[C’est sa tournée] À Chanot, François Fillon convoque l’héritage gaulliste

Reportage
Julien Vinzent_
12 Avr 2017 5

Dix jours après le passage dans la même salle qu'Emmanuel Macron, François Fillon en meeting lui a répondu sur sa vision de la France, de ses "communautés" et d'un "prétendu melting-pot" en évoquant "l'âme de la nation".

Le lieu, comme toile de fond voire comme prétexte. Dans une campagne nationale, la ville d’accueil des candidats n’est bien souvent qu’un théâtre. Pour couvrir la présidentielle depuis Marseille, Marsactu a choisi de les mettre sur la grille. À chaque déplacement, nous vous raconterons leur venue par le prisme de thèmes imposés. Mardi, François Fillon était de retour à Marseille, un peu moins d’un mois après sa visite surprise post-mise en examen ponctuée d’un meeting à Pertuis (lire notre récit).

Le cadre

Avec ses partisans, les quelques lecteurs sélectionnés par La Provence auront été les seuls à pouvoir croiser François Fillon. Comme pour d’autres candidats dans cette dernière ligne droite, son étape marseillaise se résumait quasiment à un meeting. Loin de la touffeur un brin désordonnée de la salle des fêtes bondée de Pertuis, le palais des événements du parc Chanot alignait ses rangées de chaises, tenues à distance par des barres fixées au sol. Si la jauge ainsi délimitée a été atteinte, 5000 personnes selon Jean-Claude Gaudin, l’ambiance n’a pas vraiment décollé lors des discours du maire et de la présidente du conseil départemental Martine Vassal, entourés de parlementaires de la région.

Notablement plus enthousiastes pour les deux orateurs suivants, les fillonistes fidèles Valérie Boyer et Guy Teissier, l’assistance a permis à François Fillon de s’offrir un long bain de foule en fin de meeting. Parmi elle, de nombreux porteurs de t-shirts « Guy Teissier avec Fillon » et toute une délégation de « Femmes avec Fillon », dont l’adjointe Catherine Chantelot qui finira par monter embrasser le candidat sur l’estrade.

L’invité surprise

Son agenda officiel de président du Sénat était vide pour ce mardi et ses profils sur les réseaux sociaux sont restés muets. Après une visite à Château-Renard dans l’après-midi, Gérard Larcher était bien là au parc Chanot, pour soutenir François Fillon. Un soutien résumé à sa présence, saluée par plusieurs orateurs et qui a inspiré à François Fillon un aparté dans son discours. En tant que président du Sénat, peut-être devrait-il remplacer François Hollande, comme le prévoit la Constitution, ce dernier semblant « empêché ». « Où est-il quand la révolte gronde en Guyane ? Où est-il quand Fleury-Mérogis et les prisons sont en ébullition, quand il y a un climat de quasi guerre civile à Grande-Synthe? Il n’y a plus d’État à la fin de ce quinquennat ! »

Pris au mot

Le chef de l’État n’étant pas candidat, c’est à Emmanuel Macron, présenté avec force sobriquets comme son successeur, que les orateurs du soir avaient semble-t-il décidé de répondre. En particulier à sa vision déroulée le 1er avril à Chanot. « Devant moi, contrairement à Emmanuel Hollande, (…) je ne vois pas des Espagnols, des Marocains, des Italiens, des Tunisiens, mais je vois des Français, de toutes couleurs », a lancé Valérie Boyer, préparant le terrain pour son candidat.

À Marseille, dont les élites politiques, y compris le maire Jean-Claude Gaudin, vantent souvent la « coexistence des communautés », François Fillon est venu dire que « la nation a une culture propre, elle a une âme. Elle n’est certainement pas un archipel de communautés qui voisineraient dans l’indifférence ». Quinze minutes plus tôt, il regrettait déjà que là où « autrefois le brassage fonctionnait, les étrangers devenaient plus Français que les Français », on ne trouvait plus qu’un « prétendu melting-pot » qui « crée des fossés, nous désunit. Au regard de nos difficultés économiques, l’immigration doit être réduite à son strict minimum ».

