LES AILES DU GABIAN

L’ÉTÉ MARSEILLAIS

Billet de blog
le 28 Août 2026
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Nous sommes à la fin du mois d’août. C’est la fin de l’été qui s’annonce. Profitons de ces quelques jours de septembre, qui sont une sorte de sursis jusqu’à l’arrivée de l’automne, pour réfléchir un peu à l’été à Marseille, à ce qu’il représente, à ce qu’il signifie pour cette ville.

(Photo Emilio Guzman)
(Photo Emilio Guzman)

(Photo Emilio Guzman)

L’été : une rupture dans le temps de la ville

Dans une ville, l’été est une rupture. Nous voilà, une fois de plus, devant l’histoire de l’œuf et de la poule : l’été est-il une rupture parce qu’il s’agit d’un temps de chaleur au cours duquel les enfants sont en vacances, ce qui change le temps de la vie des familles, ou est-ce l’inverse ? Si, justement, l’été était devenu un temps de vacance parce que c’est le moment d’une rupture sociale ? C’est, d’ailleurs, ce que signifie le mot « vacance » : la vacance, c’est le temps du vide. Pendant l’été, la société connaît comme un vide. Une ville comme Marseille semble plongée, au moins en partie, dans une sorte de sommeil urbain, dont elle va bientôt vivre un nouveau temps : celui de l’éveil. « Marseille à la mer dormant » attend le beau chevalier qui va l’éveiller et l’entraîner dans l’activité et dans la richesse. Mais, en attendant, ce temps de rupture du temps de la ville est l’occasion de prendre mieux conscience des difficultés de la vie dans la ville : difficultés de l’environnement, difficultés dans les déplacements, et, tout simplement, difficultés dans l’absence de protection de lieux publics contre le soleil. La ville ne nous protège pas de la chaleur, alors que cela devrait être une des missions essentielles de l’institution urbaine. Mais, justement, cette insuffisance est d’autant plus grave pour nous que le temps ordinaire est rompu et que nous sommes, de ce fait, plus attentifs à ce qui se passe dans la ville. Sans doute l’été est-il un temps au cours duquel nous réfléchissons de façon critique à « la politique de l’été », menée par la municipalité et par la métropole.

 

Ceux qui sont partis et ceux qui sont là

La population de Marseille change, au cœur de l’été. Ou plutôt l’été – en particulier le mois d’août – lui fait connaître une coupure sociale, entre celles et ceux qui sont partis, et celles et ceux qui restent. Quand on part au mois d’août, c’est que nous nous soumettons à cette sorte d’impératif du temps social, mais c’est aussi que nous bénéficions de conditions de vie nous permettant de partir. Mais la ville est ainsi habitée, au mois d’août, par celles et ceux qui restent, faute de pouvoir partir, et par ses habitantes et ses habitants qui sont poussés par le désir de rester, de ne pas quitter la ville et son urbanité. Pour celles et ceux qui restent, ce n’est pas seulement le temps qui change, mais aussi la façon d’habiter. Sous la chaleur, nous mettons plus de temps à nous déplacer, notre temps n’est pas le même que d’habitude. Ce que l’on appelle pompeusement notre « horloge biologique » change de rythme. Mais il ne s’agit pas seulement d’une horloge biologique. Les femmes et les hommes vivent en société, et, pour cette raison, la biologie ne rend pas compte de ce qu’ils vivent. Le changement de la ville est là : celles et ceux qui sont partis sont dans d’autres lieux et d’autres temps, et celles et ceux qui restent ne connaissent pas le même temps, ils n’ont pas la même horloge. Qu’ils restent pour travailler ou pour vivre à Marseille leur temps de vide, de vacance n’est pas le temps ordinaire. D’ailleurs, encore une fois, faisons attention aux mots : le temps ordinaire, c’est le temps habituel, mais c’est aussi le temps de l’ordre. Peut-être pouvons-nous, le temps de la vacance de l’été, échapper un peu à l’ordre.

