[C’est sa tournée] À Marseille, Macron parle « probité » devant ses encombrants soutiens

Actualité
Benoît Gilles
1 Avr 2017 9

Pour couvrir les déplacements des candidats à la présidentielle, Marsactu a choisi de les mettre sur la grille. Emmanuel Macron est passé au crible de ce nouveau format avec un meeting pugnace juste avant une visite au stade Vélodrome.

Le lieu, comme toile de fond voire comme prétexte. Dans une campagne nationale, la ville d’accueil des candidats n’est bien souvent qu’un théâtre. Pour couvrir la présidentielle depuis Marseille, Marsactu a choisi de les mettre sur la grille. À chaque déplacement, nous vous raconterons par le prisme de thèmes imposés leur venue. De passage à Marseille au lendemain d’un meeting de François Fillon à Toulon, Emmanuel Macron y tient le meeting « de la dernière ligne droite » avant d’assister au match OM-Dijon. C’est sa tournée.

La séquence

Entre soutiens plus ou moins bienvenus et attaques de tous bords, Emmanuel Macron se présente volontiers avec une cible sur le dos. Celle que les autres candidats voient puisque les sondages l’annoncent en tête, ou au coude à coude avec Marine Le Pen. « Mais ne les huez pas ! », exhorte-t-il depuis la scène du parc Chanot où il tient meeting. En ce premier avril, il est venu à Marseille « lancer la dernière ligne droite de sa campagne ». Une grande partie de son discours consiste donc à rendre les coups que ses adversaires, du Front national à Benoît Hamon en passant par François Fillon, n’ont pas manqué de lui asséner par média interposé. Il y a « le camp de la haine » du FN, le plus souvent cité comme « l’ennemi » tandis que les autres sont « des adversaires » – pas plus épargnés par les piques et les allusions.

Il veut rassurer aussi sur les soutiens que l’on présente en caillou dans la chaussure de son mouvement. Sans nommer Manuel Valls, il a souligné qu’« avoir des soutiens est toujours plus préférable que de subir des défections ». Il n’est donc ni « l’héritier, ni le traître » mais le recours contre « le tic-tac de l’alternance gauche-droite » avec, comme adversaire désignée Marine Le Pen. Sans crainte de faire sonner tous les clichés marseillais, « on craint dégun » hurle-t-il en début de discours.

Le cadre

« Meeting pluvieux, meeting heureux », tente Corinne Versini, l’animatrice départementale du mouvement En marche pour chauffer la salle. Pour sa réunion publique marseillaise, l’ancien ministre de l’économie a eu droit à une grève des taxis « opposés à l’ubérisation » qu’incarne le leader d’En marche et à la présence des identitaires de la Ligue du midi. Le tout sous une pluie qui essore les militants du mouvement postés tout le long du boulevard Rabatau pour rabattre les spectateurs vers une autre entrée du parc Chanot. C’est donc dans un hall inhabituel qu’ils ont installé une scène à la moquette d’un blanc étincelant et protégée d’une bâche. Le candidat doit y parler devant trois rangs de militants au t-shirts colorés, censés par leur diversité incarner « ces patriotes ouverts sur le monde » qu’il dit vouloir représenter.

Dans la partie gauche du hall, face à la scène, les invités « protocole » ont été placés. Il s’agit notamment des élus locaux qui ont affiché leur soutien à Emmanuel Macron ses dernières semaines. Certains, par la longévité de leur mandat ou les casseroles judiciaires qu’ils trimballent n’incarnent pas vraiment la volonté de renouvellement qu’affiche Emmanuel Macron. Hôte récent de gendarmes en sa mairie, François Bernardini est bien là tout comme le député Jean-Pierre Maggi, mis en examen dans un dossier connexe des affaires de l’ancien CG 13. On y trouve également plusieurs anciens alliés de Jean-Noël Guérini comme Michel Amiel, le maire des Pennes, Lisette Narducci, maire des 2/3 ou Yves Vidal, le maire de Grans.

Ils ont été tenus loin du carré central qui fait face au pupitre dont les visages peuvent être balayés par les caméras. « Nous sommes en République, ils sont libres de venir, comme ils sont libres de soutenir Emmanuel Macron, justifie Christophe Castaner, député socialiste et ancien candidat aux régionales, avant le meeting. Il y en a peut-être trois ou quatre qui ont ennuis avec la justice. Mais, vous savez à Marseille, ce n’est pas facile de trouver des élus qui n’en ont pas. Et puis cela n’entame en rien notre volonté de renouvellement. »

Dans la première séquence de son discours, très politique, Emmannuel Macron insiste à gros traits sur cette volonté de « renouvellement et d’alternance profonde » qui doit porter son élection et les législatives à la suite. Il insiste donc et envoie une petite phrase destinée à rassurer ses militants et calmer l’ardeur de certains soutiens embarrassants : « Je serai d’une exigence absolue pour gouverner et légiférer ». Plus loin, il développe : « Dans quelques jours nous allons dévoiler le nom des 577 candidats de notre mouvement pour les législatives. Pour moitié, ils seront composés de femmes et d’hommes du monde de l’entreprise, d’associations socio-culturelles, de professeurs, de retraités. Ils incarneront le renouvellement et le pluralisme. Pour l’autre moitié, ce seront des femmes et des hommes élus, des responsables politiques probes. Car nous défendons la probité qui est pour nous une exigence. » 

Corinne Versini harangue le public de Chanot.

