Mare à boues

Boues rouges : le commissaire enquêteur laisse couler

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Clémentine Vaysse
5 Nov 2015 1

La commission d'enquête a rendu public son rapport sur la poursuite des rejets d'Alteo au large des Calanques. Un avis favorable sans surprise, assorti de timides recommandations.

Le rendez-vous de l’enquête publique était attendu par tous les opposants qui comptaient bien noircir les cahiers mis a disposition. C’est ce qu’ils ont fait durant les 40 jours de consultation préalable au renouvellement de l’autorisation des rejets de l’usine d’alumine de Gardanne. Le tuyau qui relie l’usine a la mer débouche au large de la calanque de Morgiou, en plein parc national, où se déposent les boues rouges depuis 50 ans.

Le compte-rendu du commissaire enquêteur est désormais sur le bureau du préfet à qui incombe la décision. Alteo demande l’autorisation de poursuivre ses rejets en mer issus de la transformation de l’alumine de Gardanne. La toxicité des « boues rouges », rejets en partie solides et chargés en métaux lourds fait débat. Ces effluents seront désormais liquides grâce a un procédé de traitement mis en place par Alteo afin d’obtenir de renouvellement de l’autorisation.

L’avis confirme la forte mobilisation autour du projet : 2300 contributions du public et 370 personnes lors de la réunion publique organisée le 11 septembre à Gardanne. Les avis étaient très partagés et les échanges vifs ce jour-là où beaucoup des salariés de l’usine étaient présents. L’avis du commissaire enquêteur, qui résume la consultation publique, est, comme attendu, favorable.

Sans nouvelles de la campagne de pêche

C’est la direction de l’usine elle-même qui donnait hier le sens de l’avis dans les colonnes du journal spécialisé le Marin. Le responsable se gardait bien de préciser si l’avis était accompagné de recommandations ou de réserves.

L’enquête publique est une obligation légale dans ce type de projet. Au printemps, le préfet a reporté cette enquête, à la demande de la ministre de l’environnement Ségolène royal. Cette dernière demandait des études supplémentaires sur la toxicité des rejets en mer et l’impact de ceux-ci sur le milieu. L’enquête publique a finalement eu lieu sans que l’on sache si la campagne de pêche préalable à ces études avait eu lieu.

Les inquiétudes sur l’état du tuyau

Cet avis est accompagné de recommandations, timides mais qui ont leur importance. Deux portent sur la surveillance de la conduite de 50 kilomètres, que les opposants accusent de fuir. Une autre concerne la surveillance des poussières liées au stockage des boues rouges sèches, dont le volume sera beaucoup plus important avec le nouveau procédé. Une étude épidémiologique est déjà en cours concernant la santé des riverains de Mange-Garri, sur la commune de Bouc-Bel-Air, où Alteo stocke les résidus solides.

L’avis met également en avant « la nécessité de connaitre et de suivre très précisément la composition de l’effluent après la mise en service des installations de traitement prévues ». Les données transmises par Alteo sur les rejets liquides émanent en effet de test en laboratoire et non « grandeur nature ». La question est notamment celle de la précipitation des rejets au contact de l’eau de mer, qui permet à l’exploitant d’affirmer que les métaux lourds seront piégés dans des « cristaux » qui se déposent sur le fond marin.

« Plié d’avance »

Le commissaire enquêteur retient enfin qu’il « est essentiel de prendre impérativement en compte toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé, et plus socialement acceptable ». Cette demande de poursuite des recherches techniques est la reprise d’un argument régulièrement utilisé par l’exploitant pour sa défense. Celui-ci refuse toutefois de reconnaître la toxicité potentielle des rejets liquides. Rien n’est dit également sur la durée de l’autorisation : Alteo demande trente ans, les collectivités comme la Ville de Marseille ou Marseille Provence métropole demandent cinq ans.

« C’était plié d’avance, réagit Gérard Carrodano, premier prud’homme de pêche à La Ciotat et figure de l’opposition. Ce n’est pas le rapport du commissaire enquêteur qui va compter, c’est la décision du préfet ». Côté parc des Calanques, cet avis est bien accueilli : « Des échos que j’en ai eus, le commissaire enquêteur reprend les réserves émises par le Parc », se réjouit Didier Réault, son président, qui n’avait pas encore consulté le rapport en détail. En septembre 2014, le parc national avait donné un « avis favorable avec réserves » demandant un suivi et un renouvellement pour quinze et non trente ans. Une décision qui avait fait bondir les défenseurs de l’environnement qui espéraient une plus grande fermeté de la part du parc tout juste créé.

Reste à attendre maintenant la décision du préfet, qui doit statuer à la fin de l’année. En réalité, tout se joue à Paris, au ministère de l’Écologie. « Ségolène Royal va être bien embêtée », ironise Gérard Carrodano. La ministre ne s’est pas exprimée sur le dossier depuis sa demande de report de l’enquête publique en avril. Sauf coup de théâtre, Alteo devrait obtenir l’autorisation. Le seul enjeu porte sur la durée de celle-ci. Et la réaction des opposants. Il y a quelques mois, l’ancien préfet Michel Cadot racontait que le gouvernement lui avait demandé de faire liste des possibles « zones à défendre » dans la région. Le dossier Alteo faisait partie des sujets chauds à surveiller.

Lire l’avis de la commission d’enquête

Lire le rapport de la commission d’enquête :

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