Silence, ça pousse à Marseille

Billet de blog
par Le Sonar
le 17 Oct 2019
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Sous le béton Marseillais, terre propice à l’agriculture urbaine, de nombreux projets ont éclos depuis cinq ans. En réponse à des soucis écologiques et pédagogiques, les initiatives citoyennes ratissent des coins de verdure au coeur de la ville. Et ce, sans que leur projet ne soit connu de tous. Véritable retour à la nature, l’agriculture urbaine a des jours ensoleillés devant elle à Marseille, où elle bénéficie d’un contexte particulièrement favorable.

Entre la rocade, les rails et les immeubles, la ferme urbaine Le Talus (12è arrondissement) est dédiée à la découverte de l’agriculture urbaine. Photo : Emma Alonso

À deux pas du stade Vélodrome, sur le boulevard Rabatau, qui aurait imaginé qu’un îlot potager verrait le jour au beau milieu du béton ? Entre le parking d’un magasin bio et des immeubles vertigineux, un jardin de 300 m2 héberge un large éventail de produits issus de la terre. Sauge, basilic sacré, shiso rouge, fleurs de cosmos, pissenlits… L’association Bigoud’ a investi les lieux depuis mars pour y cultiver aromatiques et fleurs comestibles. Elle ne fait pas exception à Marseille, où nombre de projets d’agriculture urbaine ont émergé ces dernières années. Un emballement agro-écologique un peu tardif comparé à d’autres villes mais qui semble avoir un avenir radieux. 

L’agriculture urbaine répond à la volonté de faire le lien entre le monde urbain et rural. A Marseille, La Cité de l’agriculture dénombre 432 acteurs dans ce domaine. Créée en 2015, l’association veut fédérer le territoire autour d’une transition agro-écologique. En bref, elle recense les différentes initiatives, lance des études et joue un rôle de centre de ressources. « Nous sommes partis du constat que la ville de Marseille exporte 98% des fruits et légumes qu’elle produit et importe 98% de ce qu’elle consomme” développe Louis Roland, salarié de l’association. Aujourd’hui, 25 projets d’agriculture urbaine sont éparpillés aux quatre coins de la ville. 

“Marseille a un énorme potentiel” 

L’essor qu’a connu l’agriculture urbaine ces dernières années à Marseille est loin d’être terminé. La ville dispose de nombreux atouts qui en font un territoire favorable. Premier atout : les espaces où l’agriculture en pleine terre est possible, ce que nombre d’autres villes de taille équivalente ou inférieure ne permettent pas. La Cité de l’Agriculture en a identifié 70. «A Marseille, les conditions climatiques permettent de cultiver neuf mois sur douze contrairement aux autres villes qui ne peuvent cultiver que six mois dans l’année. (…) Marseille a un énorme potentiel, il ne manque plus qu’à l’exploiter » s’enthousiasme Louis Roland.

Cultiver à Marseille ou en campagne, ceux qui en ont fait l’expérience ne relèvent pas de différences majeures. Caroline Decque, fondatrice de l’association Bigoud’, explique même y trouver des avantages : « Nous avons accès à un réseau d’eau et d’électricité déjà existant, nous sommes proches des restaurants que nous livrons et en contact direct avec les citadins.» Une proximité qui porte ses fruits, favorisant une agriculture raisonnée, le circuit-court, la pédagogie et le vivre-ensemble. A cet effet, l’agriculture urbaine semble également conquérir les investisseurs. Depuis 2014, le Fonds Epicurien de Provence a levé plus de 500 000 euros de dons pour donner un coup de pouce aux associations et entreprises agricoles de la région. La Cité de l’Agriculture, Le Talus et Terre de Mars ont bénéficié de cette aide financière bienvenue. 

Convoitises politiques ? 

L’écologie n’a jamais pris autant de place politique qu’en 2019. L’importance d’Europe Ecologie Les Verts aux dernières élections européennes et les actions récentes d’Extinction Rébellion le confirment. Profitant de ce contexte, l’agriculture urbaine marseillaise commence à devenir attractive pour les élus et candidats politiques. Lors des Journées des Agricultures Urbaines les 15 et 16 octobre à Marseille, Martine Vassal a annoncé qu’un rapport sur l’agriculture urbaine sera présenté en conseil métropolitain. “Nous allons voter 100 actions pour deux millions d’euros dont les trois quarts seront consacrés à l’achat de foncier pour les mettre à dispositions des agriculteurs” a-t-elle confié à la Provence. Alors, vrai engagement ou argument de campagne ?

“Il existe déjà un vrai bouillonnement d’initiatives au niveau de la société civile. Mais le moment phare a été la prise de conscience du monde politique. Aujourd’hui, les élus sont de plus en plus convaincus” se félicite Louis Roland. La Cité de l’Agriculture touche déjà des subventions de différentes institutions, bien que les sommes restent assez faibles. Elle reçoit 10 000€ du Département en 2019 et 21500€ de différents services de la Métropole.

Mais peut-on vraiment parler de réveil alors que depuis déjà une trentaine d’années la mairie de Marseille a mis en place des fermes pédagogiques, qu’elle subventionne à hauteur de 225 000 euros par an. Ces fermes remplissent le même rôle que les projets citoyens d’agriculture urbaine : reconnecter les urbains à la production agricole et la nature. Elles accueillent chaque année 20 000 enfants et 7 000 adultes. “Les Marseillais sont sensibles aux questions écologiques mais souvent ils sont ignorants de ce qu’on fait. Ils ne savent pas que nous avons 3 fermes pédagogiques, 2 relais nature, que nous avons toute cette politique environnementale” regrette Monique Cordier, adjointe au développement durable et espaces verts à la Mairie de Marseille.

Reste alors à connecter tous ces acteurs. Carl Pfanner, co-fondateur de la ferme urbaine le Talus, l’avoue, le lien entre le monde politique et Le Talus était jusque là très ténu, mais s’intensifie depuis quelques mois. “Les politiques ont besoin d’exemples, de voir que ça marche. (…) Il faut leur donner quelque chose de concret.” Il se dit ouvert à toute discussion avec les acteurs politiques locaux. D’ailleurs, les journées portes-ouvertes du site le 5 octobre ont été l’occasion d’une rencontre avec Monique Cordier.

Marseille pourrait-elle devenir une ville à rayonnement mondial en terme d’agriculture urbaine ? En tout cas, les 48h de l’agriculture urbaine en mai dernier et Les journées de l’agriculture urbaine du 15 et 16 octobre, ont réuni, à Marseille, des acteurs du monde entier.

Emma Alonso et Marie Allenou 

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