Après Banjo, deux éditeurs exhument Romance in Marseille, livre inédit de Claude McKay

Interview
le 15 Mai 2021
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Deux Marseillais font paraître un roman inédit de Claude McKay, figure de la littérature américaine. Avec Romance in Marseille, on découvre une histoire d'amour tragique dans l'ancien quartier réservé du Vieux-Port, dans les années 1930. Marsactu a rencontré ses éditeurs et publie des extraits de ce texte inattendu.

Photo de Claude Mc Kay photographié par Berenice Abbott, Memorial Collection in the Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library.

Photo de Claude Mc Kay photographié par Berenice Abbott, Memorial Collection in the Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library.

Romance in Marseille fonctionne comme une capsule temporelle déposée par une comète littéraire. Publiée pour la première fois en français par une maison d’édition marseillaise ce mois-ci, elle offre une esquisse saisissante de la vie des quais des années 1930. L’ovni est aussi éditorial : Romance in Marseille, texte inédit de Claude McKay a failli paraître en français avant même sa première édition américaine.

Avec sa belle couverture acajou, le roman paru aux éditions Heliotropismes depuis quelques jours n’est peut-être pas une œuvre majeure de l’auteur de Banjo. Il vaut surtout par la pierre qu’il ajoute à ce monument méconnu de la littérature américaine et marseillaise.

Figure de la Harlem Renaissance, mouvement qui donna ses premières lettres de noblesse à la littérature afro-américaine, l’écrivain jamaïcain est une sorte de vagabond du monde qui a vécu à Barcelone, Paris, Tanger et Marseille, fréquenté Trotski au moment du congrès de la IVe internationale à Moscou, Bernard Shaw et tant d’autres personnalités des arts et des lettres.

Dans Romance in Marseille, en quelques centaines de pages, il donne à lire le destin de Lafala, passager clandestin embarqué à Marseille qui y revient, amputé des deux jambes après avoir été découvert et enfermé dans un local glacé des jours durant.

Enrichi et diminué tout à la fois, il noue une histoire d’amour ambivalente avec une belle prostituée de La Fosse, le quartier réservé de Saint-Jean, sur la rive Nord du Vieux-Port. Comme dans Banjo, l’intrigue donne à voir la vie de ce quartier interlope où une communauté noire -faite d’Africains, Antillais et Américains du Sud et du Nord- s’est installée. Rencontre avec Renaud Boukh et Armando Coxe, coordinateurs de l’édition de Romance in Marseille dont Marsactu vous propose de découvrir quelques extraits en avant-première.

Renaud Boukh et Armando Coxe, les deux éditeurs de Romance in Marseille. (Photo : BG)

D’un point de vue romanesque et éditorial, Romance in Marseille naît d’un miracle. Pouvez-vous revenir sur la genèse de l’aventure ?

Renaud Boukh : Effectivement, on a failli l’éditer en langue française avant même la première édition en langue originale qui ne date que de 2019. Or, nous travaillons depuis huit ans sur ce projet. Au final, nous sommes plutôt heureux de le sortir après, car cela nous a permis de vérifier que le tapuscrit sur lequel nous nous basions était bien la dernière version qu’il avait soumis aux éditeurs dans les années 1930.

Armando Coxe : Il existait deux moutures du texte. En 2008, j’était à New-York pour faire des recherche pour l’exposition, le colloque et le projet musical prévus l’année suivante. J’étais donc au Schomburg center à Harlem où je consultais les archives relatives à Claude McKay. La personne qui me conseillait alors me dit de consulter un tapuscrit d’un roman inédit, Romance in Marseille. À l’époque, je l’ai parcouru mais sans avoir l’autorisation d’en avoir copie. Mon deuxième contact se passe à Londres toujours dans le cadre de la préparation de l’exposition McKay. Spécialiste de littérature anglaise et caribéenne, Richard Bradbury me propose de passer chez lui où il conserve une bonne part des archives de l’auteur. Je m’y suis précipité et nous avons passé une nuit entière à éplucher ces archives.

Comment sont-elles arrivées en sa possession ?

