Un non dans l'eau

Boues rouges : Ségolène Royal brandit toujours son opposition

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le 25 Nov 2015
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Alors que l'entreprise Alteo attend toujours un feu vert pour poursuivre des rejets liquides en mer, la ministre de l'Écologie a rappelé son opposition à cette autorisation mardi à la radio. Cette dernière s'appuie notamment sur les associations locales, dont elle a invité des représentants la semaine dernière à Paris.

“Je dis non”. Non pour de bon ? Non dans le vent ? Ce “non” de la ministre de l’Écologie est-il le même que le “non aux boues rouges” des opposants à la poursuite des rejets en mer d’Alteo ? Invitée de la matinale de France Inter hier matin, Ségolène Royal a abordé d’elle même le sujet. Interrogée sur un tout autre sujet, la ministre prend l’exemple des boues rouges pour illustrer le pouvoir des lobbies. Elle s’érige alors en martyre :

En ce moment, je lutte pour les arrêter les rejets des boues rouges en Méditerranée. Il y a une entreprise qui a eu 20 ans d’autorisation de polluer et aujourd’hui on me demande de  reconduire cette autorisation. Je dis non.

Si elle n’en est pas à sa première déclaration sur ce dossier, ce dernier non a une toute autre couleur à moins d’un mois et demi de l’échéance pour l’autorisation ou non de la poursuite de rejets liquides en mer.

En revanche, elle ne dit rien sur les effets de ce refus. Non à quoi ? En septembre 2014, le conseil d’administration du parc des Calanques rend un avis favorable pour une reprise des rejets sur 15 ans assorti de “la mise en œuvre d’un programme de contrôle draconien, continu et transparent sur la composition du rejet et le fonctionnement des installations sur le site de Gardanne”. Pas suffisant pour la ministre qui, après une rencontre avec Altéo, se fend d’un tweet puis d’un communiqué indiquant qu’elle “ne donnera pas d’autorisation de poursuivre les rejets de boues rouges même sous forme liquide”.

Elle commande alors deux études complémentaires, l’une au bureau de recherche géologique et minière (BRGM) et l’autre à l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). En avril, suite à la publication du rapport de l’Anses, Ségolène Royal fait suspendre l’enquête publique. Cette décision doit permettre que soient réalisées de nouvelles études sur l’impact environnemental des rejets de l’usine d’alumine de Gardanne. La ministre souhaite notamment la réalisation d’une campagne de pêche complémentaire permettant de conclure sur l’impact effectif des rejets actuels de métaux lourds sur la chaîne trophique : mercure, aluminium, arsenic, plomb, chrome, cobalt”, mentionne le communiqué de l’époque. Mais, à l’approche du renouvellement de l’autorisation qui doit être délivrée par le préfet, la ministre semble disparaître du dossier.

Ainsi l’enquête publique a eu lieu en septembre sans que l’on ne sache si les études complémentaires demandées ont été réalisées. Le commissaire enquêteur a fini par rendre un avis assez similaire à celui du conseil d’administration du parc des Calanques. Une autorisation de la poursuite des rejets filtrés issus de l’usine d’alumine avec des recommandations et des contrôles réguliers pour tester les effets sur l’environnement. Depuis, il revient au préfet de donner son autorisation et ce dernier tarde à le faire. Ségolène Royal a brillé ces derniers mois par son silence sur le dossier. Jusqu’au lundi 16 novembre date à laquelle cette dernière a discrètement demandé à des opposants aux rejets de venir au ministère pour un rendez-vous.

“Très agréablement surpris”

“Un de ses conseillers m’a envoyé une invitation”, raconte le professeur d’université Henry Augier, porte-parole des associations opposées aux rejets. Ce dernier monte donc à Paris avec deux représentants de la pêche locale, le président du comité régional des pêches Christian Molinero et le premier prud’homme de la Ciotat Gérard Carrodano. À plusieurs reprises,10392440_690295274449425_4812427540699285717_n le pêcheur ciotaden avait écrit à Ségolène Royal pour l’interpeller sur le dossier. Son interpellation par courrier de juillet était restée vaine. La publication sur les réseaux sociaux d’une photo d’un poisson rouge vif pêché sur la zone quelques jours plus tard n’y avait rien fait.

“À l’union calanques littoral nous avons envoyé plusieurs courriers à la ministre, rappelle également Henry Augier. Mais nous n’avions jusqu’ici que des réponses de politesse”. L’invitation à une rencontre parisienne était donc une bonne surprise. Sauf, que trois jours après les attentats de Paris, l’urgence n’était plus aux boues rouges. Ce sont donc des conseillers qui reçoivent les trois hommes. Que voulait donc le ministère ? “Entendre ce que nous en pensions au niveau des associations pour éclairer la décision prochaine”, reprend Henry Augier. Cette virée parisienne a donc ravivé l’espoir des opposants. Et les déclarations de Ségolène Royal à France Inter, hier matin, les ont conforté dans ce sentiment. Car la ministre ne les a pas oubliés. Tout du moins dans ses déclarations publiques.

“Mais si vous saviez la difficulté que j’ai, le chantage que fait l’entreprise qui a en plus reçu des fonds publics et qui continuerait à rejeter des déchets qui contiennent des métaux lourds radioactifs en Méditerranée. Là, vous avez un bon exemple. Et c’est pour cela que j’ai besoin sur le terrain d’associations vigilantes, d’élus courageux et engagés, de citoyens qui alertent parce que les décisions sont très difficiles”, lançait Ségolène Royal sur les ondes, sans préciser de quelle manière elle s’y opposerait.

Ravis de ce soutien ministériel, les opposants se préparent pourtant à ce que les rejets continuent, du moins un temps. “Il faut être raisonnable, il est impossible de leur interdire tout rejet au 1er janvier, confesse Henry Augier, nous, nous demandons une date limite de deux ans, d’ici là l’industriel peut investir dans une station d’épuration pour traiter l’intégralité des rejets”. Après ce “non” public, les opposants espèrent donc que la ministre dise un petit oui avec un grand mais.

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Notre dossier sur les boues rouges

 

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Commentaires

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  1. Trésorier Trésorier

    Pour une fois, l’ahurie du Poitou ne sort pas une cagade.

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  2. Berami22 Berami22

    C’est beau toutes ces déclarations! Seront-elles suivies d’actes? L’arrêté préfectoral qui doit sortir avant fin décembre 2015 (c’est le minimum) nous le dira…

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