SUR LA SYRIE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
15 Avr 2018 0

Pour une fois, aujourd’hui, nous n’allons pas parler de Marseille mais de la Méditerranée. Sans doute importe-t-il de ne pas concevoir l’espace méditerranéen comme un ensemble morcelé de pays, d’états et de nations juxtaposés les uns à côté des autres comme dans un puzzle, mais de le concevoir comme un monde porteur d’une identité partagée. C’est pourquoi il nous faut parler de la situation en Syrie : nous sommes tous un peu dans la Ghouta.

Pourquoi la Syrie est-elle proche de nous ?

Bien sûr, la Syrie est loin de Marseille : elle se situe sur les bords orientaux de la Méditerranée. Mais justement parce qu’elle est, comme Marseille, au bord de la Méditerranée, elle est proche de nous : nous partageons un peu son passé, son histoire et sa culture, en partageant avec elle un espace commun. N’oublions pas non plus, tout de même que c’est dans les pays qui s’inscrivent aujourd’hui dans les états du Proche-Orient, Israël, Palestine, Syrie, que se déroulent les événements racontés dans la Bible, livre reconnu par les trois grandes religions du Proche-Orient, et que c’est dans ces pays que s’inscrit, ainsi, notre histoire commune. Mais, si la Syrie est proche de nous, c’est aussi parce que les tensions qui ont traversé la Méditerranée tout au long de son histoire ont toujours eu des incidences sur l’espace de Marseille en ayant des incidences sur la place de notre port et de notre ville dans l’espace méditerranéen. Après tout, sans doute, si la peste de 1720, qui constitue une sorte d’événement fondateur de l’identité marseillaise contemporaine, vient justement du Proche-Orient, puisque le Grand Saint-Antoine vient des ports du Levant, c’est une façon d’inscrire l’histoire de la ville, à Marseille, dans l’histoire de la Méditerranée, c’est-à-dire, en particulier, dans celle de la Syrie.

 

L’identité méditerranéenne

C’est que l’identité méditerranéenne s’est toujours traduite dans une sorte de géopolitique particulière qui se manifeste dans des empires, c’est-à-dire dans des grands espaces auxquels est reconnue une identité commune, une identité partagée, qu’il s’agisse de l’empire que constituaient la diffusion de la culture grecque et l’activité commerciale du monde athénien, de l’empire romain, puis de l’empire du christianisme, ou, finalement, de l’empire ottoman, qui demeurera un empire immense jusqu’à sa dissolution après l’échec de la Turquie alliée à l’Allemagne lors de la première guerre mondiale, qui entraînera, justement, dans le monde du Proche-Orient, le morcellement dont la situation politique contemporaine de la Méditerranée est l’héritière en une multitude de petits états, de petites nations, comme le Liban, la Syrie, la Jordanie, et, plus près de nous, après la deuxième guerre mondiale, Israël. C’est dans ce cadre et dans cette histoire qu’il importe de comprendre que, comme toutes les identités, l’identité méditerranéenne ne peut pleinement se comprendre que dans l’articulation des deux temps dont parle l’historien F. Braudel, précisément, pour commencer, à propos de l’histoire du monde méditerranéen, le temps court, celui des événements et des personnages, et le temps long, celui des cultures et des dynamiques profondes de l’évolution des langages, des cultures, des discours et de ce que l’on peut appeler l’inconscient de l’histoire.

 

Les menaces qui pèsent : pour une géopolitique méditerranéenne

Pour faire face aux menaces qui pèsent sur le monde méditerranéen, pour être en mesure de les comprendre et d’élaborer des stratégies nous permettant de nous protéger de ces menaces, il importe d’élaborer une géopolitique méditerranéenne. Cela peut se faire de trois manières. D’abord, il importe de multiplier les échanges de cultures, d’informations, de mémoires, entre les pays de l’espace méditerranéen. Tout un observatoire des médias et des cultures de la Méditerranée devrait s’instituer, et il pourrait, justement, se situer à Marseille, par exemple dans le cadre de l’École de journalisme et de communication de Marseille, en se fondant sur un travail commun engagé par des médias comme Marsactu, dans le sillage de la coopération engagée avec Médiapart.Par ailleurs, cette géopolitique méditerranéenne se fonderait sur la reconnaissance internationale de l’état palestinien et du Kurdistan, qui sont, finalement, les grands absents du traité de Versailles, puisque Israël, même avant trente ans de retard, a fini par s’instituer dans le prolongement de la déclaration de Lord Balfour, en 1917, mais que les Kurdes, répartis entre l’Irak, la Syrie et la Turquie, tardent encore à se faire reconnaître un état indépendant. La reconnaissance de cet état palestinien, constituant la reconnaissance du droit du peuple palestinien, comme des autres peuples de la Méditerranée, à un état, à un territoire, à des institutions, à une indépendance réelle, mettrait fin à une grande part des tensions de l’espace géopolitique de la Méditerranée. Enfin, cette géopolitique méditerranéenne pourrait s’instituer dans la naissance d’une organisation internationale de régulation et d’arbitrage qui pourrait réussir où l’O.N.U. semble bien avoir échoué, en partie parce que cette organisation internationale s’inscrirait dans un espace plus réduit et, justement, caractérisé par une identité culturelle et politique partagée.


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