Armando Coxe : À l’époque l’agent littéraire de McKay, Karl Cowl avait prévu de céder une partie des archives à Richard Bradbury mais il est mort d’une crise cardiaque et Bradbury s’est retrouvé avec ses archives sans vraiment en être propriétaire. À l’époque, il me confie un tapuscrit. Je lui demande alors à qui je dois demander les droits. À l’époque, le Schomburg center réclamait qu’on passe par eux pour les droits. Au final, l’œuvre de McKay est tombée dans le domaine public en 2019.

Le deuxième miracle est littéraire. À l’origine de l’anecdote qui lance le livre, il y a une histoire vraie. Claude McKay intervient en tant qu’écrivain pour faire pression sur la compagnie Fabre qui a jeté en prison un passager clandestin dans les mêmes conditions que décrites dans le livre. Avez-vous trouvé trace de cette histoire dans les archives ?

Renaud Boukh : Romance in Marseille est un roman où McKay raconte une histoire, ce qui le distingue de Banjo, construit comme une suite de scènes, sans véritable fil directeur. À la base, tout part d’un fait-divers. Claude Mckay fait pour la première fois usage de son autorité d’écrivain. Il venait de faire paraître Home to Harlem, son premier best seller, couronné par un prix littéraire. Il apprend donc que la compagnie Fabre a fait enfermer un passager clandestin, amputé des deux jambes après avoir été placé dans la chambre de refroidissement des moteurs du bateau où il avait embarqué.

Il s’adresse donc à celle-ci et la menace à mots couverts de faire paraître un livre sur une compagnie maritime internationale qui aurait ce type de pratique. Il obtient un recul de la compagnie qui renonce à ses poursuites. On retrouve cette histoire dans Romance in Marseille, le roman qu’il menaçait de faire. Son double littéraire, Étienne Saint-Dominique, fait de même pour libérer Lafala.

Cette histoire permet à McKay de retourner à Marseille. Mais, au contraire de Banjo où elle est le sujet central, la ville et le quartier réservé y apparaissent comme esquissés. Est-ce là le signe d’une nouvelle manière littéraire ?

Renaud Boukh : Le roman est épuré, elliptique, avec une narration extérieure à l’histoire. C’est une esthétique très contemporaine. Quand il entreprend de l’écrire, il vit à Tanger et a quitté la France depuis trois ans. Cela explique peut-être que la description soit moins précise. Plus que tout, il a voulu garder le sentiment du port d’escale. C’est ce qu’il dit dans son autobiographie quand il dit que l’attrait de la mer est au-delà de la mer.

Armando Coxe : C’est ce que dit Blaise Cendrars quand il dit que Marseille appartient à ceux qui viennent du large. On trouve dans son œuvre tout une taxinomie des couleurs de peau. Comme si, sans cesse, il demandait de quel noir parle-t-on. C’est là encore très contemporain. Cela rejoint ce que dira plus tard James Baldwin. Il se réjouit d’être libre en France tout en soulignant que ce respect du peuple français est dû à son passeport américain. Dans son autobiographie, un mac corse lui dit la même chose pour le distinguer des Sénégalais, terme qui désigne tous les noirs d’Afrique. McKay n’est pas dans le concept de défense d’une race, mais dans un rapport à une identité diasporique et culturelle. Il est une voix dissonante de cette obsession raciale.

De la même manière que pour Marseille, l’Afrique dont il parle et dont vient Lafala est une Afrique indistincte, mythique qui n’est pas celle que McKay connaît puisqu’il a vécu surtout en Afrique du Nord. Cette vision est à mi-chemin de l’élite noire, éduquée, de la renaissance d’Harlem qui dicte ce qui est de bon goût, et du mythe du retour en Afrique défendu par Marcus Garvey. En cela, Claude McKay échappe aux catégories.

Il se situe dans cet espace flou entre essentialisme et anti-essentialisme. Après la lecture de son roman Home to Harlem, Web Dubois, la grande figure de la renaissance d’Harlem dira qu’il a eu envie de prendre une douche. Claude McKay ne voulait pas être assigné à une couleur de peau. Comme le personnage du roman, il veut incarner un homme noir debout. Au fond, il dit : “je suis noir et je vous emmerde”. Il ne veut pas être ce noir qui permet aux suprémacistes noirs d’exister.

