Boues rouges : tout est filtré même les données

Actualité
le 7 Fév 2017
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La commission de suivi de site de l'usine d'alumine de Gardanne s'est réunie pour la quatrième fois la semaine dernière. Des rapports y sont à chaque fois présentés tant sur l'impact des rejets ou des poussières. Des documents et des comptes-rendus qui ne sont toujours pas consultables par le grand public.

Les poussières issues du site de stockage de boues rouges séchées d’Alteo affectent-elles la santé des riverains ? Alerté par certains d’entre eux et par le maire de Bouc-Bel-Air, un service d’enquête du ministère de la Santé a mené des investigations autour de Mange-Garri. Les résultats des recherches étaient annoncés pour fin 2016. Ils ont finalement été présentés lors de la quatrième commission de suivi de site d’Alteo qui se tenait jeudi en préfecture. Ce groupe de contrôle, dont la création était prévue dans le renouvellement de l’autorisation de rejet en mer de l’industriel, rassemble cinq collèges dont des élus, des riverains, des membres d’associations, des salariés d’Alteo et sa direction et des services de l’État.

Avec le comité de surveillance et d’information sur les rejets en mer (CSIRM) – composé de scientifiques – la commission de suivi de site avait été présentée par l’État comme une instance de transparence tant des résultats sur les rejets en mer que sur les différentes études menées autour de l’activité de l’usine d’alumine de Gardanne. Problème : ce qui se passe en préfecture reste en préfecture, ou presque. Surtout, les données exposées sont réservées aux seuls membres et non mises à disposition du public.

« Clore la démarche »

Qui dit opacité ne dit pas forcément silence. En témoignent les photos de quelques conclusions postées sur Twitter par le député écologiste François-Michel Lambert (UDE, ex-EELV). Concernant l’étude sanitaire, il publie la photo d’une page, l’avant-dernière, expliquant que « l’investigation mise en place n’a pas permis de confirmer l’existence d’un agrégat de pathologies non infectieuses autour du site de stockage […] Il a donc été décidé de clore la démarche d’évaluation autour de ce signalement ». L’élu, qui a toujours été en faveur de la poursuite de l’activité de l’usine, distille les informations comme des bons points pour prouver l’ampleur des efforts que l’industriel fournit à ses yeux. Ce dernier, dans un communiqué le lendemain de la commission, synthétisait : « Le CIRE Sud/Santé Publique France [le service d’enquête, ndlr] a confirmé l’absence d’impact des résidus de bauxite sur la santé des riverains ».

Comme à chaque commission de suivi de site, la préfecture a fait pour sa part une brève synthèse des sujets abordés. Sur Mange-Garri, elle écrit dans ce communiqué que « les experts en santé concluent à l’absence de pathologie spécifique liée au site. L’étude sera présentée au prochain comité de riverains de Bouc-Bel-Air. A la demande du préfet des Bouches-du-Rhône et de Roger Meï, maire de Gardanne, d’autres études vont être menées par la CIRE Sud sur un périmètre élargi à la commune de Gardanne ». Ni la présentation faite ce jour-là ni le rapport en lui-même ne sont accessibles pour l’heure au grand public mais Marsactu a mis la main dessus.

Or, leur lecture (voir ci-dessous) est loin d’être dénuée d’intérêt sur la méthodologie adoptée. On y apprend notamment que 198 foyers ont été « sollicités (boîtes aux lettres) » et que « 20 questionnaires [ont été] complétés (46 personnes) ». Les médecins ont également été interrogés avec une « difficulté à estimer si certains pathologies [sont] en excès (pas de référentiel) » et « pas d’augmentation des allergies cancéreuses et respiratoires ». Ni l’ARS ni Santé publique France n’ont donné suite à nos demandes d’explication sur ces résultats.

« Meilleure information du public »

La question de la publication des éléments présentés lors de ce rendez-vous est récurrente. En septembre, alors qu’Alteo avait été mise en demeure de respecter les valeurs dérogatoires qui lui sont imposées, c’est lors de cette commission qu’était attendue la décision de levée ou non de l’ultimatum. Interrogé à la sortie, le préfet annonçait la régularisation imminente. L’absence de mise en ligne des données dans leur intégralité interroge alors que l’arrêté de création de cette nouvelle entité se basait sur l’impératif « d’assurer une meilleure information du public sur le fonctionnement de ces installations ». Lors de ces commissions, les services de l’État présentent en détail les résultats issus de leurs contrôles inopinés, en parallèle de « l’autocontrôle » d’Alteo qui expose lui aussi des courbes. Mais seules quelques bribes filtrent.

« Je ne parlerai pas d’absence de transparence, commente Christian Guillaume, qui siège pour l’Union Calanques Littoral. Mais dans ses communiqués, le préfet ne dit rien des contestations qui ont été faites lors des séances ». Il reconnait cependant qu’au fil des séances, une amélioration s’est faite sur la transmission des documents avant les rendez-vous.

Là encore, l’absence de publication de ces présentations est dommageable. Alors que la préfecture annonce que « ces résultats respectent les valeurs limites de l’arrêté préfectoral du 28 décembre et se rapprochent des valeurs limites fixées pour 2022 », le tableau que le député prend en photo comporte des « cases rouges » lors des derniers contrôles inopinés où certaines valeurs n’étaient pas dans les clous. À titre d’illustration, voici la présentation faite par les services de l’État lors de la 3e réunion :

À la différence du comité scientifique qui dispose d’un espace en ligne sur le site du parc National des calanques pour mettre en ligne des documents, tel n’est pas le cas, étonnamment, pour la commission de suivi de site où échangent élus, riverains, services de l’État et industriel. Ou alors il est suffisamment bien caché pour que personne ne le trouve. Il était pourtant prévu dans l’arrêté que cette dernière « met régulièrement à la disposition du public, éventuellement par voie électronique, un bilan de ses actions et les thèmes des prochains débats ». Chaque réunion fait pourtant l’objet d’un compte-rendu précis, signé par le préfet, rappelant en précision les différentes questions et réponses.

Bien que signé deux mois après, sa mise en ligne, accompagnée des différentes présentations, permettrait déjà au public d’avoir accès à une documentation bien plus riche que les différents satisfecit communiqués.

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