Mes châteaux d’If: Judoka. Uchi mata cinéma.
J’ai un goût mal réprimé pour les livres érudits et nostalgiques qui évoquent le corps et le sport. Je cite souvent pour me faire remarquer à Roland Garros, le livre sur le tennis de Serge Daney et je me suis régalé avec le film de Julien Faraut, L’ Empire de la perfection avec la voix de Mathieu Amalric. J’ai, jadis et naguère, publié sur la boxe et la natation et je vous invite à y retourner si vous avez du temps à perdre avec la flotte qui tombe ou parce que vous êtes derrière les carreaux morbides des bureaux qui vampirisent nos vies, sur le site du Diplo pour découvrir quelques livres sur le sport et la littérature.
Taï. Parler du corps, c’est parler de l’humain dans son emprise corporelle et de sa libération. Qui ne libère pas son corps ne libère pas son esprit. Et inversement? (Ouais, alors vous n’êtes pas obligé d’être d’accord…on dirait un proverbe japonais du genre, Le temps d’une vie est le même, qu’on le passe en pleurant ou en riant ou A l’engagement au ping-pong, vise les yeux! ( Les frères Lebrun)) A vous de bouger le votre autour d’une table de ping-pong ou sur une selle de vélo, si vous en ressentez le besoin. Banzai! ( Zidi) Hein? Alternative sportive dégradée: celle du billard comme Vittorio Gassman dans le Fanfaron; le film de Dino Risi.
Thierry Frémaux est un passionné de cinéma et d’ histoire Il est aussi directeur de l’Institut Lumière qu’il a largement contribué à développer et depuis quelques années c’est le délégué général du festival de Cannes.
Le hasard m’a conduit à lire son livre entre les championnats du monde de judo, justement et l’ouverture du festival de Cannes. Deux événements sur le cour central pour l’auteur de Judoka.
Enfant, Thierry Frémaux, ou Tout-Fou, apprend à chuter. Grâce aux colonies EDF, il découvre ce sport d’une vitalité étonnante. Tomber: Première des leçons du judo. Licencié dans la banlieue de Lyon, il raconte les merveilleuses années de compétition qu’il a vécu. Attentif et discipliné, il avait ce don pour ce sport de sagesse et il est devenu rapidement un très bon élément ce qui l’a poussé à continuer dans ce sport qui est aussi une culture. Au fil des pages, l’historien qu’il est devenu raconte l’ histoire du fondateur du Judo, autrefois le Jujutsu, Jigoro Kano.
Au fil des pages, on découvre le kimono, les ceintures jaunes ou vertes, le sens des prises. On ressent ce plaisir de l’entremêlement des corps sur les tatamis. Surtout si vous avez un peu pratiqué. L’odeur de la sueur pendant les combats. Tout revient par les images illustrées de Thierry Frémaux. Cerise sur le gâteau, les parallèles avec le cinéma s’enchâssent dans le récit.
Il cite Once Upon a time...de Tarentino comme un grand film… sur le cinéma. Si le film de Steven Spielberg, Fabelmans, était sorti en 2021, probable qu’il aurait été cité comme l’un des ses grands films nostalgiques sur l’enfance et le cinéma, voire l’amour caché de sa mère pour l’ami de son père, vous suivez? Non, normal. Les vieux cinéastes sont nés au genre entre le western et la cascade, entre Bebel et John Wayne.
Frémaux cite autant les films de Kurosawa, Sensei, ceux avec Jackie Chan que les Philippe De Broca, L’homme de Rio, les Tribulations d’un chinois en chine, que la Dialectique casse-t-elle des briques avec la voix de Patrick Dewarere, un chef d’œuvre situationniste. Je ne sais pas ce que j’avais préféré dans ce pastiche de René Vienet; les attaques verbales de la gauche et des staliniens ou les formidables coups portés au système par des frappes du pied droit.
Ses attachements à ses maîtres en judo sont sincères. Être le roi du quartier lui suffira rapidement plutôt que de concourir au niveau national. Être heureux dans son club, attaché à celui de Givors, au figures populaires des Minguettes, au club de Saint-Fons où l’auteur à vécu longtemps, voilà le plaisir du jeune Thierry Frémaux.
Utiliser la force de l’adversaire sera pour ce fils de la classe moyenne une manière de monter dans l’échelle sociale sans même en ressentir le désir. Seul le judo, son premier amour, semble l’avoir guidé. Sans doute parce que l’auteur cache volontairement une grande partie de sa vie privée : Rien sur sa famille, rien ou si peu sur ses parents. A croire que le dojo fut sa maison. Et le vélo sa seconde passion.
Bertrand Tavernier, le réalisateur cinéphile fut l’Uke ou l’alter ego de Frémaux. A le lire, on se demande où est le hic, l’accident, la clé du livre. A moins qu’il ne s’agisse d’un livre sur le passage de la vie comme le passage de dan. Est ce un bien, est ce un mal?…on verra. Ipon.
Thierry Frémaux. Judoka. Stock. 2021.
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