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Idée de sortie
le 5 Mar 2021
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Parmi les festivals qui, depuis quatre mois, maintiennent peu ou prou leur programmation via les plateformes numériques, l’une des plus belles propositions nous vient de Documentaire Sur Grand Écran, formidable structure en soutien aux salles depuis trente ans, avec la deuxième édition de Best of Doc, qui revient sur les plus belles pages du cinéma documentaire de ces deux dernières années.

En résonance avec la définition que donnait le philosophe Thierry Giraud de la notion « Désir-temps », cette idée temporelle qui s’étire de la dimension du désir à sa réalisation, la fin de l’ordre du temps, selon les termes de Deleuze, semble gagner, après des mois de fermeture, donc d’absence de frénésie industrielle, toutes les salles de cinéma hexagonales. Or la réelle question est moins celle de la reprise de leur activité que d’un autre modèle réinventé, soulevée ici par cette suspension. En bref, à quoi ressembleront demain nos salles — et leur dispositif —, quels désirs parviendront-elles à provoquer, dans une nouvelle ère numérique (l’explosion des plateformes), dans une praxis renversée (bouleversement de la chronologie des médias), dans un basculement des masses en jeu (positionnement des salles classées art et essai) ? Au regard des forces visionnaires, l’enjeu de l’avenir du cinéma se révèle aujourd’hui des plus passionnants, et ce qui semble être un chant du cygne pour certains devient une palingénésie pour d’autres.

Rares sont les dispositifs nationaux de soutien à l’image en mouvement, et à ses formes toujours recommencées (comme l’écrit le poète), qui permettent effectivement de construire un autre lien à l’œuvre, pour le public : sans conteste, Documentaire Sur Grand Écran en fait partie. Depuis 1991, la structure accompagne les salles via de multiples chemins de traverses cinématographiques, ouvrant un large champ d’expérimentations dans la manière dont le film résonne dans son histoire, au sein d’autres écritures, dans un mouvement commun.

C’est le cas des séances Double-jeu (qui permettent un ping-pong filmique et sémiologique entre deux programmes), des passionnants cycles proposés au fil des ans par Documentaire Sur Grand Écran (récemment, le Now Future Tour, RDA 80-90, le cinéma du tournant, D’ici là et autres déambulations…) et bien évidemment la manifestation Best of Doc, point d’orgue, depuis deux ans, d’un engagement sans faille aux côtés de l’écriture documentaire. Pour sa deuxième édition, ce festival s’empare des plateformes, à l’instar des propositions déjà évoquées depuis plusieurs mois dans ces colonnes, afin de distiller une programmation pertinente sous forme de voyage cinématographique au cœur des meilleurs documentaires qui ont jalonné l’actualité filmique des deux dernières années, 2019 et 2020.

Près de soixante salles hexagonales se font le relai du festival, dont, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Gyptis de Marseille, la sémillante salle de Cucuron, le Cigalon, en passant par le Jean Vigo de Nice, l’Athéna de Cavalaire ou le Méliès de Port-de-Bouc. Tout spectateur pourra ainsi, pour le prix d’une séance classique (5 €), (re)découvrir sur le service VOD de La Toile les chefs d’œuvre que sont M de Yolande Zauberman, foudroyant opus tourné au sein d’une communauté juive orthodoxe du quartier de Bnei Brak, et César du meilleur documentaire 2020, le somptueux Talking About Trees de Suhaib Gasmelbari, Être vivant et le savoir d’Alain Cavalier, Monrovia, Indiana de l’immense Frederick Wiseman, Quelle folie de Diego Governatori, le bouleversant Adolescentes de Sébastien Lifshitz, Histoire d’un regard de Mariana Otero, Kongo d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, le spectral et virevoltant Si c’était de l’amour de Patric Chiha, Toutes les vies de Kojin de Diako Yazdani, et, en film bonus, Playing Men de Matjaž Ivanišin.

Parallèlement, le festival proposera chaque jour une séance-rencontre sur la plateforme la 25e heure, soient neuf rendez-vous précieux, qui permettront au public de questionner, numériquement, les cinéastes sur leurs œuvres. Outre quelques films suscités, Documentaire Sur Grand Écran présentera en avant-première, le mardi 2 mars à 20h, et en guise de soirée d’ouverture, la séance virtuelle, également suivie d’échanges, de l’excellent The Last Hilbilly de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe, glissement de l’ombre à la lumière au cœur des monts appalachiens, à l’est du Kentucky. Nul doute que cette manifestation vient faire écho aux mots d’Euripide quant à l’assurance de jours prochains plus cléments, déterminant que l’espoir ne manque jamais d’avenir.

Emmanuel Vigne

Best of Doc : du 3 au 9/03 sur la plateforme VOD La Toile et sur le site de La Vingt-Cinquième heure.
Rens. : https://www.bestofdoc.fr

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