LES AILES DU GABIAN

UNE MÉTROPOLE QUI NE SAIT PAS OÙ ELLE VA

Billet de blog
le 30 Avr 2026
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Faute d’avoir pu décider un budget pour l’année 2026, la Métropole s’en est donc remise au préfet pour élaborer ce point essentiel de la politique métropolitaine. Cette indécision est grave, mais elle est, surtout, le symptôme d’une grande faiblesse.

La démission budgétaire

Le conseil métropolitain a refusé de voter un budget pour l’année 2026. Croyant faire un joli coup et forcer l’État central à prendre des responsabilités qu’il ne voulait pas assumer, la Métropole a surtout manifesté la faiblesse d’une démission. Refuser de voter un budget, ce n’est pas faire montre d’une finesse politique, c’est manifester un abandon : le Conseil métropolitain a quitté son pouvoir, a démissionné devant l’État central. Un tel acte en début de mandat augure mal de l’avenir de cette institution telle qu’elle est composée depuis son élection par les acteurs politiques institutionnels de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence. Ce que montre une telle démission, c’est, somme toute, que la Métropole ne veut pas du pouvoir dont elle dispose en se déniant à elle-même la possibilité d’élaborer un budget. Car ne nous berçons pas d’illusion : ce qui s’est passé cette année risque fort de se rejouer les années suivantes. Alors que tout le monde semblait manifester sa satisfaction devant la désignation de ce nouveau conseil, il engage sa première mandature avec un échec dans un domaine essentiel de la vie politique.

 

L’absence de projet de la Métropole

Ce que fait apparaître cette absence de décision, c’est surtout une absence de projet, et, au-delà, une absence d’identité politique. C’est que c’est cela, un budget : au-delà des chiffres, au-delà des « postes budgétaires », ce qu’exprime le budget d’une collectivité territoriale comme d’un état, c’est son projet, ce sont ses choix, ses orientations, ses prévisions. En refusant de voter son budget, la Métropole manifeste la réalité d’une absence de projet. La Métropole ne sait pas où elle va, elle ne sait même pas où elle voudrait aller, comment elle s’oriente, et, donc, elle demande au préfet de lui donner des priorités, à défaut de lui donner un projet. C’est que, quoi qu’il en soit, ce n’est pas au préfet de donner un projet à la Métropole : le projet, ce sont ses décideurs, ses acteurs politiques, qui sont chargés de le lui proposer. Ils ont été élus pour cela. Cette absence de projet manifeste la réalité devant laquelle nous nous trouvons : la Métropole n’a pas d’existence politique. Cet objet politique bizarre que nous évoquions la semaine dernière montre ce qu’il est : un véritable vide politique, une absence de pouvoir.

 

L’illusion d’un exécutif sans identité politique

L’exécutif métropolitain fait la preuve que l’absence d’identité et d’engagement fait de lui l’illusion d’un acteur politique. D’abord, il s’agit de ce fameux « bloc central » dont on nous rebat les oreilles, qui désigne un corps politique censé avant tout permettre d’éviter ce que les socialistes, les macronistes et les Républicains désignent ensemble comme « les extrêmes », mettant ainsi sur le même plan la gauche des Insoumis et l’extrême droite. Pour eux, c’était cela, l’urgence : tout faire pour que des Insoumis ne participent pas à l’exécutif. Au lieu d’élaborer avec eux un projet politique, les socialistes et les communistes ont préféré s’allier aux macronistes et aux Républicains pour construire une absence de budget. Une fois de plus, nous nous trouvons devant cette évidence que tous refusent de voir : le centre n’existe pas, le « bloc central » est une illusion. On est de gauche ou on est de droite, le budget est un budget de gauche ou un budget de droite, mais il faut le dire clairement. L’exécutif constitué autour de N. Isnard, composé de membres issus de partis de gauche et de partis de droite nous mène nécessairement à une impasse : il peut parler, il peut discuter, mais il ne peut rien faire, il ne peut rien « exécuter ». Ainsi, par exemple, il ne peut pas exprimer de choix clairs en matière fiscale, en matière d’investissements ou en matière de transports. Depuis longtemps, la droite, qui a un peu honte de dire ce qu’elle est (seule l’extrême droite l’assume), essaie de raconter qu’elle est du « centre », qu’il faut en finir avec la distinction entre la gauche et la droite. Mais l’absence de budget aura au moins cet avantage : elle met en évidence la nécessité politique d’un engagement clair et de la fin des petites compromissions, des petites lâchetés, des petites magouilles sur lesquelles se fonde cet exécutif soi-disant à la fois de gauche et de droite.

 

Le recours à l’État : le refus de la décentralisation

En recourant à l’État central, la Métropole d’Aix-Marseille exprime son refus d’une véritable décentralisation. Quand, en 1982, la gauche au pouvoir, celle du gouvernement de Pierre Mauroy, avait élaboré des lois de décentralisation proposées par Gaston Defferre, maire de Marseille et ministre de l’Intérieur, c’était pour en finir avec l’hégémonie française continue de l’état central, et pour donner aux collectivités locales les pouvoirs correspondant à leur rôle réel dans la vie politique. Les collectivités locales devenaient enfin adultes. Mais l’incertitude budgétaire devant laquelle nous met le refus de choisir de la Métropole consiste, en réalité, dans le refus de la décentralisation. « Ne nous laissez pas devenir adultes », dit à l’État central la Métropole qui ne veut pas de son pouvoir. Le refus de la décentralisation permet de mieux comprendre ce que manifestaient les opérations liées aux élections municipales, à Marseille, et à l’élection du conseil métropolitain. Ce n’était pas des Insoumis que B. Payan ne voulait pas, ce n’était pas de l’opposition entre la gauche et la droite que le Conseil métropolitain ne voulait pas en désignant l’exécutif hybride qu’il s’est donné : c’était de la réalité du pouvoir et de l’identité politique. En refusant de se donner un budget, la Métropole refuse les pouvoirs qui lui avaient été reconnus par les lois de décentralisation.

 

Une incertitude politique

La Métropole se retrouve ainsi (ou plutôt : elle se perd) dans une véritable incertitude, puisqu’elle s’en remet au préfet pour se voir imposer un budget qu’elle n’aura pas choisi. L’incertitude politique dans laquelle nous nous trouvons tient à l’incertitude de l’orientation de la Métropole. Et, de fait, comment pourrait-elle trouver des projets communs aux Républicains, aux macronistes, aux socialistes et aux communistes ? En se laissant porter par l’État central au gré des vents que représentent les choix du préfet, la Métropole vient dire qu’en réalité, elle ne veut pas de l’existence même qu’elle aurait pu trouver en l’exprimant par un budget. On peut alors se demander à quoi elle sert, quelle est son identité. Les communes qui en font partie perdent même le peu de pouvoir qu’elles avaient, puisqu’elles en avaient laissé une grande partie, en se fondant dans la Métropole. Cette incertitude politique est grave car, en étant incapable de se donner un budget, la Métropole fait la preuve qu’elle ne peut pas s’administrer, qu’elle n’est pas en mesure de proposer des choix de vie à celles et à ceux qui l’habitent. Ce qui est même encore plus grave, c’est qu’elle se montre ainsi incapable de susciter leur confiance, comme, de plus en plus, et, semble-t-il, partout, l’ensemble des institutions politiques. Mais nous devrions nous rappeler à quoi conduit l’absence de choix politiques des institutions : à des dictatures.

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