Revoilà donc la réponse à  Emmanuel Macron et son discours de Chanot : « Lui qui n’aime guère que sa filiation à François Hollande soit mise dans la lumière a été jusqu’à s’inspirer d’un discours de campagne tenu par le candidat Hollande en 2012 à Marseille. Comme lui, il a notamment cité une à une les nationalités qu’il estimait représentées dans la salle, dans la plus pure tradition du clientélisme du parti socialiste. Eh bien moi je ne vous parle pas de vos origines, ni de votre religion, ni de votre passé : cela relève de votre histoire personnelle, de vos convictions intimes. Seul compte ici ce qui nous rassemble et fait notre fierté commune : c’est notre qualité de citoyens français. »

Et de puiser dans un discours « à Marseille et à l’Outre-mer » prononcé par le général de Gaulle le 29 septembre 1958. Au lendemain du référendum sur la Constitution, qui instaurait la « Communauté française » avec les anciennes colonies, mais aussi un mois après l’attentat du FLN contre un dépôt de carburant à Mourepiane, de Gaulle avait vanté « un peuple qui s’est aperçu, au milieu du monde dur et difficile où il est, que ce qu’il avait de mieux à faire c’était de s’affirmer comme fort, comme uni, comme résolu et comme un peuple qui veut être respecté. »

La séquence

De ce rappel historique à la séquence électorale, il n’y eut qu’un pas et quelques phrases, les toutes dernières du discours. Désormais devancé par Jean-Luc Mélenchon dans certains sondages, François Fillon a conclu par une autre référence combative : « On essaiera de vous dicter votre choix avec les sondages. On vous intimera de renoncer comme si le vote était déjà fait. Et jusqu’au dernier instant, vous vous battrez. Vous vous battrez parce que vous êtes les militants de la France. Vous vous battrez parce que sans l’enthousiasme des Marseillais, jamais le chant de l’armée du Rhin ne se serait appelé « la Marseillaise ». »

Auparavant, il avait fait du candidat de la France insoumise une cible nouvelle, au même titre que Marine Le Pen. « Ça n’est pas avec le programme communiste de Monsieur Mélenchon et le retour au franc de Madame Le Pen que l’économie française va redémarrer. Ces gens-là mon cher Jean-Claude veulent nous faire croire que “c’est la sardine qui a bouché le port de Marseille”. Cela n’est pas sérieux. » Lequel Jean-Claude aurait pu le mettre en garde sur le fait que l’expression évoque en réalité un naufrage. Nous saurons dans 12 jours qui seront les naufragés du premier tour.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

[Ô mon bateau] L’astuce risquée du « 51/49 » pour récupérer une place au port
51/49. Le terme sonne comme une astuce, de celles qui se soufflent d'un air entendu sur les forums de voileux. Et en apparence c'en...
Comment le Mucem s’est retrouvé sur le maillot de l’OM
Un terrain de foot sur le toit du Mucem. L'image est un peu inhabituelle. Pour sa deuxième année comme équipementier de l'Olympique de Marseille,...
Saïd Ahamada (LREM) tente de sortir du peloton sur la route des municipales
Saïd Ahamada ne veut plus attendre. Mercredi, le député LREM de la 7ème circonscription des Bouches-du-Rhône et candidat à l'investiture de son parti pour...
L’État remet à plus tard le sauvetage de l’étang de Berre au bord de l’asphyxie
"Faut-il réhabiliter l'étang de Berre ?". Alors que l'état alarmant du site ne fait plus de doute (lire notre article), l'État vient de remettre...
L’éditorial de FOG qui fâche Bruno Gilles… et les journalistes de la Provence
Au sein des colonnes de La Provence, la plume de Franz-Olivier Giesbert, alias FOG, directeur éditorial du titre depuis 2017, va et vient avec plus...
Travaux ferroviaires sur la ligne Marseille-Aix : « modernisation » ou « projet dément » ?
Les voyageurs entre Marseille et Aix, et au delà vers les Alpes, verront-il un jour un service cadencé, à la régularité irréprochable comme cela...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire