[Mes châteaux d’If] Marseille et Paris au temps des communardes.

Billet de blog
le 8 Oct 2021
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Christophe Goby a longtemps écrit pour la revue Silence, le magazine CQFD, il collabore aujourd'hui au Monde Diplomatique aux pages livres. Il tient ici une chronique littéraire qui embrasse le monde dans toute sa diversité.

Le château d'If (Crédit : Milena/Flickr)

Le château d'If (Crédit : Milena/Flickr)

Non Nicolas, la Commune n’est pas morte. On fête passablement ces 150 ans sous le contrôle social et médical le plus intensif. Bien loin des idéaux de liberté de la Commune. Parfois, un ou une élu(e) se glisse à la nuit tombée, début janvier dans le groupe qui honore Louise Michel à Marseille où elle s’est éteinte après une dernière tournée dans le Var. On y a vu Sophie Camard ou Patrick Mennucci. On se demande pourquoi ? Louise Michel, ce n’est pas que des écoles ou des gymnases, c’est une rage contre la bourgeoisie qui maltraite les pauvres, c’est le pouvoir qui est maudit ! On honore encore la plus belle icône de la Commune de Paris, celle qui succomba à l’hôtel Oasis, Louise Michel mais on oublie combien Marseille a été aussi une ville insurrectionnelle en 1871. Cet ouvrage, -Autour de la Commune de Marseille- collectif rappelle les heures brulantes de la ville où celle-ci ne s’illustrait pas seulement par la mort brutale de jeunes gens mais par l’exécution de jeunes anarchistes membres de l’Internationale. Par diverses fenêtres, l’ouvrage scrute l’insurrection marseillaise et examine l’âge, le sexe ou la profession des insurgés de la Commune de Marseille. Les artistes comme Rosa Bordas qui chante « La Canaille » sont exceptionnellement représentés dans les communards. A l’époque, c’est l’AIT qui tient la ville dans ses mains dans une alliance avec les radicaux comme l’illustre Gaston Crémieux, honteusement exécuté sur l’ordre direct de Thiers. On retiendra l’intéressant corpus de textes en occitan et de chansons célébrant l’évènement.

Ludivine Bantigny a porté l’idée lumineuse d’écrire à des communard(es) tels Jean-Baptiste Clément qui composa la Semaine Sanglante ou Maxime Vuillaume mais ces recherches aux archives nous font connaître bien des femmes comme Delphine Leroy ou Zélie Giraud qui montrait un « grand dévouement » pour la Commune comme l’écrit le tribunal Versaillais  en ajoutant » Informations défavorables à tous points de vue » En voilà bien des pétroleuses ! Ludivine Bantigny l’imagine à la télévision communale, celle de Peter Watkins dans son film : la Commune (Paris 1871). Et puis aussi l’admirable Paule Mink, «  vaillante lutteuse » fondatrice de la société fraternelle de l’ouvrière, une organisation féministe et révolutionnaire. Née à Clermont-Ferrand, elle fut oratrice, membre de l’ AIT, et du comité de vigilance de Montmartre avec Louise Michel, journaliste aussi à la Fronde (quotidien féministe) et à l’Aurore. Une épopée à elle seule ; vous dis-je.

Dans l’ouvrage de Paul Lidsky, on tombe de haut. Les écrivains, tels que Catulle Mendes, Edmond de Goncourt, Georges Sand ou Zola utiliseront tous les artifices contre la canaille, les définissant comme des brigands,  utilisant les métaphores animalières, le vocabulaire de la maladie, de l’envie, « Les uns et les autres ont obéi aux impulsions de leur perversité ; mais la question politique était le dernier de leur souci » glapît maxime du camp. Ce dernier s’en prend particulièrement aux femmes. Si elles se rebellent, c’est que l’orgie n’est pas loin ou qu’elles sont possédées ou malades, « presque toutes les malheureuses qui combattirent pour la commune étaient ce que l’aliénisme appellent des « malades. » Arséne Houssaye, atroce, note pour ces rampants de communards : « Toutes les bêtes furieuses ont leurs tanières,  tous les émeutiers ont leurs barricades » tandis que Théophile Gautier les fracasse et les décrits haletants comme des chiens de chasse. La semaine sanglante est attendue par les écrivains pour régler leur compte à ce bouleversement odieux de l’ordre et des sens. Paul Lidsky étudie aussi les types de communard. On trouvera dans la  littérature alors, le mauvais ouvrier, le déclassé, qui essaie de prendre sa revanche sociale et le voyou qui n’est autre qu’un gamin de Paris, pas si bête pour travailler pour les bourgeois. Par contre, le soldat versaillais est tout dans l’équilibre, « une grandeur d’âme dans la servitude militaire » d’après A. Houssaye.

   La surprise touchera le lecteur à l’étude de Zola dans ses articles dans le Sémaphore de Marseille et des  reprises des thèmes anti communards dans Germinal comme dans La Débâcle. Pour lui la Commune n’est pas un mouvement politique mais une maladie passagère, une fièvre. Les Communards ne différent en rien des criminels. Il considère Delecluze, Miot ou Rigault comme  des fous dangereux. Dans La Cloche, journal hostile à la Commune, il écrit en bon versaillais… « … vous verrez Paris chasser l’émeute et redevenir la grande ville du bon sens et du patriotisme. »

   Des néologismes apparaissent ; « Pétroleuse, mot hideux que n’avait pas prévu le dictionnaire », déclame Théophile Gautier. Daudet renchérit : « Un mouvement se fit au banc hideux des pétroleuses. »  Communards rime dans la même abjection avec « Les Amnistiards que dénonce Barbey d’Aurevilly.

   Cette réédition qui sent son professeur de français, à la rigueur d’une copie soulignée en rouge, sans jamais ennuyer. Les postfaces donnent un retour sur la permanence de la Commune dans la culture, avec une comparaison utile sur Mai 68. Des horreurs sont clamées avec tant de beauté stylistique que l’on rougit de plaisir. 

 

Paul Lidsky, Les écrivains contre la commune. Réédition  La découverte/Poche 2021. 12 euros.

Ludivine Bantigny. La commune au présent. Une correspondance à travers le temps. La découverte. 2021, 22 euros.

Autour de la commune de Marseille, Aspects du mouvement communaliste dans le Midi (aout 1870-Avril 1871), sous la dir de Gérard Leidet, Colette Drogoz, Syllepse, 2013, 244p, 15e.

On trouvera tous ces bons livres auprès de Michel à  la librairie Transit, boulevard de la Libération ou auprès de Cédric à la Touriale , un peu plus loin.

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