Marseille, l’élégance retrouvée

Billet de blog
le 8 Mai 2026
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Marseille, l’élégance retrouvée
Marseille, l’élégance retrouvée

Marseille, l’élégance retrouvée

Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles illumine le Château Borély

Au cœur du parc Borély, dans l’écrin raffiné du Château Borély, Marseille redécouvre l’une des périodes les plus fécondes de son histoire artistique. Avec Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles, présentée du 8 mai 2026 au 25 avril 2027, le musée signe une exposition d’une ampleur remarquable, aussi élégante qu’érudite, qui révèle un patrimoine décoratif longtemps demeuré dans l’ombre des grands récits parisiens.

Une exposition d’une ambition rare

Dès les premières salles, le visiteur comprend l’ambition du projet : restituer à Marseille sa place dans l’histoire des arts décoratifs européens. Près de 180 œuvres dialoguent dans une scénographie lumineuse et précise, mêlant mobilier, verreries, peintures, affiches, textiles, céramiques et dessins d’architecture. Les prêts exceptionnels consentis par le Musée d’Orsay, le Mobilier national, le Musée des Beaux-Arts de Marseille ou encore le Musée des Tissus et des Arts décoratifs viennent enrichir des collections marseillaises rarement montrées au public, composant un ensemble d’une cohérence remarquable.

Mais la véritable réussite de l’exposition réside ailleurs : dans sa capacité à raconter Marseille elle-même. Une ville-port cosmopolite, tournée vers l’Orient, l’Italie et l’Afrique du Nord, dont l’effervescence économique et culturelle du début du XXe siècle irrigue ici chaque œuvre.

Marseille, capitale méditerranéenne des arts décoratifs

L’exposition ne cherche jamais à faire de Marseille une simple déclinaison provinciale des styles parisiens. Elle démontre au contraire comment la cité phocéenne a développé sa propre interprétation de l’Art nouveau puis de l’Art déco, nourrie de lumière méditerranéenne, d’exotisme commercial et d’un goût profond pour l’innovation décorative.

Parmi les figures majeures du parcours, David Dellepiane occupe une place essentielle. Ses affiches, d’une modernité graphique saisissante, capturent l’énergie d’une ville en pleine mutation. L’artiste célèbre autant les élégances féminines que le mouvement du port ou les nouveaux loisirs de la Belle Époque.

À travers lui se dessine une Marseille raffinée et populaire, théâtrale et industrielle, où les arts décoratifs participent pleinement à l’identité urbaine.

Le raffinement oublié des ateliers marseillais

L’exposition accorde également une attention particulière aux ateliers de la maison David Frères, dont les fauteuils présentés comptent parmi les plus belles révélations du parcours. Ces pièces somptueuses témoignent d’un savoir-faire exceptionnel : lignes enveloppantes, marqueteries délicates, sensualité des bois précieux. Elles incarnent un luxe méridional trop souvent absent des grandes histoires du mobilier français.

L’architecture trouve elle aussi une place importante grâce à Gaston Castel, dont les dessins et projets soulignent l’ambition monumentale de la ville dans l’entre-deux-guerres. La reconstruction de l’Opéra après l’incendie de 1919 apparaît ici comme l’un des symboles d’une modernité marseillaise assumée.

Aubagne, la céramique et la Méditerranée

Le parcours se révèle particulièrement sensible lorsqu’il évoque les arts du feu. Les céramistes d’Aubagne et de Marseille y occupent une place majeure, notamment Louis Sicard, célèbre pour ses cigales mais présenté ici dans une dimension beaucoup plus ample et inventive.

Ses créations dialoguent avec celles d’autres ateliers provençaux et révèlent une production d’une grande sophistication formelle, où la tradition méditerranéenne rencontre les recherches décoratives modernes. Cette section compte parmi les plus poétiques de l’exposition.

Gaby Deslys, le visage d’une époque

Au détour d’une salle apparaît aussi le visage de Gaby Deslys, immense vedette marseillaise de la Belle Époque. La peinture qui la représente agit comme une apparition : incarnation du spectacle, du glamour et de l’exubérance d’une époque fascinée par le mouvement et la scène.

À travers elle, c’est toute une mythologie marseillaise qui ressurgit, celle d’une ville mondaine, festive et profondément ouverte sur le monde.

Une exposition magistrale

Loin d’un simple inventaire patrimonial, Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles réussit ce que peu d’expositions parviennent à accomplir : faire ressentir l’atmosphère d’une ville. Marseille y apparaît comme un laboratoire esthétique singulier, capable d’absorber les influences internationales tout en affirmant une identité profondément méditerranéenne.

Cette exposition magistrale rappelle surtout une évidence longtemps négligée : l’histoire des arts décoratifs français ne s’est pas écrite uniquement à Paris. À Marseille aussi, des artistes, artisans, architectes et collectionneurs ont inventé une modernité brillante, solaire et audacieuse. Le Château Borély leur rend enfin la place qu’ils méritaient.

Jean-Philippe Vigneron

Fondateur du Club Marseille Vision. Je suis passionné par l’avenir de notre ville. N’hésitez pas à partager et commenter, votre participation enrichit cette conversation vers un avenir positif pour notre ville que nous construisons ensemble.

Pour nous rejoindre ou pour nous faire part de vos idées pour Marseille envoyez nous un mail: clubmarseillevision@gmail.com

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