Chambre avec vue sur squat, le calvaire des riverains du boulevard Moncada

Reportage
le 5 Août 2019
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Ils vivent dans un des rares immeubles encore habités du boulevard Moncada. Leurs voisins immédiats sont des squatteurs d'origine nigériane, contraints de vivre dans le plus grand dénuement. Ils désespèrent de voir évoluer leur situation malgré le projet Euroméditerranée qui avance.

Un migrant revient de la corvée d'eau,boulevard Moncada.

Un migrant revient de la corvée d'eau,boulevard Moncada.

Elle n’a de boulevard que le nom, cette artère désertée où les ateliers de mécanique côtoient les rares maisons encore habitées. Ici, l’opération d’intérêt national Euroméditerranée se déploie lentement dans son second périmètre. Elle y transforme le noyau villageois des Crottes dont le boulevard Moncada. Au numéro 25, les habitants vivent le revers d’un futur qu’ils n’estiment pas fait pour eux.

Leur immeuble jouxte le squat du 27. Depuis plus d’un an, ils vivent une promiscuité dont ils ne voient pas la fin. Farid Messaoudi, leur propriétaire, se débat pour tenter de trouver une issue à ce calvaire, jusqu’ici en vain. Le petit immeuble dont il a hérité et qu’il gère au titre d’une SCI familiale donne directement sur la cour de l’ancienne usine, transformée au fil des années en entrepôts, puis rachetée par l’établissement public foncier pour le compte d’Euroméditerranée. L’opérateur vient de lancer un appel à projets. Un des deux lots concerne cet endroit, censé accueillir des projets de logements atypiques.

Odeur épouvantable

Pour l’instant, l’atypisme tient plutôt à la grande précarité dans laquelle leurs voisins nigérians vivent au quotidien. Certains locataires de Farid Messaoudi ont leurs fenêtres qui donnent directement sur la cour intérieure, à cet endroit jonchée de détritus et de canettes de bière. La porte située de l’autre côté de la cour ouvre sur un vaste hangar dont le sol est entièrement couvert d’excréments. « L’odeur est épouvantable. On vit les fenêtres fermées », s’emporte Hakim Sergoua, père de trois enfants. Parti de la cité Consolat pour les éloigner du réseau, il se retrouve à vivre ce qu’il décrit comme un enfer. « Je suis obligé de les laisser chez mes parents. Vous n’imaginez pas le bruit. Ils font la fête jusqu’à tard, s’alcoolisent et ça finit en bagarre ».

Son voisin du rez-de-chaussée, Oualid Dellalou échange fréquemment avec ses encombrants voisins, pour tenter de limiter les désagréments. « Ils avaient bouché le tout-à-l’égout et ça remontait chez moi, raconte-t-il. Finalement, on a appelé une entreprise et on a curé dans les tuyaux à nos frais ». Outre les questions sanitaires, ils craignent de voir partir un incendie avec les fils tirés depuis le réseau public. Farid Messaoudi a contacté le service de prévention des risques de la Ville, la métropole et Enedis pour signaler les risques encourus.

Soupçon de prostitution et violences faites aux femmes

Tous se disent conscients que le vrai calvaire est vécu par ces demandeurs d’asile contraints de vivre dans de telles conditions. « Nous savons très bien qu’ils n’ont pas choisi de vivre ici, explique l’un d’eux. Mais nous n’avons pas à subir l’inaction de la police et de la préfecture qui ne font pas leur travail. Surtout qu’à la fin, ce sont les plus faibles qui prennent ». Ils visent en particulier les femmes qui vivent là et qui subissent des violences régulières ou sont contraintes de recourir à la prostitution sur le site voisin de Plombières.

