Approvisionnement en vaccins dans les Bouches-du-Rhône : une visibilité à trois jours

Interview
le 20 Jan 2021
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Pour le moment, le département bénéficie de suffisamment de doses pour vacciner les personnes volontaires parmi les populations prioritaires. Mais la situation pourrait ne pas durer. C'est en tout cas la crainte du chef de la pharmacie de l'AP-HM, où les stocks de vaccin pour tout le département sont centralisés.

Pierre Bertault-Peres pose avec un flacon du vaccin. (Photo : AP-HM)

Pierre Bertault-Peres pose avec un flacon du vaccin. (Photo : AP-HM)

La campagne de vaccination a pris un tournant ce lundi. Avec la distribution des doses dans des centres de vaccination déjà en place ou créés pour l’occasion, elle se déroule désormais à l’extérieur des hôpitaux et des Ehpad, qui ont ouvert le dispositif. Le vaccin est aujourd’hui censé être accessible à toute personne âgée de plus de 75 ans ainsi qu’aux soignants de plus de 50 ans. Dans cette logique, la mairie de Marseille, comme d’autres villes, a ouvert lundi son premier centre de vaccination Covid, dans l’enceinte même de l’hôtel de Ville. Le maire a profité de l’occasion pour se montrer rassurant : les doses sont reçues à l’avance, et chacun peut s’y faire vacciner en prenant un rendez-vous d’ici à trois semaines, a-t-il déclaré.

Les flacons du vaccin pour tout le département sont stockés à la Timone. (Photo : AP-HM)

D’autres sont moins optimistes. C’est le cas de Pierre Bertault-Peres, chef de la pharmacie de l’AP-HM. Avant d’être dispatchées dans les centres de vaccination de tout le département, les doses sont stockées dans le “super congélateur” des hôpitaux de Marseille. Il revient ensuite à Pierre Bertault-Peres de répartir les flacons en fonction de la demande mais surtout, de l’offre. Point sur la situation.

Depuis le lancement de la vaccination, on parle beaucoup d’une situation à “flux tendu” avec un grand manque de visibilité. Comment cela se concrétise dans le département ?

Je confirme. Si on parle à l’instant T [mardi 19 janvier dans l’après-midi, ndlr] il me reste 775 flacons et je n’ai pas fini de distribuer ce que j’ai promis pour demain [mercredi]. Cela veut dire que j’ai de quoi travailler mercredi, sans doute aussi jeudi, mais pour vendredi, je ne peux rien garantir à personne. On est partis avec quelques dizaines de flacons par jour, lundi, j’en ai sorti 900 et des brouettes. Le rythme de livraison est un rythme qui a été décidé en haut lieu par des gens sachants [il marque une pause]… On te dit tu as droit à trois oranges, il y 50 personnes, ça sera trois oranges. Ce n’est pas une situation agréable.

En parallèle, vous avez des ouvertures de centres de vaccination – et c’est très bien – dans tous les coins et des montées en charge des centres déjà existants. Je suis donc en permanence en train de répondre aux sollicitations et de me demander jusqu’où je peux aller. Au fur et à mesure que ça rentre j’essaye de “réserver” les flacons. C’est très bien d’ouvrir des centres. Mais derrière, on ne se pose pas trop de questions…

Aujourd’hui, on a donc une visibilité sur trois jours ?

Oui, je dois recevoir entre aujourd’hui [mardi] et mercredi 1000 flacons. Mais 1000 flacons, ce n’est pas grand-chose.

Pensez-vous qu’à un moment ça risque de coincer ?

Pour le moment ça n’a pas encore coincé. Mais je suis un peu résigné. Un de ces jours ça va coincer, et je dirai : “je ne peux pas”.

Les centres de vaccination sont ouverts par un grand nombre d’acteurs, collectivités, établissements privés, comment gérer cela ?

C’est une horreur ! (rires) Enfin, c’est bien, mais c’est une horreur pour moi. Aujourd’hui, j’ai 150 clients. La semaine prochaine, j’en aurais 200. Et celle d’après encore plus. Des centres de vaccination sont ouverts par le département, les mairies, les clubs de professionnels de santé… Tout cela se met en place. J’ai aussi les demandes des maisons de retraite, qui ne sont pas des Ehpad, de tous les centres d’accueil des handicapés, des maisons de dialyse… Bref, j’ai une liste à la Prévert qui s’allonge. Si j’avais suffisamment de vaccins ça serait parfait. Mais ce n’est pas le cas. Je passe donc 10 heures par jour à répondre aux mails, à donner les informations…

Question de vocabulaire qui a son importance : vous parlez de flacons alors qu’on entend plutôt parler de doses ?

Je suis pharmacien et donc je parle toujours en flacon. Avec un flacon, certains font cinq doses quand d’autres en font six, on ne va pas leur jeter la pierre. La vérité doit être autour de 5,5 et avec l’habitude on devrait arriver à en faire 6.

Chaque flacon contient donc plusieurs doses, à utiliser immédiatement. Cela vient-il rendre encore plus complexe la répartition en vous obligeant à raisonner par multiple de 5 ou 6 pour éviter les pertes ?

Je raisonne en flacon et non en volumétrie. Le bon côté des choses, parce qu’il en faut, est qu’il y a très peu de perte. Quand vous arrivez en fin d’après-midi et qu’il reste trois doses dans un flacon, vous demandez si quelqu’un veut se faire vacciner et vous faites un heureux. Ce ne sont pas forcément les gens qui sont pile dans le cœur de cible, ce sont plutôt les 1 % qui passent par là et qui sont dans leur jour de chance.