Pris au mot

Les références à Marseille seront multiples et variées. Sans crainte d’éculer de vieux clichés, il enchaîne les hommages à « la porte de l’Afrique et de la Méditerranée », aux communautés qu’il égraine longuement. Il cite IAM à contresens avec « nous sommes nés sous la même étoile », qu’il refuse d’opposer à Pagnol et Giono dans une séquence consacrée à la culture au cours de laquelle il a salué le travail « d’ouverture des publics » menée par La Criée. Et puis, il y a l’OM bien sûr dont il a rejoint les travées à l’issue du meeting et qu’il soutient « parce qu’ils [l’] ont fait rêver un 26 mai 1993 ». Emmanuel Macron a coché toutes les cases du bingo marseillais.

Le comparse

Avant de venir au parc Chanot, Emmanuel Macron est allé rendre visite au président de région, Christian Estrosi. Le même qui, la veille, à Toulon s’est fait huer par les partisans de François Fillon réunis en meeting. Il n’y avait donc pas loin de voir en ce geste un coup de godille à droite après avoir engrangé des soutiens à gauche jusqu’au plus haut sommet de l’ancien gouvernement.

« Une visite républicaine », ont aussitôt évoqué les deux hommes dans La Provence. « Comme j’ai été républicain en me retirant lors de la dernière élection régionale et en lui permettant ainsi de l’emporter », grince Christophe Castaner qui affirme avoir lui-même organisé un entretien téléphonique avec Jean-Claude Gaudin, lors du premier déplacement de campagne à Marseille du candidat En marche, l’année dernière.

L’invitée surprise

Elles sont toutes une bande à patienter devant la coulisse en compagnie de Sofiane Zemmouchi. L’ancien socialiste est devenu un des personnages clefs du petit monde macroniste à Marseille. Il a réuni pour l’occasion un certain nombre de « mamans des quartiers ». Parmi elles, des figures connues comme Rachida Tir, militante multicarte, candidate sur la liste socialiste en 2014 et ancienne membre du collectif des quartiers populaires.

Rachida Tir et Soraya Larguem font un selfie avant le meeting.

Elle est venue avec plusieurs représentantes d’associations de quartier et sont installées au premier rang. Parmi elles, Soraya Larguem, elle aussi ancienne membre du collectif des quartiers populaires et élue dans le 2/3 sur la liste de Lisette Narducci. Emmanuel Macron les saluera comme « des mamans des quartiers » pour leur courage comme il saluera des « mamans de La Paillade » à Montpellier.

« En fait nous avons posté une vidéo cette semaine en réponse à Samia Ghali qui accusait les candidats de ne pas parler des quartiers, explique l’intéressée. Or, elle n’est pas la porte-parole des quartiers. Nous avons été repérées comme ça. Maintenant nous allons constituer un comité de mamans En marche comme à Paris. » Avant de rencontrer Emmanuel Macron dans les coulisses du parc Chanot, elles ont accompagné Brigitte Macron au cours d’une visite tenue secrète dans les quartiers Nord, la veille du meeting. Quand son mari s’engouffre rapidement dans les coulisses, cette dernière reste longtemps pour les selfies.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

La relance accélérée du PPP des écoles paraît mal engagée
En février dernier, le tribunal administratif décidait d'annuler la délibération actant le recours au PPP, partenariat public privé à un milliard d'euros, pour la...
Le cas Benoît Payan, point de crispation de l’union de la gauche marseillaise
Tout occupé à son union inédite et nourrie d'horizontalité, le mouvement pour un "rassemblement inédit" de la gauche se détourne pour le moment de...
Les dossiers chauds du conseil municipal du 16 septembre 2019
D'abord la foire de Marseille, fin septembre, puis la rentrée politique. Depuis vingt ans, le rituel est quasi immuable avec seulement deux conseils municipaux...
Soutenue par Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal espère éviter la « guerre des droites »
Le secret de polichinelle n'en est plus un. Après plusieurs mois de faux suspens, Martine Vassal a annoncé sa candidature aux élections municipales, vendredi...
L’étrange évacuation des habitants du 36 rue Curiol
"La Fondation Abbé-Pierre aimerait avoir des explications de Marseille Habitat sur le cadre légal de l'expulsion du 36 rue Curiol." En quelques mots mesurés,...
Plombé par un chantier coûteux, Artplexe délaisse l’art et l’essai pour le cinéma commercial
Il est le cinéma censé amorcer le renouveau de la Canebière. Artplexe, dont les travaux font face au kiosque des Mobiles, s'écarte soudainement de...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire