[C’est sa tournée] Mélenchon fait à nouveau de Marseille sa porte du sud

Actualité
Lisa Castelly
10 avril 2017 10

Pour couvrir les déplacements des candidats à la présidentielle, Marsactu a choisi de les mettre sur la même grille de lecture. Et c'est au tour de Jean-Luc Mélenchon de voir son meeting marseillais décrypté.

Le lieu, comme toile de fond voire comme prétexte. Dans une campagne nationale, la ville d’accueil des candidats n’est bien souvent qu’un théâtre. Pour couvrir la présidentielle depuis Marseille, Marsactu a choisi de les mettre sur la grille. À chaque déplacement, nous vous raconterons leur venue par le prisme de thèmes imposés. Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a pris sa place sur le Vieux-Port, entouré de quelques 70 000 militants selon le décompte opéré par ses troupes. « Très fatigué » selon la presse, « en pleine forme » selon son équipe, le candidat s’est contenté pour cette fois-ci d’un meeting d’une heure, sans autre rendez-vous connu à son agenda.

La séquence

À deux semaines du premier tour, la campagne se fait plus millimétrée : il s’agit d’attirer à soi les derniers votes indécis, sans faire de faux-pas. La candidature de Jean-Luc Mélenchon bénéficie de vents particulièrement favorables. Un sondage paru deux jours avant son étape marseillaise le place au coude-à-coude avec le candidat Les Républicains, tandis que son concurrent direct à gauche, Benoît Hamon continue de dégringoler. Sur France 2, le candidat du parti socialiste a même annoncé qu’il voterait Mélenchon au second tour si ce dernier passait le cap et pas lui, aveu de défaite annoncée, et presque une carte blanche tendue à ses électeurs. « Ils sont les bienvenus ! », a assuré avec un immense sourire Alexis Corbière, l’un des porte-paroles du candidat lors d’un point presse d’avant meeting. Mais les indécis ne viendront pas seulement de chez les socialistes, et ce n’est pas un hasard si le discours du jour a commencé par plusieurs attaques frontales contre Marine Le Pen, avec qui Mélenchon se dispute les votes contestataires.

Mais le discours de Marseille, forcément méditerranéen, est aussi une réponse aux critiques récentes sur la position de Mélenchon, perçue comme ambiguë dans sa condamnation de l’attaque chimique contre les rebelles syriens.

Le discours a donc été voulu comme celui où les choses seraient enfin claires. La paix – plutôt que la guerre interventionniste – en sera le thème principal, et l’occasion d’insister sur sa vision : « ni Poutine, ni Trump ».

Le cadre

Deux occurrences suffisent-elles pour parler d’une habitude, voire d’un rituel ? Car pour la deuxième fois, après un opération réussie sur les plages du Prado en 2012, Jean-Luc Mélenchon a fait de son meeting marseillais une étape symbolique, au bord de la Méditerranée, sur le Vieux-Port. La Méditerranée qui servira de point de départ au discours, prononcé face à 70 000 personnes, chiffrage maison des Insoumis. La Provence juge qu’il fallait plutôt compter 20 à 30 000 têtes, version plausible, car à chaque extrémité de l’esplanade du Vieux-Port (à gauche de l’ombrière, à droite de la grande roue et sur la Canebière), la foule s’espaçait pour devenir rapidement clairsemée. La pari d’un immense rassemblement de tous les militants du sud-est n’est donc pas complètement tenu. Mais Jean-Luc Mélenchon s’est une fois de plus offert des images superbes sous le soleil marseillais, diffusées sur tous les médias, avec une foule certes moins importante mais euphorique, qui a rugi de joie à chaque fois que le candidat estimait la victoire « à portée de nos efforts ».

