Bruno Gilles et Sophie Camard s’essayent au débat des municipales avec un an d’avance

Actualité
Lisa Castelly
11 Fév 2019 9

Invités à débattre autour de la question "Où va Marseille", le sénateur LR et la suppléante de Jean-Luc Mélenchon ont esquissé chacun les premières lignes des programmes qu'ils pourraient défendre lors des municipales.

« Tu as peut-être les finalistes de la municipale sur ta photo… sur un malentendu ! ». La boutade est lancée par le sénateur LR Bruno Gilles, alors qu’il prend la pose aux côtés de Sophie Camard, députée suppléante de Jean-Luc Mélenchon, pour conclure deux heures d’un débat plutôt tranquille. La scène a lieu dans le restaurant de l’Union nautique marseillaise, cadre splendide de régulières rencontres de l’association des anciens élèves de Sciences Po Aix, Science Po Alumni. Pour aborder la thématique du jour, « Où va Marseille ? », les organisateurs ont invité deux personnalités amenées à jouer un rôle dans la campagne municipale à venir. Mais quel rôle exactement ? L’un comme l’autre sont aujourd’hui prêts à la bataille des municipales, mais dans une position d’outsider un peu forcée.

« Bruno Gilles et moi, on est un peu dans des positions parallèles, moi avec Mélenchon, lui avec Vassal », reconnaît Sophie Camard. La suppléante du chef de file de la France insoumise sait que le rang qu’elle occupera dans les listes électorales dépendra du choix de ce dernier de se présenter ou non à Marseille. De la même façon, candidat déclaré depuis des mois, Bruno Gilles doit démarrer sa campagne avec l’ombre de plus en plus pesante d’une présidente du département et de la métropole, issue de son propre camp, qui ne cache pas son appétit pour le siège de maire de Marseille.

« Un tour de chauffe »

« On est là pour faire avancer le débat sans être forcément le candidat définitif, on fait un peu un tour de chauffe. Je serai candidate, c’est sûr, après il faut juste trancher n°1, n°2, n°3, liste de secteur… Quoiqu’il arrive parler de Marseille, je le ferai de toute façon », sourit la première, qui, interrogée à la tribune, botte en touche et met en avant la nécessaire co-construction de la future liste.

Bruno Gilles est plus ferme sur ses ambitions. La veille, Laurent Wauquiez, patron national Les Républicains a tressé des louanges à Martine Vassal sans un mot pour le seul candidat déclaré à Marseille, président de la fédération locale. Qu’importe, il n’est pas seulement « le candidat d’un parti » et affirme qu’il ira jusqu’au bout de sa campagne. Pour l’un comme l’autre, l’occasion de ce huis-clos chaleureux, entre anciens élèves, vieilles connaissances et patrons influents, est en tout cas accueillie avec plaisir.

« Qu’on n’aseptise pas Marseille »

Invitée à ouvrir la séance, Sophie Camard esquisse volontiers les grands axes qu’elle entend défendre aux municipales. Comme point cardinal : « les valeurs humaines et culturelles ». « Le préalable au développement économique, c’est la culture et l’éducation, et ça, c’est la compétence de la Ville », avance l’ancienne vice-présidente de région. Et comme levier d’un « redressement » de Marseille, « la construction et le logement ». « Mais pas n’importe comment, pas du tout-technologique, pas du tout-bétonnage. Qu’on n’aseptise pas Marseille ». Plaidant pour réunir « la Castellane et la place Castellane », Sophie Camard évoque la « grande pauvreté » et les quartiers « en situation presque humanitaire ».

Comme préalable à son intervention, elle revient sur les effondrements de Noailles, elle salue « la force positive » et le « bouillonnement citoyen » qui les ont suivis. « C’est positif que dans cette ville il n’y ait plus ce sentiment de résignation ». Dans la salle, les convives se dissipent vite, et malgré un discours déterminé, notes en main, le bruit des fourchettes sur les assiettes couvrent parfois les déclarations politiques.

