MARSEILLE : UN MONDE

Billet de blog
le 19 Nov 2022
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Nous l’écrivions ici il y a deux semaines : Marseille n’est pas seulement une ville, mais tout un monde

 

La diversité des peuples et des cultures

Marseille a toujours été diverse. Dès sa fondation, c’était écrit dans sn histoire, puisque les mythes nous racontent que la ville est née de la rencontre de deux peuples. Ensuite, toute son histoire est faite d’un apport incessant de peuples venus d’ailleurs, parce que la ville est un port, et que, comme tous les ports, elle est un lieu de voyage, de passage, de rencontres, et parce que l’histoire de notre pays, en particulier celle de la colonisation et de la décolonisation, a amené à Marseille des habitantes et des habitants issus de toutes sortes de pays. Finalement, la diversité des cultures qui se mêlent à Marseille est celle de la Méditerranée. Cette diversité enrichit la ville en faisant reposer son activité et les langages qui s’y parlent sur la multiplicité des cultures qui s’y fécondent les unes les autres : les cultures françaises et francophones, les cultures arabes et orientales, les cultures des pays d’Afrique. La mondialisation s’est ancrée dans Marseille bien avant de devenir une sorte de principe constitutif de l’histoire d’aujourd’hui. Cette diversité est elle-même l’un des éléments fondateurs de la vie politique de Marseille, car le rapport à l’autre et à l’étranger fait partie des discours des acteurs politiques de la ville. C’est, par exemple, ce qui fait toute la richesse de quartiers comme ceux de marchés comme à Noailles, mais, dans le même temps, cette multiplicité peut explique la violence qui s’impose dans des quartiers comme les « quartiers Nord », car elle est à l’origine d’un grand nombre d’inégalités sociales qui marquent la population de la ville.

La diversité des formes de la vie sociale

Avec la diversité des cultures, c’est toute la diversité des formes de vie sociale qui s’est installée à Marseille. On peut s’en rendre compte, d’abord, par la diversité des paysages de la ville. Des architectures issues de tous les pays y modèlent un paysage fondé sur le dialogue esthétique et urbain entre toutes les cultures, mais, en même temps, les paysages de la ville font exister sous nos yeux des espaces aussi différents entre eux que le port et le centre ou les cités des périphéries. Cette diversité permet de mieux comprendre qu’à Marseille, ce que l’on appelle les banlieues dans d’autres espaces urbains se trouve intégré à la ville. Mais la diversité des formes de la vie sociale se manifeste aussi dans la diversité des métiers qui se pratiquent à Marseille et dans la multiplicité des façons d’habiter la rue. La rue, à Marseille, est, en elle-même, un monde multiple, où le désordre n’est pas un signe de confusion, mais, au contraire, un signe de vie. Ce sont les manières d’être, les vêtements, les gestes de la vie sociale qui forment, ensemble, cette mise en scène de la diversité dans l’espace urbain. Et puis, à Marseille, la confrontation entre les classes sociales est plus marquée que dans d’autres villes, car les différences sociales s’y confrontent les unes aux autres dans une cohabitation difficile, mais, de ce fait même, politiquement féconde.

 

Un monde qui transgresse les frontières

Finalement, il n’y a pas de frontières à Marseille, il n’y a pas de ghettos. Tous ces peuples et toutes ces cultures qui s’y parlent et s’y échangent se rencontrent dans des flux incessants qui transgressent et ignorent l’idée même de frontière. Marseille n’est pas un monde morcelé, un puzzle où les identités cohabitent et vivent les unes à côté des autres. Non : c’est un monde dans lequel les identités se mêlent et se fécondent. C’est pourquoi, depuis longtemps voie depuis toujours, les frontières n’y existent pas. D’un côté à l’autre de la même rue, on peut voir se rencontrer des magasins ou des cafés ou encore des restaurants de culture française, de culture chinoise ou extrême-orientale, de culture arabe ou de culture grecque. Ces mondes vivent ensemble à Marseille depuis des générations et c’est pourquoi ils s’y parlent dans tellement de langues que l’on peut entendre et lire des mots et des paroles faits de signes de toutes les cultures possibles.

 

Une histoire et une politique plurielles

Bien sûr, c’est aussi dans l’histoire et dans la politique que s’exprime cette diversité. Au fond, je ne crois pas que l’histoire de la ville explique la multiplicité des cultures : ce n’est pas parce que les événements et les épisodes de l’histoire ont amené à Marseille tous les peuples du monde que la ville est si diverse, c’est aussi l’inverse. C’est aussi parce la ville a toujours été ouverte à la polyphonie des cultures que des peuples aussi divers ont pu s’y installer pour y vivre et ont pu y construire une histoire aussi riche et plurielle. La pluralité était, dès sa fondation, inscrite dans l’espace de la ville, ne serait-ce que parce que l’on y voit la montagne et la mer, que parce que, dans la ville même, coexistent des espaces de campagne et des espaces urbains. Quant à la politique, la diversité s’y inscrit de plusieurs manières. D’abord, dans ce que l’on appelle la politique de la ville. Les aménagements urbains, les normes de construction et la vie des quartiers font vivre, à Marseille, une politique de diversité, parfois harmonieuse parfois conflictuelle. Ensuite, dans ce que l’on peut appeler l’histoire politique. C’est ainsi, en particulier, que la manière dont il convient de vivre cette diversité est toujours l’un des enjeux majeurs de la politique de la ville et des élections municipales. Enfin, à Marseille, les partis et les élus manifestent dans leur discours et dans leurs projets leur conception de la diversité. C’est même sans doute cette diversité même qui permet de comprendre les tensions qui peuvent se manifester entre la politique marseillaise et la politique nationale, mais aussi dans les relations entre la ville et l’union européenne ou les autres pays méditerranéens. Pour ne choisir qu’un exemple, le conflit palestinien a des incidences particulièrement aiguës sur la politique qui se vit à Marseille, en suscitant les passions des habitantes et des habitants qui se sentent concernés par lui.

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