Pris au mot

Dans ce discours de moins d’une heure, Jean-Luc Mélenchon, voit surtout en Marseille le point d’entrée vers les questions méditerranéennes. Cette Méditerranée « devenue un cimetière », « une fosse commune », dans laquelle s’échouent les migrants, et pour lesquels il fera observer quelques instants de recueillement. « Écoutez, c’est le silence de la mort », lance-t-il alors. Méditerranée, au bord de laquelle on trouve moult états en guerre et de souffrance. Il sera, au cours de cette heure, question de la Syrie – « Qui que ce soit qui ait utilisé les armes chimiques, ce sont des criminels et ils doivent être punis ! »- mais aussi de la Palestine, de l’Égypte ou encore de Gibraltar. Il répond ainsi aux critiques entendues du côté des partisans de Macron comme de Hamon, tout en englobant la question syrienne dans un tout méditerranéen.

En ce jour consacré aux rameaux dans le calendrier chrétien, le tribun de la gauche avait accroché à sa boutonnière un brin d’olivier, « l’arbre de la Méditerranée. L’olivier de la paix ! », qu’il souhaite accoler désormais au « Phi », symbole de la France insoumise.

De Marseille en tant que tel, il sera question par touches. « Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée », s’est souvenu Jean-Luc Mélenchon, référence au discours de 2012. Il s’en est donc tenu aux clichés communs. Marseille qui « a commencé il y a 2600 ans parce qu’une femme ici a préféré un immigré grec qui débarquait », Marseille, « ville qu’aucun nom ne pourrait jamais résumer », Marseille « insoumise pour toujours ». Clameurs de la foule.

La fixeuse

Un fixeur ou une fixeuse, c’est un personnage local qui aide un reporter ou tout autre étranger, à comprendre le lieu où il arrive et lui donne les bons tuyaux. Depuis son passage éclair en mars, Jean-Luc Mélenchon a à ses côtés une jeune femme détonnante : Sarah Soilihi. Plusieurs médias ont fait le portrait de cette Marseillaise qui monte. Ancienne porte-parole du socialiste Christophe Castaner, cette doctorante, diplômée de sciences pénales et championne de kickboxing a rejoint la France insoumise, dont elle est devenue « oratrice nationale », comme on dit en termes insoumis. Grandie à Frais-Vallon (13e) dans une famille originaire des Comores, la jeune femme est la seule oratrice à avoir eu le privilège de tenir le micro quelques minutes en ouverture du meeting. Mais uniquement pour chauffer le public. « Si les Marseillais se penchent vraiment sur notre programme, ils verront que les propositions sont faites sur mesure pour eux », espérait-elle avant de monter en scène.

Sarahi Soihili. (LC)

L’invité surprise

Annoncé quelques jours avant le meeting, l’invité surprise ne l’était pas vraiment, mais il a brillé par sa discrétion. Pierre Laurent, premier secrétaire du Parti communiste, était bien présent sur le Vieux-Port, entraperçu quelques instants aux abords de l’espace réservé aux journalistes, mais il est resté simple spectateur. Lors de La Marseillaise entonnée en fin de discours, ce sont des militants de la France insoumise qui ont fait leur apparition aux côtés de Jean-Luc Mélenchon. Une façon de mettre en avant le mouvement citoyen plutôt que l’ancien allié communiste du Front de gauche avec qui de fortes tensions persistent à propos des législatives à venir. Samedi, à la Plaine, militants communistes et insoumis annonçaient le meeting chacun de leur côté, avec des tracts aux sigles différents.

10
commentaires

A la une

Interne au sein du service de géronto-psychiatrie de l'hôpital Valvert, Alexia Frison-Ramard a choisi le syndrome de Diogène comme sujet de thèse de doctorat. Pendant un...

Diogène est parfois votre grand-père, votre voisine ou un oncle lointain qui entasse et ne jette rien au point de risquer d'être enseveli sous les déchets. Marsactu vous offre une plongée en trois épisodes à la découverte de ce syndrome qui hante nos rues. L'histoire commence dans un banal immeuble du 5e arrondissement. Une fuite d'eau amène les habitants sur la piste de la manie d'entassement de leur voisine et sur l'impasse institutionnelle et juridique pour tenter d'y mettre fin. Elle se poursuit avec le quotidien de Christophe Di Pietro dont l'entreprise est spécialisée dans le débarras de l'extrême : appartements encombrés de déchets ou de collections d'objets qui virent à la submersion. Enfin la psychiatre Alexia Frison-Ramard a choisi ce syndrome comme sujet de sa thèse de doctorat. Elle détaille le mode de prise en charge des patients âgés qui développent ces symptômes.

