“Charclades” chez les opposants aux rejets en mer d’Alteo

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le 25 Avr 2016
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L'union sacrée contre Alteo entre les différentes associations de défense de l'environnement n'aura duré qu'un temps. Depuis sa médiatisation et l'arrivée de gros poissons dans l'affaire, les opposants locaux aux rejets en mer multiplient les altercations, au point d'en arriver à des "tartes dans la gueule". Une situation que tous déplorent tout en soufflant sur les braises.

“Charclades” chez les opposants aux rejets en mer d’Alteo
“Charclades” chez les opposants aux rejets en mer d’Alteo

“Charclades” chez les opposants aux rejets en mer d’Alteo

“Fous furieux”, “Tartuffes”, “traîtres”, “imposteurs”, les mots doux ne manquent pas chez les opposants aux rejets en mer d’Alteo pour qualifier… d’autres opposants. Depuis que l’usine d’alumine de Gardanne a obtenu une nouvelle autorisation de déverser au large des calanques une partie de ses résidus de fabrication, rien ne va plus chez ceux qui ont mené pendant des mois une vive campagne contre l’industriel. Ce combat a la particularité d’être porté par un panel d’associations et de collectifs locaux.

Les associations, sous la même bannière “Colère rouge”, avaient réussi à réunir un millier de personnes le 30 janvier pour ce qui était la première grande manifestation publique contre ces rejets en mer depuis les années 60. Deux mois et demi plus tard, ces mêmes associations annulaient du jour au lendemain une conférence de presse prévue à l’occasion du salon nautique de La Ciotat sans donner d’explication. Motif, bien évidemment pas explicité dans l’annulation : une altercation entre deux militants la veille.

“Deux tartes dans la gueule”

Ce 9 avril devaient intervenir aux Nauticales, réunis pour la première fois, Henry Augier, président de l’union Calanques Littoral, leur avocat Benoit Candon, Gérard Carrodano, premier prud’homme de pêche de la Ciotat, Rémy Carrodano (un homonyme), du collectif vigilance Gardanne Pays d’Aix, Alain Matési du Collect.if… Mais la veille, à ce même événement, Gérard Carrodano met “deux baffes” selon ses mots, “coups de poing” selon d’autres, à Gérard Rivoire, un autre opposant aux rejets en mer.

Ce poisson pêché par Gérard Carrodano a fait le tour des médias.

Cette photo de Gérard Carrodano a fait le tour des médias.

En cause : un billet de blog, publié quelques jours plus tôt. Mettant en cause Gérard (Carrodano), son titre est sanglant, “Ces faux écolos qui polluent”. Le second Gérard (Rivoire) soutient les écrits de l’auteur, l’avocat Benoit Candon, qui ne le signe pas. “On ne me dit pas que je suis un traître”, s’insurge le pêcheur au verbe haut, favori des médias (comme de Marsactu) ces derniers mois. Tout en assumant ces “deux tartes dans la gueule” et en admettant des “charclades”, il compare la situation à “une équipe de foot qui se bat avant les penalties. Ils me reprochent de travailler avec Olivier Dubuquoy, avec qui je bosse depuis cinq ans”. Autrement dit, celui qui parviendra à porter le recours gagnant remportera la visibilité et s’installera comme interlocuteur de poids.

Un certain nombre de protagonistes reprochent à ce géographe de Toulon, proche de Michèle Rivasi, d’avoir “décidé de prendre son indépendance”, comme le formule Alain Matési de Collect.if, au moment où le jeune homme co-fondait un mouvement intitulé Nation Océan en octobre sur des enjeux plus globaux de protection de l’environnement marin. Ils estiment qu’une pétition ayant recueilli 150 000 signatures sur la plateforme change.org leur a été confisquée. Explications : Olivier Dubuquoy a “récupéré” cette pétition contre les rejets en mer auprès de la personne qui l’avait lancée, avec son accord, alors que le texte avait dépassé les 40 000 signatures. Aujourd’hui, il en affiche plus de 150 000. “C’est moi qui l’ai fait monter à 150 000, se défend Dubuquoy. Ils me reprochent de vouloir me mettre en avant, c’est n’importe quoi.”

