Apologie du terrorisme lors de l’hommage à Samuel Paty : un collégien de 14 ans relaxé

Info Marsactu
le 2 Déc 2021
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Mis en examen pour apologie du terrorisme, le jeune Khalid est le seul cas de ce type à avoir fait l'objet d'un procès pénal dans le ressort du tribunal judiciaire de Marseille. Aucun élément n'ayant démontré sa radicalisation, il n'a pas été condamné.

Le collège Chape dans le 4e arrondissement de Marseille. (Photo : Emilio Guzman)

Le collège Chape dans le 4e arrondissement de Marseille. (Photo : Emilio Guzman)

C’est “un soulagement” pour l’avocate Anne-Sophie Grardel. Après une audience le 7 octobre, le tribunal judiciaire a décidé de la relaxe de son client, le jeune Khalid*. Depuis un an, ce jeune collégien afghan faisait l’objet de poursuites pour apologie du terrorisme. À 14 ans, on lui reprochait son attitude et ses propos lors de l’hommage rendu à Samuel Paty au collège Chape (4e arrondissement) en novembre 2020.

Dans un contexte où le ministre de l’Éducation nationale avait appelé en amont à une extrême vigilance de ses services sur les comportements des élèves, Khalid avait été le cas pris le plus au sérieux dans le département. Lors d’un cours d’EPS, scène d’une discussion organisée à la va-vite au retour des vacances de la Toussaint, ses propos avaient choqué ses camarades. Marsactu avait longuement raconté sur la base de multiples documents et témoignages l’épisode qui avait enflammé ce paisible établissement scolaire, avant de rencontrer l’adolescent.

Les propos les plus choquants jamais étayés par l’enquête

Khalid était apparu comme s’exprimant dans un français balbutiant, découvrant l’école en France après douze ans de vie en Afghanistan. Ce 2 novembre 2020, il avait répété à plusieurs reprises que Samuel Paty n’avait “pas à faire ça”, pas à parler de religion à l’école. Aux demandes répétées de ses camarades cherchant à savoir s’il cautionnait l’acte du terroriste tchétchène, il avait répondu “oui”. S’il avait constaté les mêmes propos de la part de sa propre enseignante d’histoire-géo, il l’aurait “filmée et mise sur Instagram”. Dans son signalement, la principale, absente au moment des faits, indiquera aux policiers dépêchés sur place qu’il aurait dit : “Je connaissais l’agresseur et moi aussi, je l’aurais tué.”

Ces propos ne seront jamais corroborés. Les autres éléments restaient difficiles à interpréter pour d’autres témoins, le français rudimentaire de l’élève semblant en totale inadéquation avec le vocabulaire employé. Auprès de Marsactu, l’enseignante d’EPS avait d’emblée démenti toute intention de passage à l’acte. Mais la machine judiciaire était lancée. Au bout de 48 heures de garde à vue, Khalid était mis en examen pour apologie du terrorisme malgré les faibles éléments recueillis par l’enquête. Ni la perquisition effectuée au domicile familial, ni l’examen de son téléphone portable n’avaient révélé d’élément probant en dehors de la présence d’une vidéo critiquant Emmanuel Macron, présenté barré d’une croix rouge. Toutefois, le discours qu’il contenait, prononcé en arabe, n’était pas accessible à Khalid qui ne parle que pachtoun.

“Des valeurs opposées à l’islamisme radical”

Enquête sociale, examen psychologique, l’essentiel des investigations conduites par une juge d’instruction a alors consisté à tenter de comprendre si le jeune Khalid pouvait constituer un danger pour le pays. Rien n’est venu corroborer cela. Le parcours même de la famille plaide dans l’autre sens. Le père a bien fui les Talibans qui le menaçaient à Koundouz, a obtenu l’asile en France, puis fait venir sa femme et ses enfants.

Nous n’avons repéré aucun signe laissant penser à des pratiques religieuses déviantes ou à des pensées extrêmes de violences.

Extrait du rapport d’un psychologue

Inséré socialement, gérant d’un snack, le père est présenté comme le pilier d’une famille qui ne pose pas de problème. Le jeune homme apparaît sous étroite surveillance paternelle. La pratique religieuse de la famille a été lue comme classique. La famille est présentée par une éducatrice qui l’a suivie comme “élevé par ses parents dans des valeurs opposés à celles prônées par l’islamisme radical”. Le psychologue va plus loin et assure dans la conclusion de son rapport : “Nous pensons que [Khalid] n’est pas dans un processus de radicalisation et nous n’avons repéré aucun signe laissant penser à des pratiques religieuses déviantes ou à des pensées extrêmes de violences ou d’incitation à la violence.” À l’audience, ces éléments ont été rappelés par les travailleurs sociaux qui ont effectué ces rapports. Le représentant du parquet a demandé deux mois de prison avec sursis avant que ne soit relaxé Khalid. “Suite aux débats qui se sont tenus lors de l’audience, le parquet de Marseille n’entend pas faire appel de la décision de relaxe”, annonce-t-il aujourd’hui à Marsactu.

Khalid est donc désormais définitivement relaxé. Pour son avocate Anne-Sophie Grardel, l’affaire aura été le fruit d’une “justice d’urgence qui est intervenue après l’affaire Samuel Paty. Dès que quelqu’un bougeait une oreille, ça y est, c’était de l’apologie. Il y a clairement eu un emballement.” Délesté de cette affaire qui l’a, selon les experts, “traumatisé“, Khalid peut poursuivre plus sereinement son cursus. Il étudie désormais en CAP dans un autre établissement scolaire de Marseille, le collège Chape l’ayant à l’automne 2020 définitivement exclu.

Sur huit dossiers, aucune condamnation dans le ressort du parquet de Marseille
Interrogé par Marsactu, le parquet de Marseille a accepté de revenir sur les suites données aux signalements effectués par l’Éducation nationale après les hommages rendus à Samuel Paty, assassiné à l’automne 2020. Huit signalements avaient été transmis à la préfecture dont 6 ont donné lieu à des ouvertures d’enquête par le parquet de Marseille : “un a fait l’objet d’un classement sans suite pour absence d’infraction, quatre d’un classement sans suite après rappel à la loi par le délégué du procureur et un a fait l’objet de poursuites pénales”, explique la porte-parole de Dominique Laurens, la procureure de la République. Ce dernier dossier était celui de Khalid. À ce jour, aucun élève n’a donc été condamné dans le département pour apologie du terrorisme. Pour les un an de la mort de l’enseignant, après un nouvel hommage, le parquet de Marseille a été destinataire de quatre nouveaux signalements.
* Le prénom du collégien a été changé.

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Commentaires

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  1. Zumbi Zumbi

    Ce serait bien que symboliquement les autorités scolaires effacent l’exclusion de son dossier scolaire.

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  2. Patafanari Patafanari

    Il venait d’arriver. Il n’avait pas les codes.

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  3. VitroPhil VitroPhil

    Emballement le mot juste qui décrit si bien notre
    époque.

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