La série d’articles consacrée aux résidences fermées a été réalisée en partenariat avec une équipe de chercheurs du Laboratoire population environnement développement (LPED) de...

L'odeur vient comme un avertissement. L'immeuble est banal. Une copropriété du centre-ville de Marseille, sans grand luxe, ni marque d'indignité. L'ascenseur est capricieux. Mieux...

Personne n'est venu ce vendredi au tribunal administratif pour représenter les sociétés du groupe SMA, pas plus Alexandre Guérini, son fondateur, que son principal...

Dans la matinée du 10 mai dernier, un inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes se présente au...

Abonnez-vous pour voir les commentaires.

  1. corsaire vert corsaire vert

    bravo Méluche ! RV au 26 avril et au 7 mai !

    Signaler
  2. barbapapa barbapapa

    Vive Lénine, Staline et Poutine !

    Signaler
  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    70 000 personnes présentes ? Dont combien à la nage dans le Vieux-Port ? http://tinyurl.com/my26ysj

    C’est un peu lassant, à la longue, ce concours de la b… la plus longue.

    Signaler
  4. stephane rio stephane rio

    Je ne connais pas le nombre de personnes présentes à ce meeting. Mais j’ai entendu un discours d’une très grande tenue sur les questions internationales avec une logique : revenir à une démarche de paix par le dialogue, la coopération, l’entraide. J’ai entendu aussi un discours qui met au centre de la réflexion et de l’action la paix, le peuple, les travailleurs, la solidarité et l’écologie. J’ai entendu un discours de l’avenir qui rompt avec les extrêmes de la haine et de l’exclusion et les extrêmes de la finance. J’ai entendu un homme d’une grande culture et d’une grande humanité qui appelle à se révolter contre la misère et les insupportables inégalités. J’aimerais aussi que la presse traite du fonds des discours ! La démocratie y gagnerait…

    Signaler
    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      Bonjour,
      nous espérons ne pas avoir fait un traitement superficiel de cet événement, en évoquant le cadre mais aussi les grands axes du discours. En revanche, sur les questions internationales, Marsactu, journal 100% local ou presque, se reconnaît incompétent et laisse ce travail à d’autres confrères spécialisés…

      Signaler
    • julijo julijo

      Je suis pleinement de votre avis. Le contenu du discours a été d’une très grande tenue, et les rugissements de la foule n’appuyaient pas des propos provocateurs, ou incendiaires, mais prouvaient un assentiment profond avec les propos clairs du candidat.
      C’est quand même une façon différente d’aborder les choses. Très enthousiasmant parce que profondément humain. A voir et à revoir sur de nombreux medias…il vaut vraiment le coup. La minute de silence en hommage aux migrants morts en méditerranée…c’était pas rien.

      C’est quand même aussi le seul candidat qui pour conclusion peut utiliser un poète grec et cite un poème sur la paix …ça rend heureux.

      Enfin je suis ok avec Lisa Castelly. Vos « c’est sa tournée » ont tous été sobres, explicatifs et très agréables à lire. Je ne vous crois pas incompétents en politique internationale (les « spécialistes » dans ce domaine racontent souvent n’importe quoi), mais je pense que l’essentiel à été dit dans votre article.

      Signaler
    • leravidemilo leravidemilo

      Certes Lisa, on connait la réponse mais ,comme beaucoup d’entre elles, elle renvoie à d’autres questions. A l’heure du penser global et du faire local d’une part, mais également sur le fait que » l’ancrage » local n’induit pas forcément d’antagonisme, entre le fait de jeter l’ancre (à l’estaco ou au vieux port) et de larguer la voile. Ces questions continuerons leur route, et croiserons souvent celle de Marsactu…

      Signaler
  5. Manipulite Manipulite

    Très déçu par le fond du discours. Si la paix est celle de Poutine, je n’en veux pas. On a vu ce qu’ a donné l’inaction d’Obama en Syrie. Les martyrs d’Alep , de Mossoul l’ont payé cher. La paix on peut en parler sur le Vieux Port mais ailleurs on attend des actes même s’il faut en passer par des actes de guerre contre des dictateurs.