Deux campagnes de financement participatif

Si ces 150 000 signatures ont une telle importance, c’est que les deux “camps” ont lancé des campagnes de financement participatif pour des recours respectifs. Nation Océan et l’union des communautés des prud’homies de pêche de Méditerranée se sont ensuite alliées pour mener la bataille juridique contre Alteo, ayant recours à l’avocate spécialisée Hélène Bras, connue pour ses combats aux côtés de José Bové notamment sur les gaz de schiste. Ce dernier était d’ailleurs de la manifestation le 30 janvier, ainsi que la députée européenne EELV Michèle Rivasi. Leur présence sur l’estrade avait déjà fait tousser quelques uns des piliers associatifs locaux.

Le titulaire de la pétition dispose d’un moyen efficace de promotion de son action auprès d’un public a priori déjà acquis. La première collecte, “Colère Rouge”, a déjà atteint plus de 8 600 euros, sur un premier palier à 12 500 euros et un second, présenté comme véritable objectif, au double. Fait surprenant : Nation Océan, qui en fait la promotion sur les réseaux sociaux, n’est pas mentionnée parmi les porteurs de projet. “Nation Océan est avant tout un mouvement dont le nom n’est pas encore arrêté, explique Olivier Dubuquoy. On n’a même pas de compte en banque. Il nous fallait juste une structure porteuse reconnue”. C’est donc l’union des communautés des prud’homies de pêche de Méditerranée qui apparait sur la page de la plateforme Ulule.

Quelques jours plus tard, une deuxième campagne de financement participatif émergeait, portée par Collect.if et les collectifs Littoral. Publiée sur la plateforme spécialisée dans les recours juridiques CitizenKaze, son objectif est de 52 000 euros. Ce montant s’explique par la volonté de financer des “expertises” pour 30 000 euros, sur lesquelles doit s’appuyer la procédure juridique. Or la règle est toujours la même : si l’objectif n’est pas atteint, l’association n’obtient rien. Tandis que la première campagne bénéficie de soutiens médiatiques comme celui de Pierre Rabhi, la seconde progresse douloureusement avec à peine 280 euros récoltés. À la différence des associations nationales ayant rejoint, de leurs côtés, la bataille juridique, ni Nation Océan ni la fédération des prud’homies de pêche ni les collectifs citoyens ne disposent des moyens de financer seuls les recours et les services d’un avocat.

Qui monte à Paris ?

Certains des militants évoquent sans détour des dissensions liées tant à la stratégie choisie dans le type de recours et dans le mode de financement qu’à des inimitiés. “Il paraît que c’est courant sur ce genre de grands combats”, estime pour sa part l’avocat Benoît Candon qui précise qu’il “assume ce qu'[il] a écrit” dans le billet de blog qui a mis le feu aux poudres.  Ces tensions ne sont pas sans conséquence sur le choix des interlocuteurs avec les collectivités et surtout avec le ministère de l’environnement de Ségolène Royal, qui a contacté et écouté à plusieurs reprises des associatifs.

D’autant plus, qu’aux côtés des deux eurodéputés, les militants locaux ont vu débarquer fin 2015 des grosses ONG sur la question. La Ligue de protection des oiseaux et Sea Shepherd ont tous les deux annoncé le dépôt de recours contre les deux arrêtés pris par le préfet fin décembre. Ce combat qui jusqu’ici ne passionnait que quelques riverains et les défenseurs de l’environnement est devenu un enjeu politique culminant par un bras de fer entre la ministre de l’environnement et le premier ministre.