Fatima Merabet-Bahou voit tout depuis son balcon : les batailles rangées entre bandes rivales, la violence subie par les femmes, parfois très jeunes. « En février ou mars, j’ai été témoin d’un fait grave, raconte cette aide-soignante. Une très jeune femme, de 12 ou 13 ans, enceinte de plusieurs mois, se faisait frapper par deux hommes. J’ai hurlé. Je suis intevenue et j’ai prévenue la police qui s’est rendu sur place ». Elle a eu le cran de dénoncer les agresseurs face à eux et devant la police. Sa déposition a été prise mais n’a rien su des suites de l’enquête. « La jeune fille a disparu et les violences ont continué », constate-t-elle, révoltée.

A chaque fois qu’elle est témoin de violences, elle intervient et prévient la police. Une fois des coups de feu tirés par un jeune garçon, une autre fois une femme frappée en plein visage. La police vient, intervient et rien ne cesse. « Le pire, ce sont ces femmes, très jeunes, mineures que je vois partir très tôt le matin et rentrer très tard le soir. Que font-elle ? Qui leur vient en aide? »

Associations prévenues

« J’ai appelé [les associations] l’amicale du nid, SOS Femmes battues, mais à chaque fois, cela n’a rien donné », regrette Farid Messaoudi. À les entendre, les appels à la police ne débouchent pas plus. Amina Houchene vit avec sa mère au dernier étage avec terrasse. Elle a surpris à deux reprises des jeunes gens sur celle-ci. « J’ai voulu porter plainte au commissariat Nord mais ils n’ont pas voulu l’enregistrer parce qu’il n’y avait ni vol, ni effraction. Mais ils étaient chez moi ! Qu’est-ce qu’ils attendent ? »

La porte de l’immeuble a également été forcée et le faux-plafond utilisé pour planquer de la drogue, assurent le propriétaire et l’un des locataires. Ils sont certains que du trafic « de cocaïne » a lieu chez leurs voisins. Durant notre présence, un jeune homme fera effectivement un rapide aller-retour à l’intérieur du squat sans qu’on puisse déceler la moindre transaction.

Expulsion non exécutée

Bagarres, trafic, violence et prostitution figurent bien dans le jugement du 6 novembre 2018 qui demandait l’expulsion des occupants sans droit ni titre. « Le propriétaire, l’établissement public foncier a fait diligence sur ce dossier, reconnaît Benjamin Valette, l’avocat de Farid Messaoudi. Et le tribunal se prononce sur l’expulsion en réduisant à deux semaines le délai qui est d’ordinaire de deux mois. Et il n’a pas non plus tenu compte de la trêve hivernale ». Mais ce jugement n’a jamais été exécuté alors que l’établissement public foncier a saisi la préfecture pour bénéficier du concours de la force publics. C’est sur cette décision implicite de ne pas donner suite à l’expulsion que le propriétaire étudie une voie possible de recours devant le tribunal administratif.

Après le bâtiment H du Kalliste (lire notre article) et le bâtiment A du parc Corot (lire notre article), les bâtisses vides des Crottes servent de zones tampons où l’État se défausse de son obligation d’offrir un toit sûr aux demandeurs d’asile. Alors que nous quittons le n° 25, un jeune homme file en courant à toutes jambes sous les yeux des locataires. Il est poursuivi par deux jeunes hommes armés d’un bâton et d’une béquille. Quelques minutes plus tard, ils reviennent essoufflés. « C’était un arobagar [un groupe mafieux], rage l’un deux. Il a essayé de me voler pendant mon sommeil« . En appui de ses dires, il fait défiler des photos d’hommes coiffés de casquettes ou bérets rouges qu’il conserve sur son téléphone. « Nous faisons circuler ces photos entre nous pour éviter une attaque… » Les locataires se regardent en soupirant. Ils en découvrent tous les jours.

