Avec les travaux de la rocade L2, les riverains des Arnavaux entendent plus les trains

Actualité
Benoît Gilles
17 Juil 2018 3

Les riverains du boulevard de la Station, dans le 14e arrondissement, se plaignent de nuisances sonores accrues du fait du chantier de la rocade L2. La société a réalisé des mesures du bruit mais refuse de les communiquer avant la mise en service de l'autoroute urbaine.

Aux Arnavaux, la mise en service de la partie Nord de la rocade en octobre prochain est accueillie avec appréhension. Il ne faut pas pousser trop les riverains pour qu’ils convoquent les souvenirs de la campagne qui offraient ses paysages en leur temps de jeunesse.

Ici, le boulevard porte le même nom que la copropriété qui la jouxte : la Station. Cela remonte au temps où, au bout de la rue on pouvait prendre le train à la station des Arnavaux. “Mais la station SNCF a fermé quand ils ont construit la nouvelle ligne TGV”, explique André Raffaelli, président d’honneur du CIQ Canet gare dont le nom garde ainsi trace des gares de proximité qui permettaient l’accès à Saint-Charles. Depuis, les habitants voient passer les trains. Mais surtout ils les entendent, davantage depuis que la rocade L2 a installé son chantier juste sous leurs fenêtres.

Pour être précis, l’autoroute ne passe pas directement sous leur nez. Rien n’a vraiment changé dans l’ordre des choses : sous leur nez passent les trains. TGV, trains express régionaux ou trains de marchandises, plusieurs fois par jour. “Ce qui a changé, c’est que la société de réalisation de la rocade L2 a réalisé un mur anti-collision entre la voie de chemin de fer et la L2 qui la longe jusqu’à la jonction avec l’autoroute A7, explique Alain Arcucci, l’actuel président du CIQ et habitant de la copropriété de la Station. Or, depuis que ce mur a été construit le niveau sonore est clairement plus fort.” Il suffit d’attendre quelques minutes pour s’en rendre compte. Ici, les trains passent souvent. Avec une graduation suivant le type de convoi.

“Les TGV, ça passe encore parce qu’ils ralentissent plutôt quand ils arrivent ici, reprend Alain Arcucci. Mais pour les TER et les trains de marchandises, cela fait nettement plus de bruit”. Effectivement, le bruit est plus fort pour les TER qui brinquebalent. Il franchit un degré supérieur pour les trains de marchandises, moins fréquents mais plus grinçants. Pour une oreille fraîche mais déjà moulue aux différents sévices sonores urbains, le niveau général n’est pas insupportable. “Mais il faut se dire que nous subissons ça toute la journée, proteste Alain Arcucci. Et le niveau a vraiment augmenté depuis la mise en place du mur par la rocade”. Selon les riverains, le son des trains se répercute désormais sur le béton au lieu de se disperser comme auparavant. Et ce malgré des dispositifs anti-bruit apposés sur le mur de séparation.

A gauche le boulevard de la station, puis la voie SNCF et enfin les six voies de la rocade.

Un point de vue difficile à étayer par des éléments concrets. Si ce n’est qu’à la demande du CIQ, la SRL2 a fait réaliser des relevés sonores à quatre endroits différents du quartier. Des relevés qu’ils n’ont toujours pas réussi à obtenir. “Les mesures ont été faites en novembre par une société aixoise et transmises à la SRL2 il y a peu mais nous ne parvenons pas à les avoir.” Un délai qui rend les riverains d’autant plus sourcilleux. “On se dit que ça va être mauvais”, en conclut Alain Arcucci, fataliste. Ils ont saisi le député LREM du secteur, Saïd Ahamada, lors d’une réunion en présence du préfet, le 25 mai dernier. “J’ai fait remonter leur demande auprès du préfet, explique le parlementaire. J’ai écrit et j’attends toujours une réponse. Je vais refaire un courrier s’il le faut.”

“C’est contractuel”

Les riverains risquent d’attendre encore. Joint par nos soins, la SRL2 confirme que des contrôles ont bien été faits mais “ces contrôles sont internes à la société”, nous indique-t-on. “Leur contenu ne sera rendu public qu’une fois la rocade mise en service”, ajoute-t-on. Quand on s’étonne d’un tel délai, la réponse tombe comme un refrain habituel du partenariat public privé : “C’est contractuel.”

Quoi que donnent les résultats, les riverains du boulevard de la station, ont déjà fait le deuil de leur tranquillité. Eux qui sont arrivés quand le chemin de Gibbes voyait encore passer de mugissantes ruminantes, appréhendent l’arrivée du flot de voitures du tunnel Sainte-Marthe dont l’entrée se trouve à la perpendiculaire du boulevard de la station. “Là encore, nous n’avons aucune idée du niveau sonore des milliers de véhicules qui passeront par là”, s’inquiète Alain Arcucci. Sans compter le niveau accru de pollution de l’air.

C’est, avec le bruit, l’autre point d’opacité de la future rocade à partir de sa mise en service en octobre prochain. Pour les militants du collectif anti-nuisance L2, l’apport de pollution est indéniable. “En 2014, les relevés de la qualité de l’air à cet endroit avoisinaient les 40 microgramme par m3 de dioxyde d’azote en campagne hivernale et quasiment 50 microgrammes par m3 en campagne estivale, sans la L2 donc”, estime Bernard Donadio, militant du collectif. Des valeurs qui sont déjà au-dessus des seuils tolérés lors d’une exposition prolongée.

“Qu’en sera-t-il quand la L2 accueillera les 100 à 150 000 voitures par jour, sans compter les camions ?“, s’interroge-t-il. Il affirme attendre encore un comptage “réel” des véhicules empruntant la partie Est “et notamment le nombre de poids-lourds”. Une question laissée sans réponse. Il n’y a plus qu’attendre l’ouverture totale en octobre prochain pour que les riverains puissent compter eux-mêmes.

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