Mes châteaux d’If: Je tiens d’elle.

Billet de blog
le 11 Fév 2022
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Mes châteaux d’If: Je tiens d’elle.
Mes châteaux d’If: Je tiens d’elle.

Mes châteaux d’If: Je tiens d’elle.

  Nancy par Arthur H, Toulouse par Nougaro, Marseille chez Jean Guidoni, IAM ou Jul…des villes au cœur des chansons. Sans oublier Le blues de Clermont-Ferrand par Coluche. Mais il y a Saint-Etienne…

La voix de Bernard Lavilliers sur Je tiens d’elle, une de ses bouleversantes chansons tirées de son dernier album, comme on dit dans la presse musicale. L’auteur de Saint-Étienne (1975) revient comme un dernier hommage à la ville ou il est né. Sa Saint-Etienne qu’il a quitté jeune pour se faire une vie, «  Il faut bien que je parte pour devenir quelqu’un » hors du monde ouvrier, pour s’arracher aux fumées des usines, aux trains qui tournent dans la vallée et cernent la ville, pour quitter les bruits de cette cité ouvrière, lui qui rêvait de salsa; « On n‘est pas d’un pays mais on est d’une ville » La chanson est une réponse à celle écrite 50 ans plus tôt. «  Je balance à Rio… mais c’est quand même ici que poussa tout petit cette fleur de grisou… » Chanson sur cette ville artérielle qui évoque la grande rue traversant la ville mais limite le décor. Saint-Étienne évoquait la souffrance et la mort d’une industrie, la condition ouvrière, les restes de la mine et la sidérurgie ( Arcelor Mittal est encore à deux pas). « Je me tuais à produire pour gagner des clous » dans les Mains d’or, une chanson qui raconte le travail mais non pas pour le revendiquer mais en montrant qu’il mène à la mort.

La misère écrasant son mégot sur mon cœur
A laissé dans mon sang la trace indélébile
Qui a le même son et la même couleur
Que la suie des crassiers, du charbon inutile

Dans cette strophe comme le suivante, un aller retour entre le corps du chanteur et la ville labeur, le poumon de la ville-chanson tente de ne pas s’essouffler dans les crassiers.Et la lampe du gardien qui rigole de mon style raconte autant l’usine ou la mine comme promesse de prison. Le travail comme prison. Avec humour.

Je tiens d’elle c’est la polysémie d’un rapport entre être tenu et tenir à. C ‘est appartenir à une ville, celle de son enfance et s’en arracher pour devenir soi, c’est s’extirper de chez soi, échapper à sa condition, au destin du travail. C est aussi être relié sans pouvoir rien y faire à sa ville, à son enfance. Aimer et partir.

Lavilliers c’est l’inspiration poétique d’ Aragon et le Bourlinguer de Cendrars. C’est parler de la prison comme dans Betty. C’est la poésie de Ferré et de Morrisson. Un soupçon de Victor Hugo ( Les Tuileries) dans On the road again. “Nous étions jeunes et larges d’ épaule.” bandits joyeux…nous sommes deux droles…comme le chantait Colette Magny.

Au quartier du soleil quand Bernard Oulion apprenait la boxe, il va trouver la force de partir de cette ville qui accroche le mauvais temps et les fumées, «  plus brave que belle » pour partir dans des îles, en Amérique du sud « Sertao » où il va écrire des dizaines de chansons, San salvador, Bahia, Buenos Aires…Lavilliers est le chanteur français de l’Amérique du sud, racontant les gringos, les guérillas, la mort et tous les mythes comme ceux d’Haiti:Baron samedi. Lavilliers est capable de raconter le buffet de la gare de Metz et la samba, la révolution et la vie d’un prolo. La chanson raconte aussi ses débuts à Paris, quand il compose ses premières chansons, qu’il rencontre Ferré. Aussi la douleur d’un destin qui aurait pu s’arrêter dans cette ville quand il compose des « arpéges dans le garage » non loin de Terrenoire, ce quartier de la ville qui donne son nom à la terre. C ‘est aussi le nom du duo stéphanois qui chante avec lui et qui est nommé aux Victoires de la musique. Saint Etienne, sa ville mère où celle de Bernard lui a offert sa première guitare. Elle lui offrit cette voix chaude qu’il trimballe depuis 50 ans dans les concerts gratuits pour les ouvriers en lutte et autres podiums Ricard car c’est pour eux qu’il veut chanter, pour ceux d’en bas, les siens. » Plus frère que fière , plus fière que celle qu’ont pas souffert» comme est restée la ville. Politiquement , plutôt anarchiste tendance Fête de l ‘Huma.  “La Marseillaise”, tiens. J’ai fait des concerts de soutien à ce journal, sur les quais, il y a quatre ou cinq ans. raconte-il à l ‘Huma.

Cette chanson d’un retour est en écho avec l’ Ailleurs, très belle composition sur la mort et l’amour, sur ce départ par un tunnel blanc dont on ne revient pas avec des images oniriques du monde d’en bas. Écrite avec Jérome Coudanne, comme seuls les poètes racontent la mort depuis des lustres. Avec le même rêve de résurrection, « Je ressemble à Lazare, ébloui par  le jour » cette chanson semble évoque un problème cardiaque que Bernard Lavilliers a eu pendant “sa garde à vue” du Covid en Argentine. Quoi de plus beau qu’un piano pour ressentir ce voyage vers la mort. Et quelle voix posée tranquillement, soufflée, chaude, celle de Bernard Lavilliers. Y a peut être un ailleurs chantait-il en 1983. Le Stéphanois est revenu.

 

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