La jaquette dessinée par Carlos Lòpez Chirivella est un hommage à la première édition de Banjo en 1929, typique de l’esthétique d’Harlem Renaissance.

On présente parfois Claude McKay comme un écrivain voyageur mais il est plutôt un vagabond, un passager clandestin du monde…

Renaud Boukh : Cela correspond à cette écriture des marges, un des aspects que notre maison d’édition, Héliotropismes souhaite mettre avant. Il est errant plus que voyageur. Les marges, il les intègre. Même sur le plan de son orientation sexuelle, il reste difficile à définir. D’ailleurs, nous avons acquis les droits de la traduction d’Un sacré bout de chemin, paru chez André Dimanche. C’est comme la malle de Pessoa, on ne cesse de découvrir des choses sur son œuvre.

Romance in Marseille est aussi un roman queer. Il donne à voir, en 1930, des couples lesbiens, gays…

Armando Coxe : Plus qu’aux historiens, il faut faire confiance à la littérature pour décrire ce quartier à l’époque. Car dans l’historiographie c’est la conception hygiéniste qui s’impose. Il faut se souvenir d’André Suarès qui parle de musique du diable en parlant des cabarets de Saint-Jean. Walter Benjamin s’arrêtera à Belsunce comme si c’était le bout du monde. Le seul à entrer dans La Fosse et à décrire la vie du quartier réservé est Claude McKay.


Marsactu vous donne à lire en avant-première des extraits de Romance in Marseille. L’ouvrage est d’ores et déjà disponible sur le site des éditions Héliotropismes avant sa sortie en librairie, le 4 juin prochain.

Chapitre I

Dans le service principal du grand hôpital, Lafala était allongé comme un tronc d’arbre abattu et songeait à la perte de ses jambes. Pour la première fois de sa vie, il comprenait le plaisir et la joie que l’on peut ressentir à posséder une belle paire de jambes.
Soudain happé par le souvenir de son enfance dans la brousse, quand il jouait, nu, en compagnie d’autres jeunes Noirs, il fut submergé par un flot d’émotions, retrouvant l’étrange délectation des membres de sa tribu à la vue de corps athlétiques pourvus de belles jambes fermes et luisantes.

Les anciens du village estimaient la valeur des jeunes gens à la forme de leurs jambes et de leurs bras. Des jambes longues et minces feraient de bons nageurs. Des jambes robustes et trapues, de bons porteurs. Les jambes souples et musclées étaient celles des coureurs de fond. Et ceux qui avaient de longs bras ballants excelleraient dans l’escalade des palmiers et des arbres de la jungle.

Les garçons appréciaient les filles en fonction de la forme de leurs jambes, de la taille de leurs hanches et de la fermeté de leurs cuisses, dont le mouvement symétrique répondait à celui de leurs bras ornés de corail, maintenus légèrement écartés pour stabiliser les fardeaux posés sur leur tête.

Enfant, Lafala était fier de ses jambes, participant à tous les jeux de jambes de l’enfance, courant, grimpant, sautant et dansant au clair de lune dans la cour du village. Il se revoyait allongé, nu, sous la lumière de la lune et des étoiles, ses camarades traçant le contour de son corps à l’aide d’un morceau de poterie. Lorsqu’ils avaient terminé leur dessin, ils se donnaient la main et dansaient tout autour en chantant L’Enfant du clair de lune. Il se souvenait encore du choc délicieux de la plongée dans les hautes herbes, quand la fraîcheur du petit matin succédait à la chaleur de la nuit et que la rosée de l’aube trempait sa peau nue…

Les missionnaires l’avaient emmené, encore tout enfant, de la brousse à la ville où ils résidaient et enseignaient. Là, ses jambes furent bientôt recouvertes de pantalons, et vite, bien vite, il fit notamment l’apprentissage d’un délice nouveau… Ses jambes pouvaient jouer, tel un quartet de musiciens, l’intime musique de chambre de la vie. Des notes fortes puis des notes douces, comme un murmure, un souffle chaud, un long baiser silencieux, des flûtes et des harpes rassemblées en un chœur rituel pour des aventures enchanteresses, vibrant puis s’élevant à l’unisson pour célébrer la vie, laissant des sensations inoubliables dans le sang et dans la mémoire.