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Commentaires

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  1. Piou Piou

    On vit dans une zone de non-droit, et les pouvoirs publics, financés par nos impôts, ne font rien et/ou se dédouanent de leurs responsabilités. Et les citoyens se laissent convaincre par ce discours d’impuissance, alors qu’il est de la responsabilité des autorités administratives de faire respecter l’ordre public (tranquillité, salubrité, sûreté, sécurité publiques). J’espère que les voies contentieuses permettront de rappeler à l’Etat et la Ville ses obligations en matière de maintien de l’ordre public et d’accueil des migrants.
    Et en passant : on ne peut pas vous refuser le dépôt de plainte. Si un agent de police se montre récalcitrant, demandez à parler à l’officier de police judiciaire, en général ça suffit pour que l’agent se souvienne qu’il n’a pas le droit de refuser d’enregistrer une plainte.

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  2. Rémi13006 Rémi13006

    Premier article lue et première bourde au bout d’un paragraphe …. Cela ne donne pas trop confiance envers votre journal. Monsieur Gilles avez vous pris au moins le temps de vérifier vos dire ? Le 27 boulevard Christophe Moncada n’est pas un squat … Mais un bureau partagé toujours ouvert …. Entre la photo présentée, l’homme qui part dans l’autre sens … Bref moi ça me fait peur …

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      notre journaliste n’a pas commis d’erreur, si ce n’est qu’il y a deux « 27 ». Sur la photo de l’article, on aperçoit en effet une enseigne « 27 », qui correspond au bureau partagé que vous évoquez. Mais si l’on suit le fil des numéros du boulevard Moncada, il se situe en fait avant le n°25 (autre enseigne blanche qui apparaît en arrière-plan sur la photo). Le n°27 « officiel » est bien le bâtiment qui suit.

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    • Rémi13006 Rémi13006

      Pourtant nous travaillons bien au 27 et référencé comme tel sur google map. il me semble important de le signaler ou de montrer « une photo plus juste ». des clients viennent nous voir, la photo peut désinformé. Merci pour votre réponse en tout cas 😉

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  3. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Que fait la police municipale ? Nos décideurs ont-ils oublié : »
    l’Article L2212-2 du Code Général des Collectivités Territoriales  »
    La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment :
    1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l’éclairage, l’enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l’interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ;
    2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d’ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d’assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique « ;

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  4. neplusetaire neplusetaire

    Il faudrait certainement filmer la réalité de ce qui se passe et balancer tout cela sur internet pour qu’il y ai un début d’intérêt. Je me suis toujours demandée si cela n’était pas prémédité de laisser pourrir la situation pour faire partir les personnes qui pourraient gêner dans la restructuration projets ANRU, EUROMEDITERRANEE. Abandon total des institutions.

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  5. ALIBI ALIBI

    Ben je crois que c’est tout à fait ça…
    Laisser moisir ou pourrir, au choix.
    Je me souviens de blindés sur le Vieux Port cet hiver (touristes où étiez-vous ?), des beaux garçons de la Police tout en armes de guerre pour faire reculer les horribles gilets jaunes qu’allaient nous mettre une révolution sur la gueule !
    Et là bd Moncada, c’est un peu plus désert. Où qui sont ? C’est les vacances, c’est la transhumance. Oh les gars.
    Non, non, non et non. Hier, j’en témoigne, y’avait tout un tas de cars de CRS pleins vers les 8h50. Qu’ont-ils fait ? Je ne saurais vous le dire me rendant au travail.
    Euroméd arrive à sa vitesse. Faut pousser les pauvres, ou pousser les pauvres les uns contre les autres, ou pousser les pauvres à pousser les pauvres, etc.
    La prostitution des nigérianes (y compris jeunes) c’est pas d’hier. Réveillez-vous, ça fait plus de 10 ou 15 ans qu’elles sont sur les trottoirs de l’Europe occidentale. Mais quand cette misère vient sous les fenêtres, c’est lourd d’en être les témoins au quotidien.
    Les hommes sur les chantiers à faire les soutiers (il faut s’interroger aussi sur qui les fait travailler pour une misère !!!) et les femmes à vendre leur corps (comment est-ce encore possible en 2020 ?)
    Un joli quartier Bougainville.

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