 

La ville change

La ville elle-même change. Notre regard sur elle n’est plus le même, mais ce sont aussi les lieux de la ville qui ne sont plus les mêmes. La lumière de l’été les éclaire d’une façon différente de leur éclairage habituel. Les lieux que nous connaissons, que nous avons l’habitude de parcourir ne sont pas habités par les mêmes personnes, nous ne reconnaissons pas nos voisins : d’abord, ils ont changé parce que certains sont partis, et puis de nouveaux voisins habitent la ville : l’été est une saison de déménagements, de nouvelles installations. Quant à lui, le tourisme a une grande place dans la population et dans l’économie d’une ville comme Marseille, ce qui impose, surtout l’été, une mutation de la vie quotidienne de la ville. Nous n’avons plus sous nos yeux les lieux que nous habitons usuellement : ils ont changé, par les lumières qui les éclairent, par le rythme des visites que nous leur faisons, par les personnes que nous y rencontrons. Les lieux et les décors de la ville changent aussi parce que des chantiers sont en train de changer les lieux, nous faisant ainsi attendre ce que seront les prochains visages de la ville et parce que les rythmes de la ville, qui ne sont pas ses rythmes habituels, nous font attendre un nouveau temps, encore à venir. C’est toute une société qui change sous nos yeux pendant ce mois d’août dans laquelle Marseille est plongée, à la fois dans une sorte de torpeur et dans une sorte d’attente. Surtout, la ville change parce que nous attendons que des transformations urbaines encore à venir modifient l’espace de la ville, ses décors, ses parcours, ses transports. Nous ne savons pas encore ce que seront les modifications du réseau des transports en commun qui desservira les lieux de la ville à partir de septembre, nous ne connaissons pas encore les nouvelles apparences que prendra la ville.

 

La ville dans l’attente

Au mois d’août, le temps est comme suspendu. Nous savons que la vie ordinaire va reprendre dans quelques semaines, mais nous ne la connaissons pas encore, nous ne vivons pas encore comme d’habitude dans les lieux qui sont les nôtres. Je crois que c’est cela qui est l’essentiel de l’août marseillais : l’attente. La césure du temps social nous fait attendre le retour de l’ordinaire du rythme de la vie de la ville. Ce temps, comme suspendu, que nous connaissons au mois d’août nous fait percevoir la ville d’une façon qui n’est pas celle à laquelle nous sommes habitués. Reste à savoir si cette attente est un espoir ou une crainte. Sans doute est-elle un peu les deux à la fois, comme d’habitude. Car c’est aussi cela, le temps de l’attente : un temps au cours duquel les décisions et les choix eux-mêmes sont dans l’attente. Le temps de l’été, particulièrement du mois d’août, est un temps au cours duquel nous ne décidons pas, remettant les décisions et les choix à plus tard, à dans quelques semaines. Mais ne nous trompons pas, ce ne sont pas seulement celles et ceux qui habitent la ville qui suspendent leurs décisions, c’est aussi la ville elle-même, ce sont les institutions et les pouvoirs municipaux qui, de la même façon, attendent. Mais le problème, c’est que nous ne savons pas ce que nous attendons : dans cette sorte de torpeur que nous impose la chaleur de l’été, c’est notre regard sur la ville et la société qui somnole. Si nous en profitions pour réfléchir, pour parler, pour penser ? Si nous profitions de cette suspension de la ville pour tenter de mieux la comprendre ?

 

Quelques questions sur la ville

Je retiendrai quatre questions sur la ville elle-même. La première porte sur la métropole. On ne sait pas encore bien comment vont s’articuler les pouvoirs au sein de l’institution métropolitaine ni comment ils pourront réellement jouer leur rôle dans la multiplicité des pouvoirs : comment ils pourront constituer des contre-pouvoirs les uns pour les autres. La deuxième question que nous nous posons tous est celle des élections nationales à venir, l’élection présidentielle et les élections législatives. Quelles seront les incidences de ces élections sur la ville et sur la métropole, à la fois en termes tout simplement budgétaires et en termes politiques, notamment dans les relations entre la ville et la métropole et les pouvoirs nationaux de notre pays ?  Une troisième question se pose au sujet de Marseille : la municipalité dirigée par B. Payan et la métropole dirigée par N. Isnard auront-elles une véritable politique dans le domaine de l’écologie, et, notamment, se décideront-elles à mener une politique plus audacieuse dans le domaine des transports et de la circulation automobile ? Les piétons finiront-ils par trouver une place dans l’espace urbain et les transports en commun seront-ils développés comme devraient l’être ceux de la deuxième ville de notre pays ? Enfin, la dernière question est encore la plus difficile et elle est toujours aussi nécessaire : une véritable politique de la solidarité sera-t-elle mise en œuvre dans la ville, les institutions urbaines et métropolitaines seront-elles plus décidées et plus engagées à l’égard de celles et ceux qui sont dans le besoin ? Nous les avons vus, peut-être plus que d’habitude, dans les rues marseillaises, venant nous rappeler l’urgence d’une politique de la solidarité dans l’espace urbain.

Bernard LAMIZET

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