Marseille est en France

Regards marseillais sur l’élection présidentielle

Billet de blog
Bernard LAMIZET
26 Fév 2017 0

La confrontation entre les projets politiques à l’occasion des élections primaires organisées par différents partis, les mésaventures financières de certains candidats, la publication des projets politiques des candidats à l’élection : tout cela montre que, sans doute jusqu'au mois de mai, l’élection présidentielle va occuper l’espace public. Mais peut-être ne serait-il pas inutile de lire cette élection, de la comprendre et de la vivre à l’échelle de notre ville et de notre métropole, d’avoir un regard marseillais sur l’élection, afin de mieux comprendre quelles pourraient être ses incidences sur la vie marseillaise.

Le développement économique de Marseille

C’est d’abord sur le plan économique qu’il importe de comprendre les incidences de l’élection présidentielle. Les candidats font tous assaut de projets de développement pour proposer, chacun à sa manière, des issues à la crise de la vie économique et, en particulier, à la crise de l’emploi, que nous connaissons aujourd’hui. Sans doute, pour bien comprendre les incidences économiques de l’élection, faut-il situer le problème du développement économique de Marseille dans un espace plus étendu que l’espace français. C’est, ainsi, d’abord, à l’échelle de l’Europe qu’il importe de penser des projets de développement pour notre ville, mais c’est aussi à l’échelle de la Méditerranée : en effet, l’espace méditerranéen est, depuis des millénaires, un espace économique d’échanges, de circulations et de production, et il serait urgent que les candidats à l’élection situent l’espace méditerranéen dans leurs projets politiques. Or, curieusement, on n’a pas le sentiment que cette question se pose pour les candidats. Si c’est l’Europe qui semble focaliser toutes les attentions et tous les questionnements, en particulier parce que le départ de la Grande-Bretagne a fait apparaître la fragilité de l’Union européenne, il y a, en revanche, une méconnaissance réelle de la place de la France dans l’espace méditerranéen qui semble ne pas être une question importante pour les candidats, alors que penser la Méditerranée comme un espace économique pourrait contribuer à régler un certain nombre de crises, en particulier celle des migrants.

Le développement urbain et la politique de la ville

Une autre absence de la campagne électorale présidentielle est la question de la ville et des politiques de l’espace urbain. Alors que cette question était très présente lors d’autres élections, en particulier lors de celle de 1988, il semble que, cette année, la ville ne soit pas un problème pour les candidats. Cependant, Marseille pourrait profiter de l’élection présidentielle pour interroger les futurs pouvoirs nationaux sur leurs intentions et leurs projets dans le domaine du développement urbain en France. Il est grand temps que la politique urbaine devienne un des axes majeurs de la politique engagée par la municipalité de Marseille et par la métropole, et l’élection présidentielle pourrait être l’occasion de définir des projets d’urbanisme et de développement économique urbain et de questionner les candidats sur leurs intentions dans la politique de la ville, un domaine qui est toujours un domaine majeur du débat politique sans que les réponses soient à la hauteur des enjeux de la confrontation.

Les politiques culturelles

Les politiques culturelles ont été reconnues comme un des champs dans lesquels la ville pouvait retrouver un domaine de développement et d’affirmation de son identité. C’est dans ce cadre qu’avait été lancée et mise en œuvre l’opération « Marseille, ville européenne de la culture ». Mais on a le sentiment que cette question, essentielle pour le développement urbain, marque aujourd’hui le pas. On n’a pas le sentiment que les candidats reconnaissent à la culture et aux politiques culturelles le rôle et l’importance qui sont les leurs dans le débat politique, comme si la confrontation électorale était obnubilée par la seule question de l’emploi et du développement du travail et des entreprises, alors que, justement, la culture est un champ encore mal exploré et mal connu de création de valeur et de développement des emplois. Encore faudrait-il, pour cela, que, en particulier dans une ville comme Marseille, l’emploi culturel trouve la place qui devrait être la sienne.

Les acteurs politiques de la ville

Ce sont, enfin, les identités politiques de la ville et de la métropole qui vont, sans doute, faire l’objet d’une recomposition liée à l’élection présidentielle, mais aussi, même si elles semblent un peu oubliées ou négligées, des élections législatives qui vont suivre immédiatement. On peut penser, en particulier, à trois d’entre elles. La première est la droite : sans doute le choix de F. Fillon pour représenter les Républicains dans l’élection présidentielle va-t-il amener les acteurs politiques de la droite marseillaise à recomposer leurs appartenances et leurs orientations en les amenant à un discours différent de celui qu’elles tenaient dans la culture politique de la ville, moins autoritaire, et, sans doute, ouvert à davantage de libéralisme. Cela d’autant plus que – et c’est la seconde incidence de l’élection présidentielle sur la politique marseillaise – la montée d’E. Macron dans l’opinion va sans doute engager un nouveau développement des identités politiques libérales, dites du centre alors qu’il ne s’agit que d’une forme plus moderniste de la droite, et, en particulier, amener les acteurs politiques de la droite à repenser les logiques de la succession de J.-C. Gaudin. Enfin, le choix des primaires socialistes de désigner B. Hamon pour la candidature du P.S. à l’élection va peut-être amener le P.S. marseillais à des pratiques et un discours plus clairement ancré à gauche qu’il ne l’est actuellement, voire à un renouvellement des acteurs socialistes de la ville. À cet égard, la candidature de J.-L. Mélenchon va sans doute aussi amener les communistes marseillais à élaborer un projet particulier de développement de la ville et de la métropole – en particulier pour les élections législatives et, au-delà, pour les prochaines élections municipales.


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