Jambes d’ébène, jambes de cuivre, jambes d’ivoire, se mouvant pêle-mêle les unes derrière les autres dans son imagination… Sur la pointe, sur les talons, sur la plante des pieds, les jambes de Lafala l’avaient conduit en dansant de l’Afrique à l’Europe, et de l’Europe à l’Amérique…

Ses jambes… Ses pieds, qui avaient l’habitude de s’enfoncer dans le sol natal, dans de moelleux tas de feuilles et de douces touffes d’herbe, se trouvèrent bientôt initiés au luxe des chaussettes, des chaussures et des lits en fer.

Lafala avait continué à vagabonder de manière incroyable, à changer de lieu sans arrêt comme un jeune pèlerin insouciant muni seulement de son bâton, jouant des variations sur la marche à pied.

Que viennent les problèmes, les soucis, les jours de cafard sans travail, sans rien à manger, sans amour… Tout s’oublie dans la danse… Ne pas penser à l’âge, aux accidents, à la corruption et au déclin de la jeunesse, ni à l’infestation de la chair juvénile et ferme par les vers, jusqu’au squelette. Ses jambes dansantes le porteraient loin de tout cela.
Elles lui avaient été brutalement arrachées et il gisait là, sans défense.

(…)


Chapitre VII

Largement ouverte, tel un immense éventail éclaboussé de couleurs éclatantes, Marseille s’étalait nue dans la gloire du soleil de midi, comme une fièvre embrasant tous les sens, à la fois attirante et repoussante, pleine de la féerie incessante des bateaux et des hommes. Magnifique port de Méditerranée. Port de tous les rêves et de tous les cauchemars des marins. Régal des vagabonds, avec sa prodigieuse Jetée.

Port aux innombrables navires, les uns filant vers la haute mer, les autres rejoignant les docks en vrombissant, qui dotaient la ville d’une vitalité fleurant bon la sueur et offraient de quoi vivre à l’ouvrier, au patron, au marchand ambulant, à la prostituée, au maquereau, au clochard. Et puis le quai du Port, fascinant, menaçant, turbulent, contre lequel venait se briser, mousse épaisse et bouillonnante, l’écume de la vie, magma de passions et de désirs.
Au bord de ce Quai vivait une petite colonie de gens de couleur, au sein de laquelle s’affrontaient deux belles rivales à la peau d’ébène.

Il s’agissait de deux prostituées connues sous les noms d’Aslima et de La Fleur Noire.
Aslima était surnommée « la tigresse » et sa souveraineté sur le Quai était restée longtemps incontestée, jusqu’à l’arrivée de La Fleur. Le conflit entre les deux était inévitable car, si Aslima était solide et impétueuse, La Fleur avait la vivacité du serpent. Aslima était robuste, bourrée de sève et d’énergie, en dépit de l’exténuante prodigalité dont elle faisait preuve. La Fleur était petite et sèche, et aurait pu tout à fait servir de modèle pour l’une de ces poupées de cire brune à la mode.

(…)


Chapitre XIV

En dehors de sa magnifique Jetée et du Quai où tous les vagabonds, les clochards, les marginaux et les hors-la-loi de toutes les civilisations se rassemblaient comme un essaim de guêpes dans l’amour et la haine, bourdonnant et butinant les ordures du Vieux-Port, Marseille possédait aussi une Maison des Gens de Mer et des Travailleurs.

Cette maison était bien différente de la pieuse Mission des Marins dirigée par un Anglais et située près de la Jetée. Dans la décennie qui avait suivi la Révolution russe, on avait vu surgir dans les principaux ports européens des clubs de marins d’un esprit très différent des anciens gîtes ou missions à l’ancienne.

La Maison des Gens de Mer était située – Dieu seul sait pourquoi – dans le plus sordide et le moins intéressant des quartiers populaires de Marseille. C’était un vaste bâtiment comprenant un bar, des salles de loisirs, une bibliothèque et un théâtre. L’atmosphère était bonne. Il n’y avait pas de prêche, pas d’hymnes religieux, ni de l’ancienne ni de la nouvelle religion radicale. Cependant peu de marins se laissaient persuader d’y aller. Du moins, ceux qui y allaient ne ressemblaient en rien aux forts-à-bras des docks.