    Signaler
    • leravidemilo leravidemilo

      Bonjour. Les martyrs de Mossoul, passé et en cours (c’est pas fini) sont bien d’avantage les victimes de l’activisme des states (en l’occurrence de Bush Jr) que de leur inactivisme (celui d’Obama), Puisque le le projet (et l’espace) du califat sont la conséquence très directe de la guerre « préventive » de 2003 pour des armes de destructions massives non pas rêvées ou fantasmées, mais simplement inventées; conséquence directe également de la gestion par les states de leur «  »victoire » » avec le licenciement direct des fonctionnaires irakiens et donc des militaires; les cadres militaires de l’armée de saddam, on le sait, ont constitué l’ossature de daesh, d’où l’ampleur de ses succès militaires (ils ont par exemple pris la région de mossoul et la ville en…4 jours!). Les martyrs d’Alep sont également, et en grande partie, la conséquence indirecte de la même guerre « préventive », par l’espace ainsi ouvert et à daesh, et à ses concurrents/associés el quaïda al nosra al cham et consorts… La pax américana n’est guerre meilleure que leur guerre.
      La paix ne sera pas la paix poutine ni trucmuche, car pour la faire, il faut être plusieurs , et de préférence nombreux, et c’est le propre des guerres de n’avoir pas de dates de fermetures, alors qu’il est toujours aisé de déclarer la chose ouverte, que ce soit pour « importer la démocratie « ou exporter du pétrole… Au final toutefois, quand on comptera les points, poutine ne sera pas si mal placé dirait on, car tout le monde peut s’accorder à dire, même si on l’oubli, que faute de cette intervention, au moment N, daesh, al nosra et consorts étaient à damas dans le semaine…Et les négociations s’annonceraient alors bien plus problématiques que ce n’est déjà le cas…

      Signaler
  6. leravidemilo leravidemilo

    Peut être conviendrait il de souligner la part de lucidité et de courage politique qu’il y a à consacrer (quasi) entièrement, un meeting à quinze jours du 1èr tour, à la politique étrangère, qui on le sait, n’a jamais trop mobilisé les français (les 10 ans en sarkhollandie l’ont encore rappelé). Pour parler de paix, de coopération, de diplomatie plutôt que d’expéditions aventuresques et sentant bon le sable chaud, (jusqu’au colis retour). Pour parler des réfugiés, des migrations en général, sans oublier d’évoquer et de caractériser leurs causes.Pour parler aussi, à propos de la mare nostrum, de son état de pollution et des coopérations à installer pour arrêtez les frais en la matière… De trouver quelques symboles simples et parlant pour souligner le propos : La foule face à la méditerranée et le candidat adossé; La minute de silence pour les noyés de la mare nostrum; Le rapport à la ville et à son peuplement; le fait que le métissage soit inscrit dans son mythe fondateur de Phocée et Pimprenelle; que les premiers textes écrits circulant en métropole étaient grecs à l’encontre de nos descendants les gaulois; D’en profiter pour parler non pas que de la poésie grecque, mais également de la situation faite au peuple grec par l »u. ».E et la troïka, et de ce que cela annonçait pour la suite du scenario… Et je n’aurais, personnellement rien contre le fait que les 10 autres candidats arborent le rameau d’olivier, même dans la pochette de costumes sur mesure, sarhollande étant virés avec valls et quelques autres… J’ai donc le sentiment d’avoir assisté/participé à un moment politique pas très courant et en tous cas pas banal, dont j’espère que le message passera la rampe, quelque soit le résultat électoral.

    Signaler

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire