Avec le plan mercredi, le gouvernement laisse les parents en plan

Actualité
Benoît Gilles
5 Sep 2018 4

Ce mercredi, les communes sont censées pouvoir appliquer le plan d'accueil périscolaire pour compenser la fin de la semaine de quatre jours et demi. En réalité, dans la plupart des communes du département, il faudra attendre de longs mois avant sa mise en place. Et Marseille ne fait pas exception.

À Marseille, les activités du Plan mercredi n'auront pas lieu dans les écoles.

À Marseille, les activités du Plan mercredi n'auront pas lieu dans les écoles.

« Tu fais quoi mercredi ? ». « Ben je garde mon petit… ». l’échange a lieu devant une école primaire marseillaise, au lendemain de la rentrée des classes. La maman, dépitée, a son fils qui entre en CE1 et pas encore pris le temps de trouver une activité pour pallier le vide laissé par le retour à la semaine de quatre jours, décidé à Marseille il y a un an. L’annonce en elle-même a créé plus de soulagement que de colère tant la mise en place chaotique des temps d’activités périscolaires puis leur contenu mécontentaient les parents comme les enfants. Dans la foulée, le gouvernement a promis un Plan mercredi pour la rentrée, qui tarde à venir.

« Les parents sont revenus à la situation ancienne, avant les TAP, constate Séverine Gil, la président du MPE 13. Sauf qu’entre temps, les enfants des écoles privées ont pris les places en centres aérés puisqu’ils ne travaillaient pas le mercredi. Il ne reste plus guère de solution pour les enfants du public. Je me souviens de parents dormant dans leur voiture pour inscrire leurs enfants dans les mairies de secteur ». Une situation qui s’est répétée cet été, notamment dans les 6e et 8e arrondissements.

Partout la fin des TAP

La situation marseillaise n’est pas une exception. Aucune commune du département n’a maintenu le rythme de quatre jours et demi mis en place par la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon. « Seules 12 communes dans l’académie maintiennent leur dispositif », constatait Bernard Beignier, lors de sa conférence de rentrée. La plus emblématique d’entre elles étant Avignon.

À Marseille, après un peu de tergiversation, le maire s’est donné un an, entre l’annonce de la fin des TAP et l’entrée en vigueur effective du nouveau rythme. La plupart des parents d’élèves a donc eu le temps de s’organiser. Mais pas le gouvernement qui a pris les derniers décrets de son fameux plan mercredi, fin juillet dernier.

À Marseille, rien avant début 2019

Lors de la conférence de rentrée, fin août, le directeur académique des Hautes-Alpes, Philippe Maheu qui avait la charge de présenter le plan national, usait sans vergogne du présent là où le futur s’impose. Il s’agira donc « de déployer une offre qualitative périscolaire dans les écoles, en lien avec la communauté scolaire et en partenariat avec les collectivités locales et la caisse d’allocations familiales », à une date encore inconnue de la plupart des communes. Le recteur lui-même reconnaît qu’il y aura « une mise en route très progressive, le temps de passer les marchés publics et d’opérer à des recrutements. Cela peut-être après les vacances de la Toussaint pour certaines écoles ».

À Aix, la Ville regarde le Plan mercredi avec prudence, « 80% des familles s’organisent elles-mêmes, expose Brigitte Devesa, élue LR à l’éducation. Pour les 20% restant, l’offre de la ville en centre-aéré est suffisante. Nous sommes donc prudents et attendons les réunions avec les partenaires éducatifs pour voir si nous avons besoin de souscrire à ce plan ou pas ». Pas sûr donc, que le plan démarre avant la fin de l’année.

À Marseille, Danièle Casanova est catégorique : « le plan mercredi commencera au mieux en janvier 2019″. L’élue LR aux écoles est bien contente de renvoyer le gouvernement  à ses chères études en rappelant que « les derniers décrets sont tombés cet été ». Des premières réunions ont eu lieu entre la Ville et le rectorat mais le chantier risque d’être long. Les parents d’élèves et leurs représentants ont rendez-vous le 20 septembre pour une première réunion cadre. « Mais vu la situation, je ne vois pas comment la ville pourra être prête en janvier, doute Séverine Gil, de MPE13. Et puis les parents ont été échaudés par l’épisode des TAP. Il n’est pas sûr qu’ils reviennent ».

Éviter l’effet cassure

Le gouvernement ne veut surtout pas reproduire le fiasco de la précédente réforme des rythmes scolaires et donc recommande de prendre son temps. Pour le fond pédagogique, « les vacances sont déjà pour certains élèves une vraie rupture, reprend Philippe Maheu. Il n’est pas question que le mercredi ait le même effet de cassure au milieu de la semaine ».

Le rectorat met donc en avant une charte qualité, une progressivité dans les activités « riches et variées » avec une réalisation finale sous forme de spectacle, d’exposition ou de tournoi et une complémentarité « avec les temps familiaux et scolaires ».

Les communes sont donc appelées à réaliser un Projet éducatif territorial (PEDT) avec les partenaires du monde éducatif pour parfaire cette approche pédagogique. Un même document avait été mis sur pied par la Ville au moment de la précédente réforme des rythmes scolaires, notamment nourri par un coûteux rapport confié à un cabinet privé dont le contenu n’a jamais été rendu public. Mais l’intérêt du PEDT n’est pas que pédagogique, il est aussi financier. En effet, sa réalisation permettra d’accéder à des financements complémentaires de Jeunesse et sports mais surtout de revoir à la hausse le taux d’encadrement.

Pour l’heure, la principale ressource du Plan mercredi est un presque doublement de l’aide ordinaire versée aux collectivités pour les accueil de loisirs sans hébergement, autrement dit les centres aérés. Cette aide passera de 0,54 euro à 1 euro par heure et par enfant. « Mais est-ce que sera suffisant? », s’interroge un responsable d’une fédération d’éducation populaire. Du côté de la Caisse d’allocations familiales des Bouches-du-Rhône, l’heure est à la tournée des communes pour voir qui, des petites ou des grandes sont prêtes à s’inscrire dans ce plan.

14 à 18 enfants par animateur

Le gouvernement a donc imaginé avec les acteurs associatifs un assouplissement du taux d’encadrement que permet le glissement de l’extrascolaire au périscolaire. Par exemple, pour un centre aéré le mercredi matin uniquement, le taux d’encadrement passe de 14 à 18 enfants quand ceux-ci ont plus de 6 ans. Et pour les petits de maternelle, le taux passe de 10 à 14 toujours pour une demi-journée. Le taux se resserre un peu quand les animations s’étalent sur la journée entière. De quoi faire réfléchir les communes sur le contenu des animations mais aussi leur coût financier.

Enfin dernier obstacle de taille, la question des locaux. Dans sa présentation, le rectorat évoque des animations qui ont lieu au sein des écoles. Quand on le questionne à ce propos, le recteur Beignier se fait plus souple, évoquant le périmètre des écoles. À Marseille, c’est niet. « Nous venons à peine de revenir à la semaine de quatre jours, pointe Danièle Casanova. Je ne vais pas dire aux syndicats des municipaux qu’ils devront revenir le mercredi. Ce sera la révolution ». Il faudra donc trouver des locaux soit « par les mairies de secteur, soit en passant par les centres aérés ». Pas sûr qu’il y ait la place nécessaire pour les 77 000 enfants du primaire.

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