La Maison était en réalité trop éloignée des endroits que fréquentaient les marins. Le Quai était beaucoup plus attirant. Malgré son côté sale et puant, on y trouvait des éclats de couleur. Chiens et chats se disputaient des restes en montrant les dents, et sans relâche, jour et nuit, les vagues de la Méditerranée éclaboussaient la chaussée, le mistral soufflait entre les maisons lugubres et le soleil de midi absorbait les mauvaises odeurs.

(…)


Chapitre XXI

Grand-Blond et Petit-Frère étaient allés dîner dans un restaurant chinois. Petit-Frère avait un bon coup de fourchette. Ils prirent plusieurs plats différents : du sauté de porc au céleri, des émincés de poulet, du poisson en sauce, le tout accompagné de riz et de thé. Après le repas, ils se rendirent au Petit Pain, un troquet qui était l’endroit favori de Grand-Blond quand il se sentait d’humeur sentimentale et qu’il voulait passer une soirée tranquille avec son Petit ami.

Le café était situé dans un autre quartier de Marseille, loin du Quai et de son atmosphère fiévreuse. Il se trouvait près de la gare Saint-Charles, dans une traverse sombre et étroite. Comme la ruelle elle-même, le café avait quelque chose d’un peu sinistre, mais aussi un côté attirant, une ambiance difficile à définir. Un étrange mélange évoquant différentes émotions, entre le rire et les larmes, l’obscène et le doux-amer.

Le bar était tenu par un homme plutôt jeune et sa compagne plus âgée. L’homme était grand et très maigre, et son visage blafard semblait parcheminé, sa peau comme tendue autour de la bouche. La femme était plutôt expansive, joyeuse, ce qui contrastait avec la rudesse de l’homme.

Quelques clients s’y trouvaient lorsque Grand-Blond et Petit-Frère firent leur entrée. Deux hommes respectables de la petite-bourgeoisie jouaient aux dés avec trois jeunes gens, venus à l’évidence des quartiers populaires. Deux jeunes et beaux marins sirotaient du cognac en compagnie d’un jeune homme tout de noir vêtu, comme un danseur mondain. Ils trempaient des morceaux de sucre dans leur cognac et les croquaient, et la joue droite du jeune homme se déformait à intervalles réguliers comme celle d’un pauvre poisson sorti de l’eau cherchant à reprendre sa respiration. Un militaire était assis tout seul devant une petite bière. Et, également seule à une table, dans un coin du bar, se trouvait une femme au visage décrépit devant un demi-verre de café arrosé de cognac, les coudes posés sur la table, les doigts croisés devant les yeux.

Un phonographe au bout du comptoir crachait un morceau de bal musette, mais la musique semblait plaintive, comme si elle se demandait pourquoi on ne lui accordait pas plus d’attention.

Grand-Blond commanda deux cafés et deux verres de cognac et demanda qu’on lui apporte un damier. Lui et Petit-Frère entamèrent une partie. Petit-Frère n’excellait pas au jeu de dames, et Grand-Blond fit volontairement des coups maladroits pour lui donner une chance et rendre la partie intéressante. Pendant que Petit-Frère, qui venait de gagner, se donnait des airs et fanfaronnait, un taxi déboucha lentement dans la ruelle et s’arrêta devant le Petit Pain. Babel en descendit puis aida Lafala à sortir, suivi par Saint-Dominique et Falope. Ils entrèrent dans le café, apportant à son ambiance jusque-là plutôt blafarde un peu de cette couleur exotique qui fait la renommée de Marseille.

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Commentaires

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  1. Zumbi Zumbi

    Merci, cela donne envie de lire tout le reste…
    Une remarque : il n’y a jamais eu à Moscou de congrès de la IVeme Internationale, qui fut fondée près de Paris en 1938, à un moment où les Russes partisans de Trotsky étaient morts, au Goulag ou bien en exil.

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  2. Adampollo_27 Adampollo_27

    Dans le cas de McKay, il s’agit du quatrième Congrès de l’Internationale Communiste, qui a eu lieu du 5 Novembre au 5 décembre 1922 à Moscou.

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