec la sortie du confinement cela s’est-il ralenti ?”. “C’est toujours pareil je vous dis… !”.

Des batailles à venir

Jeudi soir 18 h, le Réseau Hospitalité – qui rassemble des acteurs et militants de l’accueil des réfugiés dans la région – se réunit au Théâtre de l’Œuvre. Première réunion publique depuis des mois grâce à la sortie – partielle – des confinements. Masques sur le menton, cigarettes, on se cogne les poings pour ces retrouvailles, quelques rares baisers. L’ordinaire de ces infatigables associatifs, mis à part que ce soir on observe plus de sourires que d’habitude.

La réunion devant une salle à peu près remplie de 50 personnes, confirme la chose : la question du logement reste majeure à Marseille et ces acteurs le soulignent à chacune de leurs interventions. Même s’ils disent que, durant les confinements, l’État a “un peu plus respecté la loi pour les sans abri et a repoussé les expulsions”, ils reprennent leur antienne : “Ce qu’on demande, c’est juste la loi. Qu’elle soit appliquée !”. Margot Bonis, du Réseau Hospitalité recense les questions, et annonce la suite : “Les batailles juridiques et ça, c’est long”.  “Les batailles sont futures”, reprend Christine de l’AFAS quand Romain rappelle le travail mené par Ramina.

Jean-Yves raconte alors comment l’Auberge marseillaise s’est créée durant la crise sanitaire “qui a stimulé nos réseaux”, assure-t-il. Sept associations différentes, qui agissent souvent pour, et avec des femmes en difficulté, se sont installées à leur manière dans le quartier de Bonneveine, devenu un “lieu d’expérience” qui héberge 60 femmes et enfants et font tout ensemble “la santé, les papiers, mais la cuisine – et ça aussi, c’est important”. Jean-Yves le souligne à sa manière un peu ironique : “On a constaté que l’accueil fait du bien, sans règlement intérieur, avec le principe d’horizontalité”. Cette Auberge créée si récemment va durer : encore une chose que la sortie des confinements ne va pas changer !

Retrouver l’énergie

À la fin de la réunion, Martine m’explique que les “réseaux ont continué, au premier confinement. D’autant que beaucoup de gens ont réalisé qu’il y avait des gens sans maison : ils les ont vus parce qu’il n’y avait plus personne dans la rue, sauf eux ! Et ça en a motivé certains. Mais on a aussi constaté des trucs : les gens dans la rue qui nous appelaient ne pouvaient plus le faire parce qu’ils ne pouvaient même pas recharger leur téléphone !”.

Ce qui restera de ces douloureux moments ? “Souvent les gens sont fatigués, ils n’ont plus la même énergie qu’avant, on verra”. Son amie est un peu plus optimiste : “Il y a eu un sursaut citoyen et on a fait des réunions mi visio/mi en présence qu’on va garder. Et puis ça a créé des connivences. Je crois qu’elles seront durables – d’autant que l’État en a profité parce qu’ils voyaient bien qu’on faisait ce qu’il ne veut pas faire”.

Bilan très subjectif de ce qui restera pour les associations à la sortie de la période ? En ressort une idée qu’avait soulignée Noémie, l’adolescente rencontrée lors de la première chronique : les questions climatiques, sociales, politiques n’auront pas beaucoup changé. Les difficultés resteront les mêmes. Certaines aggravées, pour les syndicalistes par exemple, qui craignent que le travail “en distanciel” affaiblisse leur indispensable travail quotidien d’implantation. D’autres identiques. À moins que les sourires des retrouvailles (“Enfin, ça faisait quand même longtemps !“) n’aident un peu ces acteurs à se remettre au boulot. En présentiel…

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