« Aucun sujet tabou »

Bruno Gilles, a, pour sa part, déjà eu l’occasion de dévoiler ses pistes de réflexion. Se référant à « l’esprit » de MP2013, année de la capitale culturelle, il plaide pour « effacer les clivages ». Le patron des LR locaux entend désormais rassembler au delà de son camp, et ne veut « aucun sujet tabou »« Je suis élu depuis 22 ans, je suis bien placé pour savoir ce qu’on a fait et pas fait », lâche-t-il, comme pour roder un de ses arguments de campagne à venir. Et poursuit, dans la tonalité un pied dedans, un pied dehors, qu’il utilise depuis plusieurs mois vis-à-vis du bilan de Jean-Claude Gaudin. « Marseille a évolué, la carte postale a évolué, mais est-ce que tous les Marseillais ont profité de cette carte postale, est-ce qu’on n’a pas trop travaillé pour Marseille et pas assez pour les Marseillais ? », interroge-t-il, avec dans son dos la vue panoramique sur le Vieux-Port, le Fort-Saint-Jean rénové et le Mucem.

Côté projets, Bruno Gilles propose une liste des courses potentielles, sans pour autant prendre d’engagement à ce stade. Argumentant pour une économie « du tourisme, du tourisme médical, sportif », il défend l’idée d’un hôpital privé à Saint-Barnabé, « mais pas dans n’importe quelles conditions ». Et compte demander à l’État de libérer des espaces dans le périmètre du port, pour y installer, qui sait « un casino, un complexe sportif, ou un aquarium, des yachts… ». 

Pour parvenir à convaincre l’État sur ce dossier comme sur d’autres, insiste-t-il, maintenir l’harmonie entre les différentes collectivités, région, département, métropole, est essentiel. « Celui qui sera maire devra s’entendre très bien avec ceux qui sont à ces postes », glisse-t-il. Une façon de souligner que ces collectivités sont toutes à droite aujourd’hui et d’offrir un ticket à Martine Vassal, à la tête des deux dernières entités, plutôt qu’un duel.

« La fin d’un cycle politique »

Une question du public, venue de la porte-parole du collectif « Mad Mars », soulève le sujet de la gestion des employés municipaux. « Je ne peux pas prendre de joker, ironise Bruno Gilles. La moitié du budget de la Ville, c’est les frais de personnel ». Lui entend « fixer des objectifs » et avoir « un suivi politique un peu plus important » en suivant les pratiques qu’il assure avoir mis en place à la mairie des 4e et 5e arrondissements. Sophie Camard répond, elle, avec son regard d’experte du monde du travail. Derrière l’absentéisme, elle voit d’abord « un malaise profond, un manque de sens. Il faut reprendre le projet. Il y a un malaise social gigantesque qui coïncide avec la fin d’un cycle politique ».

Autre question du public : quelle ville pour inspirer le Marseille de demain ? Bruno Gilles répond « le New York de Giuliani » pour la lutte contre la criminalité, mais aussi « Rome, Venise » ou encore « Barcelone, pour le côté festif ». Sophie Camard se tourne vers « Nantes » pour l’aménagement de quais du port en lieux culturels, « sans empêcher les activités du port ».

Le dessert englouti, les bavardages se font plus forts dans la salle remplie de diplômés, tandis que Bruno Gilles lance :« c’est à vous de nous dire ce que sera le Marseille de demain ». Celui qui « est parti très tôt pour pouvoir consulter les Marseillais », annonce qu’il présentera ses première conclusions avant l’été.

Sophie Camard réplique que « faire avec les Marseillais, on peut tous le dire, mais ce sera d’abord dans la composition des listes, avec des propositions concrètes pour la démocratie locale. Les gens attendent de nous qu’on ait une vision ». 14h15, le débat municipal miniature touche à sa fin, sans accrochage ni joute verbale. « Pendant la campagne ce sera peut-être moins cordial », ricane Bruno Gilles. D’ici là, chacun retourne à sa réalité de janvier 2019, où les élections semblent encore à une année lumière.

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