Jusqu’ici, ces associations locales avaient réussi à s’entendre plus ou moins pour lui parler d’une même voix. Cette mésentente est d’autant plus problématique que compte-tenu de la multitude d’entités, la représentation est souvent de mise. C’est aussi le cas au comité de suivi de site qui s’est tenu le 18 mars, où toutes les associations ne sont pas représentées. Lors de la première audience au tribunal administratif fin février, elles étaient toutes présentes pour soutenir les cinq parties civiles. Il risque d’y avoir bien moins de monde dans l’assistance à la prochaine, si tant est qu’un autre des recours parvienne à être financé.


Droit de réponse

Nous publions ci-dessous un droit de réponse de la part d’Olivier Dubuquoy au sujet de plusieurs passages de l’article.

« Jusqu’ici, ces associations locales avaient réussi à s’entendre plus ou moins pour lui parler d’une même voix. »

Il n’y a malheureusement jamais eu d’union sacrée entre les différentes associations contre la pollution d’Alteo. Il y a des initiatives et des individus qui se sont regroupés à différentes périodes autour de cette lutte, récemment de nouveaux venus ont semé la zizanie pour des raisons parfois politiques, des intérêts personnels et souvent pour une raison plus banale relevant de problèmes d’égos.

« L’arrivée de gros poissons dans l’affaire »

Les « gros poissons » il y en a toujours eu depuis 50 ans dans cette lutte (Bombard, Ricard, Lepage etc.). Ceux auxquels vous faites allusion (José Bové et Michèle Rivasi) sont là depuis qu’ils ont découvert cette pollution par mes soins en 2011 et sans eux il n’y aurait jamais eu de renaissance de cette lutte car personne n’arrivait à mobiliser suffisamment de monde et nous n’avions aucun fonds pour financer des analyses scientifiques qui nous été systématiquement refusées par l’Etat. Ces cinq dernières années quasiment aucun élu local ne s’est engagé à nos côtés au contraire on en a eu plusieurs contre nous, comme par exemple François-Michel Lambert.

« Un certain nombre de protagonistes reprochent à ce géographe de Toulon, proche de Michèle Rivasi, d’avoir “décidé de prendre son indépendance” »

Je ne suis pas plus proche de Michèle Rivasi que d’autres opposants et personne ne me reproche d’avoir pris mon indépendance pour la bonne et simple raison que je l’ai toujours eu, tout le monde le sait sur le terrain.

Un certain nombre de protagonistes reprochent à ce géographe de Toulon, proche de Michèle Rivasi, d’avoir “décidé de prendre son indépendance”, comme le formule Alain Matési de Collect.if, au moment où le jeune homme co-fondait un mouvement intitulé Nation Océan en octobre sur des enjeux plus globaux de protection de l’environnement marin. Ils estiment qu’une pétition ayant recueilli 150 000 signatures sur la plateforme change.org leur a été confisquée.

Si Marsactu m’avait posé la question en me disant qu’Alain Matesi osait raconter ce mensonge j’aurais répondu : « Ce monsieur est arrivé il y a moins d’un an sur cette lutte, en voulant à tout prix se mettre en avant dans les médias et auprès du ministère sans vraiment connaître le dossier il a crée de la confusion et a contribué avec d’autres à semer la zizanie au sein de la lutte contre les boues rouges. Quand je lui ai proposé de mutualiser nos différentes pétitions il a tout simplement refusé. »

Olivier Dubuquoy a “récupéré” cette pétition contre les rejets en mer auprès de la personne qui l’avait lancée, avec son accord, alors que le texte avait dépassé les 40 000 signatures. Aujourd’hui, il en affiche plus de 150 000. “C’est moi qui l’ai fait monter à 150 000, se défend Dubuquoy. Ils me reprochent de vouloir me mettre en avant, c’est n’importe quoi.”

