Aux confins du travail : Flo, livreur à vélo

Portrait
le 28 Avr 2020
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Chaque semaine, Marsactu donne la parole à des Marseillais qui continuent d’aller sur leur lieu de travail. Forces de l’ordre, primeurs, soignants, instituteurs… Ce sont celles et ceux sur qui repose la continuité de notre quotidien. Cinquième épisode avec Flo, livreur à vélo pour les plateformes de livraison de restaurants.

Photo prise par Flo, un soir de livraison.

Photo prise par Flo, un soir de livraison.

Il enjambe sa bécane, enfile son sac cubique. Ses écouteurs sont bien enfoncés dans ses oreilles. C’est le rituel de Flo (dont le prénom a été modifié), la petite vingtaine, qui, deux fois par jour depuis plus de deux ans, livre tout Marseille. Chaque jour, il parcourt environ 50 km aux quatre coins de la ville. En ce moment, il profite des rues calmes et sans voiture mais doit redoubler d’efforts pour gagner sa vie. Flo ne sort pas à contre-cœur. “Je suis sportif, j’adore le vélo et je connais la ville par cœur. En roulant, je me tue les oreilles à Jul, pas besoin d’entendre le GPS et je trace…”

Pour se tirer un salaire à peu près correct depuis le 17 mars, premier jour de confinement, il travaille simultanément pour les deux grandes plateformes de livraison de repas à domicile : Deliveroo et Uber Eats. Auparavant, ce n’était pas nécessaire. Il lui arrive donc de faire des “doubles courses”, soit deux livraisons sur un même trajet. Le jeune homme est auto-entrepreneur, utilise son vélo personnel et son sac Uber Eats lui a coûté 120 euros de caution dont il ne sait pas s’il les récupérera. “En temps normal, je gagne plutôt 80 euros par jour, contre 50 en ce moment mais, il y a plus de pourboires et les clients sont bienveillants avec les livreurs. C’est comme si on nous accordait plus d’importance.”

Sans casque “pour garder le style”

Roulant sans casque “pour garder le style”, il est l’un des rares livreurs marseillais à vélo. “La plupart des collègues sont en scooter. Ça les avantage pour accepter plus de courses que moi. D’habitude, je ne vais pas livrer Vauban ou Notre-Dame-de-la-Garde, parce que ça monte beaucoup à vélo et je me fatigue trop. Mais comme il y a moins de boulot qu’avant, j’y vais.” Il livre surtout les menus des restaurants à sushis, des snacks, et des pizzerias. “Mac Donald’s et Burger King ont fermé alors que c’est pour eux qu’on livre le plus d’habitude !”

“Le midi, ça vaut plus trop le coup avec le confinement. Avant, j’avais l’habitude de livrer des dentistes, des avocats dans leur cabinet ou des salariés mais les gens ne travaillent plus en ce moment“. Quand il livre, il fait face à différents types clients : celles et ceux qu’il voit à peine. Il leur dépose les repas emballés dans l’ascenseur et disparaît, d’autres mettent leur masques pour récupérer les denrées tandis que certains “s’en foutent”

Le Covid-19 ne lui parait pas franchement un danger pour lui. En même temps, les plateformes ont mis du temps à réagir. “J’ai reçu avant-hier [la 5ème semaine du confinement, ndlr] sept masques chirurgicaux de la part de Deliveroo et du gel hydroalcoolique pour les mains. Avant ça, je n’avais pas de protection. J’aurais pu en acheter en pharmacie, alors Deliveroo m’aurait remboursé 25 euros mais je ne l’ai pas fait. Uber Eats n’a rien envoyé.”

“Je ne sais pas trop comment il se donne, le virus”

Mais le contrôle des livreurs existe. “Sur Uber Eats, les clients nous notent. Et je pense qu’ils peuvent indiquer si on n’a pas respecté les gestes barrières… Moi je reste à deux mètres mais en vrai, je ne sais pas trop comment il se donne, le virus.”

Tous les jours, le livreur travaille entre six et sept heures, en deux services. L’un pour la pause déjeuner, le second le soir qui dure un peu plus longtemps. Au début de la crise sanitaire, beaucoup de livreurs ont suspendu leur activité par crainte d’être en contact avec le virus. “Mais il a bien fallu payer ses factures, alors tout le monde a repris le travail. Je suis l’un des plus jeunes… Ce n’est pas un job étudiant pour la plupart des livreurs, à l’inverse de ce qu’on voit sur les campagnes de pub’ dans la rue. On y voit souvent des jeunes livreurs des étudiants, même des filles et souvent des blancs. Dans la vraie vie, ce sont des hommes pas très jeunes qui travaillent, ils sont étrangers et ont une famille à nourrir…”

Dans les rues du centre-ville, Flo dit qu’il a remarqué que la police contrôle régulièrement ses collègues à scooter. “Pourtant, ils voient bien qu’ils sont en train de travailler… je ne comprends pas. Un jour, j’ai livré le commissariat et j’ai voulu les tester en leur disant que je n’avais pas d’attestation. Après un temps d’hésitation, ils m’ont dit que j’étais dans mon droit de circuler puisque je travaillais…”

S’il ne peut pas travailler, il arrive au livreur de “louer son compte” à un ami qui livre à sa place. Il reste ainsi actif sur les applications et permet à quelqu’un d’autre de se faire un peu d’argent. A Marseille, comme ailleurs, nous dit-il, beaucoup de travailleurs sans-papiers gagnent leur vie grâce à des livraisons au compte d’un autre. “Je vois pas ça comme de l’exploitation, c’est leur seule manière de travailler parfois.”

Le principal pour Flo, c’est de continuer à sortir, de se déconfiner et de gagner son salaire qu’il cumule avec une autre activité. Mais dans l’idéal, il aimerait que ses employeurs paient “à sa place” certaines cotisations sociales et qu’on rétablisse un montant minimum pour les courses de 4,80 euros. “C’est un bon job à faire pendant le confinement pendant que les autres sont enfermés.”

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Très intéressant + j’aurais aimé que le language de “Flo” n’ait pas été, ou ait moins été traduit, s’il a Jul dans les oreilles, il ne parle pas comme ça.

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Coup de chapeau à celui qui reste “l’un des rares livreurs marseillais à vélo”. Ses collègues en scooter, qui ont longtemps été dans l’illégalité avant qu’une loi récente régularise leur situation, sont une source croissante de nuisances (bruit, pollution, incivilité routière) dont on n’avait pas besoin en ville, et dont tout le monde “profite” pour le petit confort d’une minorité devenue incapable de préparer ou d’aller chercher elle-même un repas.

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  3. Pascal L Pascal L

    « Je ne sais pas trop comment il se donne, le virus » : C’est peut-être ça le problème numéro 1 du dé-confinement. Sans une véritable information de l’ensemble des citoyens sur ce sujet on ira à la deuxième vague bien trop rapidement pour ne pas saturer les urgences. Hier je voyais des gens tout seul dans leur voiture conduire avec un masque et d’autres qui portent des gants mais qui se frottent le nez avec. Bref une totale méconnaissance des mécanismes et des modes de précaution efficaces. Si au lieu de nous assener des micro-trottoirs, les chaines publiques de radio et de télévision faisait correctement cette formation on risquerait moins un deuxième pic.

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