Aux Flamants, une mère et sa fille enceinte portent plainte pour violences policières

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Élodie Crézé
30 mai 2016 2

Début mai, dans la cité des Flamants (14e), des policiers procèdent à l'interpellation d'un homme sur fond de trafic de drogue. L'interpellation s'envenime, deux habitantes s'opposent à une fouille et sont emmenées en garde-à-vue pour outrage et rébellion. Elles portent plainte contre les policiers pour violences.

Cité les Flamants

Lorsque Marie R. se remémore les faits, elle écrase sur sa joue des larmes qui ne tarissent pas. La honte et l’humiliation ressenties ont laissé une trace beaucoup plus infamante que les bleus sur son corps. Le 3 mai dernier, dans la cité des Flamants, (14e), Marie R, 54 ans et sa fille, Rachel S, 24 ans enceinte de deux mois, racontent avoir subi la violence d’une interpellation qui tourne mal. Elles portent aujourd’hui plainte contre les policiers.

Leur histoire n’est pas de celles que l’on diffuse en direct sur Periscope. Elle se déroule dans le huis clos d’un hall d’immeuble. Sans témoins, sans enregistrement, c’est paroles contre paroles avec les fonctionnaires de police présents ce mardi-là. Mais leur témoignage soulève de sérieuses questions auxquelles la préfecture de police se refuse pour l’heure à répondre. La justice devra trancher. À moins que la plainte des deux femmes ne soit classée sans suite.

En fin d’après-midi ce 3 mai, une équipe de la brigade anti-criminalité interpelle un homme aux Flamants, dans le cadre d’une enquête sur un trafic de stupéfiants. Sur le trottoir d’en face se tiennent Marie R, avec son neveu de 17 ans dont elle a la charge et sa fille Rachel S, tenant dans ses bras une enfant de 18 mois qu’elle garde pour une voisine. Les deux femmes rapportent qu’un policier se dirige alors vers elles à grands pas.

« Je suis tombée »

Saisie d’inquiétude, Marie R explique qu’elle ordonne à son neveu Akim de rentrer immédiatement dans l’appartement. Alors qu’elles atteignent le hall de l’immeuble, un policier la saisit alors par le bras, dans l’intention au départ de procéder à la fouille du neveu, ce contre quoi elle s’oppose et se débat. Sa fille, Rachel S, tente d’intervenir et se fait repousser. « Un policier m’a donné un coup dans la cheville et je suis tombée, l’enfant dans les bras. Ma mère a crié que j’étais enceinte, et j’ai reçu un coup de pied dans le ventre », raconte avec colère la jeune femme.

Selon les deux femmes, tout s’enchaîne très vite dans ce hall, sans témoin. « J’ai été saisie par les cheveux et traînée sans chaussures jusqu’à la voiture de police », assure Rachel. « Ils ont laissé la petite toute seule en disant qu’elle se débrouillerait ». La mère de l’enfant, une voisine, confirme qu’elle n’a pas été prévenue et la retrouve quelques heures plus tard. « Elle était dehors, sans veste alors qu’il faisait froid, dans un jardin d’enfants avec des inconnus. Je suis allée me plaindre au commissariat nord, mais on m’a répliqué que ce n’était pas grave, qu’il y avait des voisins… Comme si je laissais ma fille à n’importe qui ! Il aurait pu se passer n’importe quoi » s’étrangle-t-elle.

Mère et fille sont conduites en garde-à-vue au commissariat Nord pour rébellion et outrage, menottées. « On m’a crié de retourner dans mon pays », reprend Marie, haïtienne, qui vit depuis plus de vingt ans en France. En cellule, les deux femmes se disent humiliées. « On m’a jeté la nourriture au sol, jonché de vomi, comme un chien », sanglote Marie. « Lorsqu’on a demandé un verre d’eau, on nous a dit que l’on avait qu’à boire aux toilettes, qui sont immondes », enchérit Rachel. « J’ai saigné, j’ai eu peur pour mon bébé, mais le policier ne voulait pas me croire… J’ai dû lui montrer ma main souillée pour qu’il appelle enfin un médecin. Je les ai également prévenus que ma mère était diabétique ». Marie et Rachel seront emmenées séparément à l’Hôpital Nord où elles seront examinées. Dans son certificat médical, la gynécologue ne trouve pas trace de « métrorragie » mais souligne l’existence de « dermabrasions » et d’une « ecchymose ».

« Traumatisme psychologique »

À leur sortie de garde-à-vue, alors que les deux femmes viennent déposer leur plainte au commissariat du Merlan, elles affirment que les fonctionnaires de police de service tentent de les en dissuader. Marie craint pour son neveu Akim, car, assure-t-elle, « les policiers ont juré qu’ils lui feraient prendre 20 ans en glissant eux-même de la drogue dans son sac ». Depuis, l’angoisse l’étreint. Au point qu’elle décide de renvoyer son neveu chez sa sœur en Guadeloupe. Chacune reçoit respectivement huit jours et quinze jours d’ITT et leur médecin traitant fait état de « nombreux hématomes et dermabrasions » sur plusieurs endroits du corps tels que les bras, les cuisses, et aussi « un traumatisme psychologique majeur » concernant Rachel et un « traumatisme abdominal ».

« Je ne voulais pas porter plainte au départ, explique Marie, aujourd’hui déterminée à aller jusqu’au bout. Ils ont toujours raison dans les histoires comme ça ». De leur côté, les policiers ont une version totalement inverse de l’altercation. Ils ont également déposé une plainte, acte quasi systématique en cas d’« outrage et de rébellion ». Sur la convocation en justice, ils décrivent que Rachel S. a « violemment fait obstacle aux policiers […] en portant un coup de poing dans le dos du fonctionnaire L. tentant de porter assistance à sa mère qui se faisait menotter, en portant un coup de pied au niveau de la cuisse droite du fonctionnaire S. et un coup de poing au niveau du cou ».

Les fonctionnaires imputent également des propos très violents et injurieux à leur égard « de nature à porter atteinte à leur dignité ou au respect dû à leur fonction ». Marie aurait ainsi hurlé : « Vous ne l’aurez pas, allez vous faire en**** , toi tu étais à la bac nord tu volais la drogue je te connais […] Tu es un co***** […], tu n’as rien trouvé, je vais vous tuer ». Quant à Rachel, elle aurait menacé, entre autres : « Tu vas voir bâtard tu vas voir quand tu seras dehors je vais t’envoyer mon mari il va s’occuper de toi ». Les deux femmes démentent avoir proféré de tels propos et avoir eu un comportement violent. Marie R et Rachel S. sont convoquées en audience correctionnelle le 5 septembre à 8 h 30 du matin.

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commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    il y en a qui, au lieu d’aider la police, font obstacle aux interpellations de trafiquants de drogue, et qui en plus la ramènent.

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