Relogement précaire

Billet de blog
Céline Viard
17 Mai 2019 0

Enfin ! Nous avons été relogés par la SOLIHA. Nous avons signé une convention de logement précaire et posé nos sacs dans un appartement du 4ème arrondissement. Difficile de quitter l’hôtel où nous avons vécu pendant quatre mois, difficile parce qu’on s’attache aux gens qui travaillent là, au lieu qui finit par faire routine rassurante. Partir encore mais excitation d’être enfin dans un logement dont on ne peut pas dire qu’il est chez nous parce que c’est juste un appartement en attendant que les travaux soient finis. Nos affaires sont toujours bloquées à la maison. Notre immeuble a été ouvert quelques minutes, le temps de descendre un sac ou deux mais certainement pas plus. L’escalier qui devait être étayé ne l’est toujours pas et j’ai peur de monter au deuxième étage pour récupérer quelques fringues, quelques casseroles. Et si je n’ai pas peur pour moi j’ai peur pour mon compagnon. Ou pour n’importe lequel de mes voisins qui aurait l’idée d’aller récupérer un objet quelconque à mettre dans son logement temporaire.

Notre logement précaire est équipé du minimum : table et quatre chaises, douze verres, six cuillères-couteaux-fourchettes, trois lits de deux places, couettes, oreillers et draps, gazinière, machine à laver le linge, réfrigérateur. On a pu quitter l’hôtel, signer la convention et y dormir le soir même. Et, préparer le premier repas pris en famille depuis le 17 décembre 2018. Nous, les adultes n’avons évacué notre logement que le 28 décembre mais les enfants étaient partis depuis le 17, soit quelques jours après l’évacuation de nos voisins du dessus à cause du plancher qui s’était effondré. A l’hôtel, manger tous les six ensemble était mission impossible. Les enfants étaient dans une chambre de quatre et nous dans une chambre de deux. Nous avions la chance d’être tous au même étage, ce qui n’était pas le cas de toutes les familles. Il n’y avait pas assez d’espace dans les chambres pour dîner ensemble. A la fin on avait quelques techniques comme laisser nos portes ouvertes pour pouvoir aller d’une chambre à l’autre facilement en cas d’oublis, le sel manque toujours. On mangeait par vagues, les uns après les autres, séparément certaines semaines. Mon fils aîné qui ne vit plus chez nous n’est venu qu’une ou deux fois. Où se rencontrer quand on n’a pas l’espace ?

Dans notre logement précaire on est à l’abri. On peut dormir enfin. En me promenant dans la jolie rue dans laquelle on vit maintenant, avec le chien que je suis allée chercher deux jours après notre emménagement, monte régulièrement une grande tristesse, les images reviennent, celles des gravas des immeubles de la rue d’Aubagne. Même s’il y a moins de cauchemars, cette sensation de gâchis terrible et de colère imprègne tout ce qui se vit au quotidien.

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