Cette pétition c’est la personne qui l’avait lancée, Catherine Barre, qui me l’a proposé je ne lui ai rien demandé et ensuite grâce au soutiens d’artistes que nous avons sollicité tels que Sergent Garcia, les Ogres de Barback, No one is innocent, ou bien de José Bové, de Pierre Rabhi, de Michèle Rivasi et de tous les signataires : nous avons obtenu 150 000 signatures.

Nous avons aussi réussi à réaliser un crowdfunding pour nos actions en justice, nos détracteurs ont essayé de nous imiter mais n’ont même pas réussi à collecter 300 euros, comme le dit Gérard Carrodano leur crédibilité dans cette lutte est à la hauteur des dons qu’ils ont récoltés.

« Ils me reprochent de travailler avec Olivier Dubuquoy, avec qui je bosse depuis cinq ans » (Gérard Carrodano)

C’est une focalisation totalement inutile de la part de Marsactu qui a contribué à diviser cette lutte en médiatisant un non événement dont le public se moque. “Ils” reprochent beaucoup d’autres choses inintéressantes à Gérard Carrodano qui a mis une baffe a Gérard Rivoire au moment où il lui reprochait d’avoir été braconnier mais a nouveau c’est hors sujet et stérile, restons concentrés sur nos objectifs et soyons efficaces.

Marsactu prend acte de ces compléments de déclarations d’Olivier Dubuquoy concernant la mobilisation associative contre les rejets en mer d’Alteo. En revanche, le terme “arrivée de gros poissons” du chapo, faisait référence aux recours de la LPO et de Sea Shepherd, et non à l’histoire plus générale du mouvement. Contestée par Olivier Dubuquoy, sa “proximité” avec Michèle Rivasi se lit cependant dans l’historique qu’il déroule depuis 2011.

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Commentaires

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  1. CAN. CAN.

    C’est un combat qui est loin d’être gagné car si la cause est juste, les adversaires sont puissants.
    Le pragmatisme commanderait de veiller à l’atteinte de l’objectif et tant mieux si nombreux se mettent en branle pour autant qu’ils poursuivent la même finalité.
    Le risque serait que certains prennent le train en marche seulement pour torpiller le combat.

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    • 147 147

      Les adversaires sont puissants, certes, mais j’ai le sentiment qu’ils n’ont pas trop à forcer, tant l’adversité semble pitoyable. Non mais sérieux, quel pastis !!! Faut rester concentré pour lire l’article tellement c’est compliqué. Ce qu’on comprend, c’est que grosso modo, ils se battent tous pour la même cause, mais qu’ils sont incapables de se mettre d’accord. La caricature des écolos bien franchouillards, droits dans leurs bottes, prêts à se mettre des tartes dans la gueule pour je ne sais quelle divergence de positionnement. Et les mecs en arrivent à des aberrations, genre organiser 2 campagnes de crowdfunding en même temps !!! Sérieux ??? Se rendent-ils compte que, de l’extérieur, c’est incompréhensible ? Que c’est leur cause qui en pâtit ?

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  2. mrmiolito mrmiolito

    Sea ShepHerd… (en vo : berger de la mer). Merci pour eux !
    espérons par ailleurs que les gens ne se trompent pas trop longtemps d’adversaires : j’ai vu trop souvent des gens qui voulaient la même chose, s’opposer sur la méthode et y laisser une énergie précieuse…

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  3. Thomas Thomas

    Un peu fort de la part de ce monsieur d’accuser Marsactu d’avoir “contribué à diviser cette lutte en médiatisant un non événement”!
    Bien sur 2 baffes restent 2 baffes, à partir du moment où celui qui les reçoit ne porte pas l’affaire en justice, mais il y a bien un conflit entre les opposants. C’est le boulot de Marsactu d’en faire part et cela montre la difficulté du dossier, avec des adversaires qui sont effectivement puissants, et des conflits entre “gros et petits” chez les écologistes, qui ne font peut être pas plaisir mais qui existent.

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