Dans quelques jours, les personnes qui ont reçu une première injection vont devoir recevoir la seconde. Comment envisagez-vous cette nouvelle phase ?

Ma philosophie là-dessus, et je n’en sortirai pas, est de privilégier les deuxièmes injections, c’est-à-dire la vaccination complète. Peut-être qu’à ce moment-là, c’est-à-dire la semaine prochaine, on ne vaccinera plus de primo patient. Sinon, c’est un coup à devoir faire une troisième dose, ce serait une gabegie.

 

La vaccination dans le département en chiffres
Le maire de Marseille estime la population de Marseillais de plus de 75 ans à 80 000, et 200 000 dans les Bouches-du-Rhône. En tout, à terme, ce sont 13 centres de vaccinations qui doivent quadriller le département. À titre d’exemple, dans le week-end, 2300 personnes se sont inscrites dans le centre de vaccination municipal de l’hôtel de Ville, où 100 personnes peuvent actuellement être vaccinées par jour. Dans les Bouches-du-Rhône, c’est un total de 1500 vaccinations qui seraient réalisées chaque jour, dont la moitié environ à Marseille. Le département a déjà bénéficié de 11 000 doses.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Merci pour cette enquête interview au coeur du dispositif. Et merci à ce pharmacien d’avoir répondu sincèrement à vos questions. (A ses risques ?).
    Toutefois, à la lecture de l’interview on a l’impression que de plus en plus de personnes ont accès à la vaccination facilement, il nous apprend que de nombreux centres de vaccination ouvrent ici et là pour le public concerné. Mais qui informe qui ? N’y a-t-il pas des “réseaux bien informés” ?
    Car les personnes de plus de 75 ans lambda autour de moi ont pour seule info : prendre rdv sur doctolib ou téléphone 0800…Or sur Doctolib aucun rdv possible depuis vendredi dernier, le numéro 0800 ne “repond pas”… des personnes de plus de 75 ans vivant à leur domicile ne parviennent pas à avoir un rdv, ni même un interlocuteur, une information. D’où la question : par quel “réseau” marseillais faut-il passer ?
    On comprend qu’il n’y a pas suffisamment de doses, qu’il va falloir attendre des semaines, des mois sûrement. Mais on s’interroge sur qui a pu prendre rdv et comment.

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    • LN LN

      Quand hier on a vu Muselier se faire vacciner alors qu’il est loin d’être prioritaire (!) on s’est posé la question. Cela se fait il à la marseillaise ? Au piston ? Au passe droit ? Il n’y aurait rien de surprenant…

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    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      Bonjour LN, sur le cas précis de Renaud Muselier, il s’est fait vacciner en tant que soignant de plus de cinquante ans, tout comme l’avait fait Michèle Rubirola avant lui.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Comme d’habitude le système marseillais visiblement semble s’être mis en place.
    Après les industriels ne peuvent fournir les produits avant qu’ils ne soient fabriqués. Faut être un peu patient et arréter de dire des âneries.
    Certains dans Marseille au printemps avaient des masques “récupérés” dans les hôpitaux, maintenant ce sont les vaccins . Rien de nouveau sous le soleil.

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  3. soleil marseillais soleil marseillais

    Ce sont la préfecture et surtout l’Agence Régionale de Santé qui sont chargées de la coordination régionale et départementale donc de l’autorisation de l’ouverture des centres et du dispaching des doses… je suppose au regard des besoins qui ont été auparavant répertoriés par territoires et types de personnes à vacciner… Marsactu n’ a t il pas plus d’infos de ce côté là?

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  4. BRASILIA8 BRASILIA8

    et dire que l’Etat a payé des cabinets de “Conseil” que l’ARS fourmille de cadre de “haut niveau” pour en arriver à cette situation !!
    les uns programment des envois de doses sans se préoccuper des besoins
    les autres ouvrent des centres sans se préoccuper de savoir s’il y aura des doses mais en profite pour se montrer
    tout cela ressemble à la plus belle inorganisation possible elle pourra être enseigner plus tard comme l’exemple à ne pas suivre

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  5. gabeloupasfou gabeloupasfou

    Je tente tous les jours depuis ce week-end d’obtenir un rdv en ligne pour la vaccination de mes 2 parents à Marseille, il n’y a rien.
    Sans rdv ou liste d’attente je ne vois pas comment la vaccination pourra être ouverte à la date prévue pour les plus de 65 alors que quantité de +75 n’auront pas pas bu bénéficier de la 1ère injection.

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  6. Marc Eisinger Marc Eisinger

    Impossible d prendre un rdv à Marseille.

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  7. Jeanne SAADA Jeanne SAADA

    Pourquoi Marsactu n’informe-t-il pas ses lecteurs sur l’absolue impossibilité d’être vacciné depuis un mois à Marseille ? J’ai 86 ans, je consulte plusieurs fois par jour Doctolib sans succès ; et il est inutile de téléphoner.
    Nous sommes tellement dans cette situation que cela constitue une “information”, que Marsactu pourrait vérifier en essayant de se brancher chaque jour !
    Au surplus, Doctolib ne demande jamais l’âge des candidats à un vaccin : en quoi est-il donc réservé aux plus de 65 ou 75 ans ?

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  8. TINO TINO

    Bonjour depuis 1 mois mes parents de 90 ans n’arrivent pas à avoir accès au centre de vaccination pour s’inscrire
    cela fonctionne mieux dans les petites villes alentours qu’à Marseille qui concenrre la majeure partie de la population du département

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