Avis de pollution maritime dans le parc national des Calanques

Actualité
Violette Artaud
26 Oct 2018 0

Après avoir touché la Corse et le Var, la pollution marine à l'hydrocarbure arrive dangereusement à proximité du parc des calanques. Tandis que son président alerte sur les graves conséquences que pourraient avoir un tel événement, la préfecture dit maîtriser la situation.

Photo : Clémentine Vaysse.

Photo : Clémentine Vaysse.

Les premières boulettes se sont échouées ce vendredi à La Ciotat. Et cela pourrait bien ne faire que commencer. Après la Corse et le Var, les Bouches-du-Rhône sont désormais menacées par l’arrivée de pollution marine suite à la collision le 7 octobre de deux navires au nord de la Corse. Si les services de l’État ont déjà nettoyé la majeure partie de la nappe d’hydrocarbures, il est difficile d’évaluer la menace qui plane maintenant sur nos côtes et sur le parc national des Calanques, espace protégé.

Jeudi en fin d’après-midi, les opérations de surveillance de la préfecture mettaient au jour “une nappe de 400m x 100m à 20 km au sud des îles de Riou, composée d’irisation et quelques boulettes”, selon une source proche du dossier. Une information qui n’a pas échappé au président du conseil d’administration du parc des Calanques : “La pollution a été constatée à quelques milles de Riou et du Cap Canaille. La météo nous est très défavorable. Il faut anticiper le sinistre, s’organiser”, s’inquiétait ce vendredi Didier Réault (LR). Il demandait notamment l’enclenchement “immédiat du plan Polmar”, un plan d’intervention d’urgence qui permet de mettre en place des moyens spécialisés en cas de pollution marine. Le même jour, la préfecture organisait une réunion sur le sujet, sans pour autant déclencher ce plan.

“Risque réel et majeur sur un espace de protection intégrale”

“À ce stade, seuls quelques résidus en quantité limitée ont pu être observés au niveau de Figuerolles sur la commune de la Ciotat. Ces résidus ont été ramassés”, a fait savoir la préfecture par communiqué à l’issue de cette réunion. “Il ne va pas y avoir une marée noire à Cassis demain”, glisse-t-on encore pour tenter de rassurer. Lors de l’incident, ce sont près de 530 mètres cubes d’hydrocarbures qui se sont déversés dans la Méditerranée atteignant rapidement de nombreuses plages varoises. Selon les services de l’État, 90 % de cette pollution a déjà été collectée.

Il reste donc une pollution minime. Même dans le pire des scénarios, ça sera résiduel”, ajoute-t-on du côté de la préfecture qui “pourrait mettre en place des moyens supplémentaires”. Une position que le président du parc des Calanques a du mal à comprendre. “Il ne faut pas minimiser. Les informations que nous avons ne sont pas du tout encourageantes. La Corse, le Var, les Embiez ont été touchés et maintenant ça arrive dans les calanques. Il y a un risque réel et majeur sur un espace de protection intégrale.” 

En réclamant le plan Polmar, Didier Réault espérait pourtant réveiller les consciences. “Il faut commander des combinaisons aux fournisseurs qui ont été dévalisés par le Var, évaluer les débarquements possibles à terre, les disponibilités de barges…Et le plan Polmar est fait pour ça. Il a été déclenché trop tard dans le Var. Quand la pollution sera là, on ne peut pas attendre quatre jours”. L’élu craint notamment que le ramassage d’éventuelles boulettes venues s’échouer sur le littoral soit compliqué par le relief escarpé. Jeudi soir, la préfecture s’est voulue rassurante en indiquant avoir lancé “des expertises pour apprécier l’efficacité de certains dispositifs de lutte (barrages flottants par exemple) en cas de pollution significative des côtes”. Plusieurs mairies sont déjà dotées de ce genre de dispositif comme Cassis pour protéger son port de plaisance.

Pollution cachée entre deux eaux

Si, contrairement au président du parc, la préfecture des Bouches-du-Rhône joue l’apaisement, la préfecture maritime de Méditerranée, elle, se fait plus mitigée. “Ça serait mentir que de dire que nous n’avons pas d’inquiétude pour le parc des Calanques“, y fait-on savoir. La préfecture maritime rappelle ainsi que la pollution résiduelle prend deux formes différentes : “Une très légère couche visible sur la surface de l’eau et qu’on ne peut pas ramasser mais qui n’est pas sale” et “quelques boulettes ou galettes qui nécessitent des moyens beaucoup moins lourds, et se ramassent presque à l’épuisette”. Ce qui a tendance à agacer le président du parc : “Que l’on ne me fasse pas croire que de l’hydrocarbure sur les posidonies ça ne fait rien ! De qui se fiche-t-on ?!”

Contacté par Marsactu, Nicolas Tamic, responsable des opérations au Cedre – association à mission de service public agréée par l’État et experte en pollution marine – développe un autre souci : “Il est difficile de connaître la quantité exacte car il s’agit d’un hydrocarbure particulier. Normalement, l’hydrocarbure reste à la surface, mais là, il a la même densité que l’eau et donc peut se retrouver sous la surface. Il y a donc sûrement des portions invisibles.” Et indétectable par les opérations de surveillance aérienne notamment. “On peut alors estimer que s’il reste 10 % de 550 mètres cubes, donc 550 000 litres, mais ça ne rimerait à rien”, poursuit Nicolas Tamic.

Au gré du vent

Autre donnée qui complique l’évaluation de l’impact à venir, voire de l’éventualité que la pollution arrive dans le parc, la météo. “Mais on parle là de la météo au sens large. Si un vent de Sud-Est se lève, la pollution sera poussée vers les côtes. Le courant ligure en revanche a tendance à la repousser.” Les anticyclones étant également à prendre en compte, la prédiction devient très complexe. Interrogée pour plus de précisions, la préfecture maritime n’a pas donné suite.

Enfin, un dernier paramètre vient fausser encore un peu plus l’évaluation des risques des impacts environnementaux potentiels à venir. “Lors d’événements de ce type, un certain nombre de capitaines de navires en profite pour dégazer en mer, c’est un grand classique”, indique Nicolas Tamic avant de réajuster : “On est bien loin des quantités et des conséquences de l’Erika. On ne peut pas parler de marée noire. Ce qui est regrettable, c’est que cela risque de taper un espace protégé”. Comme c’est déjà le cas à Port-Cros, où, même s’il ne s’agit pas des quantités de l’Erika, on y voit les mêmes images d’oiseaux mazoutés.

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